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Stratégie de fertilisation azotée Messagerie Champagne-Ardenne

Azote sur céréales : comment adapter sa stratégie en 2020 ?

19 mars 2020

Les forts cumuls de pluie enregistrés depuis les semis de céréales d’hiver occasionnent une hétérogénéité de situations en termes de reliquat d’azote et de potentiel de rendement. Le point sur les stratégies d’apport d’azote à mettre en œuvre sur blé et sur orge.

Le contexte de la campagne 2019-2020 est exceptionnel compte-tenu des records de cumuls de pluies durant l’hiver (figure 1). Les réserves hydriques des sols sont à saturation depuis maintenant plusieurs mois, que ce soit pour les sols les plus superficiels de la région, mais aussi pour les sols les plus profonds (figure 2).

Figure 1 : Position de l’année selon les cumuls de pluies et de températures moyennes du 1er octobre 2019 au 10 mars 2020 - Station de Fagnières (51)

Figure 2 : Bilan hydrique des sols de Champagne

La quantité d’azote minéral restant dans le sol en sortie d’hiver, après le drainage hivernal, est mesurée grâce au Reliquat Sortie Hiver (RSH). Toutefois, cette année, des pluies importantes ont pu intervenir après le prélèvement de terre pour l’ouverture du bilan, entre février et mi-mars, avant que la plante puisse utiliser l’azote contenu dans le RSH.

Les outils de calculs dynamiques des doses prévisionnelles d’azote prennent généralement en compte ces pertes par lessivage après l’ouverture du bilan (Azofert® par exemple).

Pour les outils qui ne les prennent pas en compte (Fertiweb Basic® et Technic® par exemple) ou bien pour les producteurs réalisant le calcul sur la base de la méthode GREN Grand-Est, à titre exceptionnel cette année, l’Administration locale (DRAAF et DREAL) vient d’autoriser la possibilité d’ajuster les valeurs des Reliquats Sortie Hiver mesurées sur la parcelle, en fonction des pertes d’azote par lessivage.

Cet ajustement n’est possible que pour les producteurs ayant réalisé une mesure de RSH sur leurs parcelles. Il est en effet interdit de moduler les valeurs moyennes de RSH issus de la synthèse régionale.

Au sommaire :Dans quelles situations faut-il prendre en compte les pertes d’azote par lessivage ?
Comment calculer les pertes par lessivage pour réactualiser la dose ?
Sur blé : fractionner en 4 apports et piloter l’apport à dernière feuille !
Sur orges brassicoles : pensez à mettre en place une zone surfertilisée pour le pilotage N-Tester !

Dans quelles situations faut-il prendre en compte les pertes d’azote par lessivage ?

Ces pertes d’azote par lessivage ne doivent pas être déjà prises en compte par le logiciel de calcul de la dose d’azote (en cas de doute, se référer à l’éditeur).

Concrètement, nous recommandons de prendre en compte ces pertes par lessivage lorsque la dose totale prévisionnelle calculée est faible (cas des RSH élevés), et ne permettrait pas d’être suffisamment corrigée par un outil de pilotage (dose s’écartant de 30 à 40 unités d’azote par rapport aux doses optimales généralement constatées a posteriori).

Un RSH proche de la moyenne ne doit pas faire l’objet d’une prise en compte systématique des pertes par lessivage car :
- si le lessivage est effectivement avéré, des questions se posent pour d’autres postes qui pourraient limiter les besoins : minéralisation plus importante au printemps ? Potentiel de rendement plus faible pour les blés et orges de printemps semés tardivement ? Pour mémoire en 2018 : les orges de printemps avaient été semées fin mars et les rendements réalisés se situaient au-dessus de la moyenne, mais difficile de l’annoncer à l’avance à ce jour…
- ne pas prendre trop de risques vis-à-vis des teneurs en protéines en orges brassicoles,
- dans les essais courbes de réponse à l’azote : autant les doses optimales a posteriori très basses (< 100 kg N/ha) sont peu probables/fréquentes, il en est de même pour les doses optimales très élevées (> 240 kg N/ha – référentiel solution azotée). Des doses trop élevées constitueraient une dépense économique superflue dans un contexte de prix bas en céréales.

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Comment calculer les pertes par lessivage pour réactualiser la dose ?

Le calcul autorisé relève de la méthode COMIFER. Par grands types de sols, les pertes d’azote par lessivage du RSH sont estimées selon la lame d’eau (en mm) et l’horizon (0-30 cm, 30-60 cm, 60-90 cm).

En considérant que les sols sont à capacité au champ (réserve utile pleine), la lame d’eau drainante correspond par approximation aux cumuls de pluies de la date de réalisation du RSH à la date de fixation de la dose du bilan définitif. Cette dernière correspond au moment où le producteur module à la hausse ou à la baisse la dose apportée en fonction des différents paramètres du bilan : pour les blés et orges d’hiver, c’est autour d’épi 1 cm (15 mars cette année) ; pour les orges de printemps, a minima lorsque le semis est réalisé.

