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Remplissage du semoir pour réaliser les semis de céréales en novembre 2019 en Aquitaine Messagerie Nord-Aquitaine

Implantations retardées des céréales : quels impacts sur le choix variétal et la conduite de cultures ?

21 novembre 2019

Les semis de céréales sont temporairement suspendus, en raison des pluies de ces dernières semaines. Pour optimiser la reprise des chantiers fin novembre, il est nécessaire de raisonner la précocité des variétés choisies, la dose de semis et la conduite des cultures (fertilisation, désherbage…).

Depuis fin octobre, un temps pluvieux s'est installé sur le Sud-Ouest, avec des cumuls de pluie élevés à très élevés (plus de 100 mm sur la première décade de novembre) qui entraînent des décalages de dates de semis. Pour des semis jusqu’à fin décembre, il n’y a pas d’inquiétude à avoir sur la capacité à monter à épi pour la plupart des variétés (les besoins en vernalisations seront couverts pour les variétés cultivées dans la région). Il faut toutefois faire quelques ajustements de l’itinéraire technique, notamment concernant les densités de semis et les précocités variétales.

2019 fait partie des trois années les plus humides depuis 1956 (carte 1 et figure 1).

Carte 1 : Cumul des pluies du 30 octobre au 11 novembre 2019 (en mm)

Figure 1 : Pluviométrie sur la période du 14 octobre au 11 novembre depuis 1956, à Bergerac

Quelques semis de céréales ont pu être réalisés fin octobre, sur 3 à 4 jours du 27 au 30 octobre, puis ont été stoppés avec le retour des pluies à partir du 31 octobre (figure 2).

Figure 2 : Pluviométrie en octobre 2019 à Bergerac

Sur octobre, les seules autres fenêtres de semis étaient trop précoces, avant le 14 octobre ; en sol léger bien exposé, un créneau s’est ouvert aux alentours du 21 octobre.

Les premiers semis sont actuellement au stade 1 à 2 feuilles.

Selon Céré’obs, 35 % des semis ont été réalisés sur le Lot-et-Garonne, 5 % sur les départements de la Dordogne, Gironde, Landes et Pyrénées-Atlantiques.

Les quantités d’eau cumulées sont telles que les sols atteignent ou dépassent désormais très fréquemment la capacité au champ (réserves en eau du sol reconstituées, éventuellement drainage en cours). Ainsi, les parcelles non semées ne seront pas praticables à court terme pour implanter dans de bonnes conditions. Les semis ne reprendront, au mieux, que fin novembre.


Dégâts de limace sur repousse de maïs Bergerac 14/11 (Thierry Grossoleil)

Conséquences en adaptant la précocité variétale à la date de semis

Cas du blé tendre et du triticale

Dans le cas de semis de décembre, il n’est pas toujours nécessaire de modifier les variétés de blé tendre ou de triticale. En effet, les variétés de type ½ hiver ou ½ alternatives restent souvent les plus productives pour des semis jusqu’en janvier, même si elles présentent une tardiveté significative (+5 à 10 j à épiaison) par rapport aux variétés de printemps.

A partir de mi-décembre, il faut prendre en compte l’alternativité. En effet, ce critère traduit l’aptitude d’une variété à épier en l’absence de période fraiche pendant l’hiver. Ainsi, une variété hiver (note d’alternativité de 2) nécessite entre 6 et 8 semaines de vernalisation, contre 1 à 3 semaines pour les variétés demi-alternatives ou alternatives (notes supérieures ou égales à 6). Autrement dit, une variété hiver implantée en février présente une forte probabilité de ne pas voir ses besoins en vernalisation satisfaits, et donc de ne pas pouvoir épier correctement.

Tableau 1 : Quelques orientations pour l’adaptation de la précocité variétale en fonction du mois de semis (tableau indicatif, basé sur une estimation experte)


Tableau 2 : Classement des variétés de blé tendre


Tableau 3 : Classement des variétés de triticale

Cas du blé dur

Les blés durs sont de type printemps. Leur épiaison n’est pas impactée par des semis tardifs. La réussite principale pour l’implantation de cette espèce est de semer sur un sol suffisamment ressuyé, afin de garantir un peuplement correct.

Cas des orges

Dans le Sud-Ouest, à peine la moitié des orges d’hiver est implantée. Dans ces secteurs où le risque gel est limité, le maintien des orges d’hiver reste raisonnable. Cependant, un retard de semis va notamment avoir un impact sur la dynamique de tallage et donc le risque d’avoir une densité d’épis limitante.

Du point de vue de la phénologie, les variétés d’orges d’hiver (2 et 6 rangs) sont pour la majorité au moins ½ alternatives (note d’alternativité ≥ 5) ; il y a donc peu de risque de voir la précocité des cultures déraper vers trop de tardivité.

