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Parcelle de blé tendre, fin montaison, vue générale - plantes saines Messagerie Champagne-Ardenne

Fertilisation azotée du blé : les stratégies de fractionnement 2021

18 mars 2021

Face à des années de plus en plus contrastées d’un point de vue climatique, il devient difficile de savoir comment fractionner ses apports d’azote afin d’atteindre la meilleure efficacité d’absorption. Mais les enseignements des essais mettent en évidence les stratégies gagnantes.

La pluie a un rôle essentiel dans la valorisation de l’azote

La stratégie gagnante pour une bonne valorisation des apports d’azote est de les placer avant des pluies. Les essais ARVALIS montrent que l’efficacité d’un apport d’azote est significative à partir de 15 mm de pluies idéalement dans les 15 jours suivant l’apport.

Toutefois en 2020, malgré des conditions très sèches pour réaliser les apports autour du stade épi 1 cm (40 à 50 jours sans pluie), les efficacités dans les essais ne sont bonnes qu’en sols profonds. Grâce à la bonne réserve utile de ces sols, malgré des plantes en stress hydrique et carence azotée, un nombre suffisant de tiges est monté à épis pour assurer le potentiel. Le retour des pluies en mai a permis une absorption tardive de l’azote (fin montaison), avec à la clé une sauvegarde du rendement et de la teneur en protéines.

Rappelons que sur ces essais, la forme utilisée est majoritairement de l’ammonitrate. Les résultats auraient été moins bons avec de la solution azotée. Même par temps sec, le sol garde un peu d’humidité et la forme solide va mieux profiter de la moindre humidité pour se dissoudre.
En sols superficiels en revanche, la sécheresse a engendré de nombreuses régressions de tiges, le potentiel était trop fortement affecté fin avril, la plante n’a pas pu compenser avec une meilleure fertilité ou des poids de mille grains élevés.

Deux enseignements sont donc à retirer du printemps 2020 :
- en l’absence de pluie, l’efficacité de l’azote n’est pas nulle (> 60-70 %), en particulier en forme solide (ammonitrate ou urée + NBPT).
- l’efficacité de l’azote peut être forte également fin montaison, en mai à la faveur de retour de pluies ; des compensations tardives sont possibles, en particulier en sols profonds.

Une bonne valorisation des apports plus risquée début montaison

Les cartes en figure 1 indiquent la probabilité de cumuler 15 mm par quinzaine de début mars à début juin. La probabilité de bien valoriser un apport d’azote se dégrade à partir de mi-mars, particulièrement en avril, pour être à nouveau bonne autour de fin avril, période favorable qui se poursuit tout au long du mois de mai.

Figure 1 : Probabilité de cumuler 15 mm de pluies dans les 15 jours suivants l’apport d’azote selon la période

source : données ARVALIS de 2001 à 2020

Pour l’apport début montaison, notre recommandation est d’intervenir lorsqu’environ 15 mm de pluies sont annoncés dans les 15 jours, mais il ne faut pas hésiter à avancer un peu ou retarder les apports par rapport au stade prévu (+/- 15 jours) en fonction de la météo. Lorsque la météo prévoit une absence de pluie sur une longue période, il faudra privilégier les formes solides (ammonitrate ou urée+NBPT), limiter les doses appliquées et réaliser un « bilan global » de l’état de nutrition de la culture par un outil de pilotage en mai.

Pour les apports fin montaison, la probabilité d’avoir 15 mm de pluie dans les 15 jours est nettement meilleure à partir de mi-avril (figure 1). Les essais confirment que les apports réalisés à partir du 20 avril sont souvent très bien valorisés. Il ne faut surtout pas se précipiter avant dernière feuille : l’outil de pilotage pourrait indiquer une culture correctement alimentée à « l’instant t » (sous influence encore de l’apport début montaison).

Les cartes du mois de mai montrent tout l’intérêt d’une stratégie en 3 apports comparée à une stratégie en 2 apports.

Fractionner pour s’adapter aux besoins de la plante à un instant t

Tout au long de son cycle, la consommation d’azote par la plante varie. L’idée principale est donc de combler ses besoins mais sans excès afin d’éviter les pertes d’azote par volatilisation et organisation.

- Sur la période tallage, un blé avec un potentiel de 90 q/ha absorbe 1 kg d’azote par hectare et par jour. Par ailleurs, l’efficacité de l’azote est globalement faible (autour de 50 %) en lien avec la vitesse de croissance de la plante.

- Lors de la montaison, cette consommation augmente jusqu’à 3 voire 3,5 kg d’azote par hectare et par jour (variable selon la météo). La plante est en pleine croissance : c’est donc la période la plus critique.