Généralement après la mi-mars, l’ETP et la croissance des céréales ont pour conséquence une absorption significative de l’eau du sol, entraînant une sortie de la capacité au champ et n’engendrant pas de lessivage de l’azote tardif. A ce jour, il ne parait donc pas opportun de repousser la date de fin de calcul pour les pluies.

Tableau 1 : Pourcentage de pertes d’azote par lixiviation au-dessous de la profondeur d’enracinement, selon le type de sol, la lame d’eau drainante et l’horizon (source : COMIFER)

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Pour estimer les pertes totales, il suffit de multiplier le pourcentage d’azote perdu par horizon par la quantité d’azote (N-NO3) de chaque horizon du RSH réalisé sur la parcelle.

Exemple de calcul des pertes pour un RSH en craie de 92 kg N/ha réalisé le 1er février 2020 à Fagnières (51)L’analyse de terre donne les quantités d’azote suivantes :
- Pour l’horizon 0-30 cm : 42 kg/ha N-NO3
- Pour l’horizon 30-60 cm : 21 kg/ha N-NO3
- Pour l’horizon 60-90 cm : 19 kg/ha N-NO3

La lame d’eau drainante est de 167 mm entre le 1er février et le 15 mars, arrondie à 150 mm. Pour cette lame drainante, les abaques du Comifer estiment la part d’azote perdue dans l’horizon 0-30 cm à 11,2 %, 42,9 % pour l’horizon 30-60 cm et 97,4 % pour l’horizon 60-90 cm.
Les pertes d’azote par lixiviation sont donc de 32 kg N/ha (11,2 x 42 + 42,9 x 21 + 97,4 x 19).
Ce chiffre est à défalquer au RSH initial.

Tableau 2 : Cumuls de pluies (en mm) entre différentes dates de RSH et le 15/03/2020 pour le réseau météo ARVALIS

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Sur blé : fractionner en 4 apports et piloter l’apport à dernière feuille !

Au vu des fournitures du sol (RSH) en majorité plus faible cette année, il est primordial de fractionner l’azote apporté pour améliorer son absorption par les blés. Pour rappel, le blé absorbe progressivement l’azote, avec des besoins proportionnels à la croissance/biomasse produite. L’absorption peut atteindre 5 kg N/ha/jour de la montaison à la floraison. L’azote non absorbé à l’instant t (apport conséquent à épi 1 cm) présente plus de risques de pertes : volatilisation, organisation.

Optez pour le fractionnement tallage + épi 1 cm + 1 Nœud + dernière feuille !

Le fractionnement en 4 apports (en scindant l’apport montaison autour du stade épi 1 cm) permet de gagner en moyenne 1,2 q/ha (jusqu’à 6 q/ha) et 0,3 % de protéines (jusqu’à +0,6 %) par rapport à une stratégie en 3 apports.

Pensez à mettre en réserve de l’azote pour l’apport fin montaison et gagner sur le rendement et la protéine

Plusieurs incertitudes pèsent cette année : le potentiel de rendement (en particulier pour les semis tardifs, plus fréquents), le lessivage de l’azote, la minéralisation qui pourrait être plus forte au printemps avec l’humidité des sols. Seuls les outils de pilotage permettent d’intégrer ces différents paramètres en diagnostiquant les carences ou excès d’azote au sein de la plante.

Sur blé, le diagnostic est pertinent lorsqu’il est réalisé idéalement autour du stade « dernière feuille ».

A condition de ne pas solder toute la dose d’azote du bilan avant d’utiliser l’outil, des gains (3 à 4 q/ha et +0,6 % de protéines) ou des économies d’azote (20 à 40 kg N/ha) sont à la clé !

La mise en réserve est de 40 à 60 kg N/ha, selon les besoins complémentaires qualité (bc) de la variété.

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Sur orges brassicoles : pensez à mettre en place une zone surfertilisée pour le pilotage N-Tester !

En brassicole, le cahier des charges est pointu : ni trop, ni trop peu de protéines. Les incertitudes au sein du bilan azoté (potentiel de rendement pour des semis tardifs d’orge de printemps, minéralisation au printemps, pertes d’azote par lessivage) invitent à la prudence dans la révision des doses d’azote à la hausse et au pilotage de l’azote avec les outils.

Que ce soit pour les orges d’hiver ou de printemps, les recommandations sont les mêmes :
- ne prendre en compte les pertes par lessivage que pour les RSH élevés amenant à des doses significativement plus faibles que les optimums pivots (doses pivots essais en solution azotée : 140-160 U sur orge de printemps, 160-180 U sur orge d’hiver). Une dose proche de la dose pivot peut être corrigée facilement avec un outil de pilotage en cas de sous-fertilisation.
- pilotage N-Tester à 1-2 nœuds des orges (bande surfertilisée à mettre en place). La correction de 30 U sur orge de printemps et de 40 U sur orge d’hiver permet de gagner 4 à 6 q/ha et corriger des protéines trop basses. A l’inverse, le conseil à 0 kg N/ha indique une bonne alimentation azotée des orges et évite un risque inutile d’une dose trop importante vis-à-vis des objectifs protéines.

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