L’orge d’hiver est plus exigeante en nombre de jours de vernalisation que le blé tendre, mais aussi et surtout plus sensible au froid. Elle est également très sensible à l’anoxie racinaire (manque d’oxygénation des racines liées à un excès hydrique ou une structure de sol dégradée).

Si les semis ne sont pas réalisés avant le 15 décembre, nous vous conseillons alors de ne semer que les variétés ayant une note d’alternativité supérieure ou égale à 7. A partir de janvier, l’orge d’hiver peut être remplacée par de l’orge de printemps même si le potentiel de rendement de cette dernière est plus faible. Les variétés de type printemps sont beaucoup plus sensibles à la rhynchosporiose, il faudra surveiller cette maladie dès le stade 1-2 nœuds.

Semis retardés : quelles décisions quant à la densité de semis ?

Le décalage de la date de semis impacte directement la dose de semis, à la fois à cause du risque de perte à la levée (limaces, risque d’hydromorphie à des stades sensibles, lenteur de la levée), et du tallage fortement réduit. Il est donc nécessaire d’adapter à la hausse la quantité de grains semés au mètre-carré.

Les tableaux suivants résument les préconisations de densités de semis pour le Sud-Ouest selon le type de sol. Pour les semis tardifs, l’objectif est d’obtenir 210 à 250 plantes/m² en sortie d’hiver. Les préconisations sont données pour des pertes attendues à la levée de 20 % environ.

Tableau 4 : Densité de semis du blé tendre pour le Sud-Ouest selon le type de sol


Tableau 5 : Densité de semis du triticale pour le Sud-Ouest selon le type de sol


Tableau 6 : Densité de semis des orges pour le Sud-Ouest selon le type de sol


Tableau 7 : Densité de semis du blé dur pour le Sud-Ouest selon le type de sol

Pour semer dans les meilleures conditions, il convient de rappeler quelques principes :
• Les semis restent possibles sans changer de variété jusqu’au 15 janvier pour le blé tendre et jusque fin janvier pour les blés durs mais des pertes de rendement sont possibles.
• Mieux vaut retarder la date de semis que de semer en force en mauvaises conditions.
• Semis peu profond : 2 à 3 cm maximum.

Quelles conséquences des excès d’eau ?

Les plantes à partir de 3 feuilles sont peu sensibles à l’ennoiement et peuvent résister à l’excès d’eau pendant une période assez longue.

Toutefois, toutes les parcelles semées avant les pluies n’ont pas atteint ce stade. Les parcelles où les grains ont commencé à germer et qui sont en cours de levée sont sensibles à l’excès d’eau et des pertes de pieds sont possibles dès 10 jours consécutifs sous l’eau. Ces graines peuvent entrer en hypoxie, déficit en oxygène qui réduit la croissance racinaire et la germination.

Par contre, les grains non encore germés (du semis à semis+30°c) sont peu sensibles à l’excès d’eau.

Des pertes à la levée peuvent être observées dans certaines parties de parcelles, notamment les bas-fonds.


Stade blé à 1-2 feuilles au 14/11/19 (Thierry Grossoleil)

D’autres conséquences ?

Désherbage

Les conditions de pluviométrie auront souvent trois conséquences :
• Une part des adventices aura levé en octobre, permettant un effet de faux-semis pour les graines de surface et les repousses.
• Les désherbages d’automne seront parfois compromis ou impossibles (peu de créneaux disponibles, levées lentes, parcelles non praticables), obligeant à un recours à des désherbages de sortie d’hiver.
• Ces mêmes désherbages d’automne, fait sur des semis d’octobre, auront probablement été lessivés et nécessiteront un passage supplémentaire.

Fertilisation azotée

La fertilisation azotée devra être adaptée :
• Le potentiel de rendement des semis tardifs devra être revu à la baisse.
• L’enracinement des céréales sera plus limité, notamment en sortie d’hiver et au printemps.
• Les possibles reliquats d’azote fournis par le précédent risquent fort d’être lixiviés si les conditions pluvieuses perdurent. Les reliquats seront peut-être plus faibles que les années passées.

Maladies et ravageurs

Les premiers semis sont exposés aux ravageurs d’automne sans possibilité d’intervention actuellement.

Les semis tardifs vont par contre permettre l’évitement des insectes d’automne. Cependant, des implantations en novembre ou décembre conduisent le plus souvent à des levées très lentes, qui peuvent exposer les plantules aux limaces. Ci-dessous l’évolution des indices de risques limaces selon les prévisions du modèle ACTA.

Au printemps, le moindre inoculum dans les parcelles et le rythme accéléré des sorties de feuilles devraient permettre de réduire les risques précoces de maladies foliaires.

Figure 3 : Indices de risque sur la station météo de Périgueux – Coulounieix – Chamiers (24)


Figure 4 : Indices de risque sur la station météo de Agen - Estillac (47)

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