Le fractionnement des apports va donc reposer à la fois sur les besoins de la plante et sur les conditions de développement, qui vont influencer sur l’efficacité des apports d’azote. Dans cette configuration-là, plus les apports seront conséquents, plus le temps d’absorption sera long, et donc plus longtemps l’azote sera soumis à des pertes. A titre d’exemple un apport de 140 kg N/ha à épi 1 cm sera absorbé en plus d’un mois. Afin d’optimiser la quantité d’azote réellement absorbé par la plante, le fractionnement de l’apport à montaison devient intéressant lorsque la dose est élevée. Un fractionnement en 2 apports est conseillé lorsque les doses dépassent 120 unités à épi 1 cm : 80 kg N/ha à épi 1 cm (ou en anticipation) puis 40 kg N/ha à 1 nœud par exemple.

Pour des doses inférieures à 120 kg N/ha, un fractionnement de l’apport n’est pas intéressant : une synthèse d’essais montre que la dose minimale à apporter à épi 1 cm est d’environ 80 kg N/ha.

Quel bénéfice d’une stratégie en 4 apports au lieu de 3 ?

Plusieurs essais conduits de 2012 à 2019 montrent que le fractionnement en 4 apports offre un gain médian de 1 q/ha et 0,2 % de protéines par rapport à une stratégie en 3 apports (avec des gains de 2 à 4 q/ha dans 25 % des essais – figure 2).

Les situations où 3 apports ont été meilleurs qu’un fractionnement en 4 apports (notamment en 2019) correspondent aux situations avec une dose totale inférieure à 180 kg N/h ou un reliquat de sortie d’hiver élevé.

Figure 2 : Ecart de rendement du blé tendre entre parcelles avec un fractionnement de l’azote en 4 apports (tallage + épi 1 cm + 2 nœuds + dernière feuille étalée) et parcelles avec un fractionnement en 3 apports (tallage + épi 1 cm + dernière feuille étalée) – 38 essais ARVALIS et partenaires 2012 à 2019 (Nord France)

Les bâtons rouges correspondent aux essais 2019.

Tableau 1 : Quelques exemples de fractionnement en fonction de la dose totale d’azote (en kg N/ha)

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2 commentaires 19 mars 2021 par DECARRIER

Bonjour, En effet, le fractionnement en 4 apports présente des gains dans plus de la moitié des situations par rapport à une stratégie en 3 apports, et cela en pluriannuel (donc en intégrant le risque climatique). Dans 30 % des essais, le gain est neutre. La période d’apport à 1-2 nœuds est effectivement plus sèche en probabilité, sans que cela se traduise complètement dans les résultats d’essais (la stratégie 3 apports n’est réellement supérieure au 4 apports que dans 10 % des cas). La solution azotée sera plus sensible aux pertes, en particulier par volatilisation, rien ne sert d’anticiper outre mesure de notre point de vue. Les processus d’hydrolyse et nitrification sont assez rapides, et la solution azotée contient une fraction significative de nitrate directement assimilable par la plante. A retenir donc : 1/ en probabilité, le 4 apports donne les meilleurs résultats en pluriannuel (tenant compte du climat passé). 2/ il n’y a pas de vérité absolue en matière de météo… on est souvent dans l’inconnu en matière de prévisions de pluies à 10-15 jours, la bonne formule reste donc de profiter des pluies quand il y en a pour bien valoriser l’azote, anticiper ou retarder de +/-10 jours ne pose pas de problèmes au contraire. Dans cet esprit le fractionnement autour d’épi 1 cm donne de bons résultats (cela a d’ailleurs été pratiqué sur certains essais de la synthèse : retour à épi 1cm +15 jours / 1 nœud anticipé). 3/les blés en Champagne sont souvent en excès de nutrition début montaison, pour arriver en carence à DFE-floraison. il faut donc penser à ré-équilibrer cela en n'oubliant pas toute l'importance d'un apport à dernière feuille étalée (apport pas trop précoce). Cordialement L’équipe régionale CHAMPAGNE-ARDENNE

19 mars 2021 par GUICHON

Bonjour, Le fractionnement en 4 apports est tentant. Cependant, la date de l'apport à 1 noeud pose le problème des 15 mm de pluies que vous montrez dans vos cartes. De plus, en solution azotée, faut il anticiper de 10 jours l'apport par rapport au stade pour laisser le temps à l'engrais d'être transformé ? Pour tenir compte de ces 2 remarques, est ce sécurisant de "découper" l'apport épi 1 cm en 2 : 10 j avant épi 1 cm puis à épi 1 cm ? Merci

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