En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus adaptés à votre région et réaliser des statistiques.

En savoir plus
Faut-il décaler la date de semis des céréales d’hiver ? Ce mois-ci dans Perspectives Agricoles

Gestion des adventices : faut-il décaler la date de semis des céréales d’hiver ?

23 septembre 2021

Outre les avantages obtenus dans la lutte contre les ravageurs d’automne, décaler la date de semis du blé tendre ou de l’orge contribue à réduire la nuisibilité des graminées adventices. Explications par Lise Gautellier Vizioz, spécialiste en protection intégrée des cultures chez ARVALIS.

Perspectives Agricoles : Quels effets recherche-t-on en décalant la date de semis ?

Lise Gautellier Vizioz : « Le décalage de la date de semis est efficace contre les adventices quand les conditions s’y prêtent. »

Lise Gautellier Vizioz : L’objectif est de s’éloigner de la période de levée préférentielle des ray-grass et des vulpins afin de réduire leurs densités dans les cultures. Les mauvaises herbes sont alors plus faciles à gérer par des passages mécaniques ou des applications chimiques. De nombreux essais ARVALIS, aussi bien en blé tendre qu'en orge d’hiver, montrent que le décalage de la date de semis réduit les populations de graminées, ce qui facilite leur gestion et améliore rendements et marges brutes des cultures.


P.A. : Quelle est l’efficacité de ce levier sur les populations d’adventices ?

L.G.V. :
Les décalages les plus courts étudiés dans nos essais sont généralement d’une vingtaine de jours. Les dates de semis étant très différentes selon les régions françaises, l’indicateur retenu est la somme des températures en degrés-jours (base 0°C). Par exemple, passer de début à mi-octobre équivaut à une somme de températures proche de 200°j. À ce niveau de décalage du semis, une réduction de 18 à 89 % des populations de vulpins et de ray-grass a été observée, la moyenne étant proche de 60 %. Plus la somme de degrés jours augmente entre les deux dates testées, plus la réduction des populations adventices avec les témoins non traités est importante. Entre 250 et 300°j de décalage, les efficacités sont en moyenne de 70 %. Entre 350 et 400°j, la réduction des populations d’adventices est proche de 85 %. Au-delà de 400°j, elle reste proche de 85 % en moyenne, avec des valeurs comprises entre 50 et 99 %.


P.A. :
Quand mettre en œuvre le décalage de la date de semis ?


L.G.V. :
Cette mesure est à utiliser sur des parcelles très infestées, en échec de désherbage ou faisant face à des problèmes de résistance. Les solutions herbicides pourront alors être appliquées dans de meilleures conditions, c’est-à-dire sur des populations réduites. Pour ce type de parcelles « difficiles », le risque économique d’un décalage du semis de vingt jours en blé tendre est limité, même en cas d’automne pluvieux. En revanche, si la présence de graminées adventices est faible, la baisse du potentiel de la culture due au décalage du semis peut contrebalancer le gain obtenu par la réduction de la nuisibilité des adventices. Il n’est donc pas judicieux de décaler la date de semis sur des parcelles peu infestées.


P.A. :
Quelle place faut-il accorder aux autres moyens de lutte ?

L.G.V. :
Il est important de rappeler qu’à sensibilité équivalente, quel que soit l’herbicide, celui-ci sera toujours plus performant sur de faibles populations d’adventices. Il est donc utopique de penser que la chimie peut résoudre, à elle seule, le problème sur des populations d’adventices moyennes à fortes. Les phénomènes de résistances, plus présents en cas d’utilisation accrue de produits phytosanitaires, ainsi que le respect des mesures réglementaires, compliquent également l’équation. La gestion des adventices passe ainsi par un raisonnement pluriannuel, par le choix des rotations les plus appropriées et la combinaison des leviers agronomiques disponibles.

En plus du décalage de la date de semis, on peut accentuer les faux-semis et/ou introduire un labour occasionnel, qui reste le levier le plus efficace contre les graminées. Le désherbage mécanique peut également apporter un plus, bien qu’il soit davantage adapté aux cultures de printemps ou d’été. Les produits phytopharmaceutiques doivent rester un dernier recours pour finaliser le contrôle des adventices.


Pour accéder à l’ensemble du numéro, rendez-vous sur le site de Perspectives Agricoles.


Réagissez !

Merci de vous identifier pour commenter cet article

9 commentaires 25 septembre 2021 par ANSEEUW

Le décalage de dates de semis, peut je pense, permettre la réduction de la concurrence des graminées (en fonction de la météo), elle permet surtout de limiter la pression des maladies (sauf oïdium) et des insectes d'automne. Après, les conditions météo ainsi que les types de sols ne le permettent pas toujours. Il faut bien évidement adapter ses variétés afin d'éviter certaines déconvenues. Le plus sage est de répartir le risque en tenant compte des parcelles...

24 septembre 2021 par GUILHOU

Étonnant de proposer le décalage des dates de semis tout en indiquant que le plus sûr est donc d'intervenir dès la prélevée..

24 septembre 2021 par DEKOSTER

Très peu d'intérêts de décaler la date de semis pour les graminées, les ray-grass et les vulpins lèvent dès les premières pluies d'automne jusqu'au 15 juin, pas intéressant. Il vaut mieux semer et mettre en bonnes conditions la culture et associer chimique et mécanique pour le désherbage!

24 septembre 2021 par ARVALIS

@Michallet Oui, le décalage de la date de semis est tout à fait compatible avec un désherbage d’automne, certaines pratiques font même deux applications de prélevée et postlevée précoce pour des parcelles très infestées où les produits de sortie d’hiver ne sont plus efficaces. En revanche, il est vrai que le décalage de la date de semis peut, en fonction de la météo, limiter les créneaux d’intervention. Mais ces applications restent possibles la majorité du temps. Afin de sécuriser le passage, le plus sûr est d’intervenir dès la prélevée.

24 septembre 2021 par MICHALLET

Est-ce que le décalage de la date de semis est compatible avec un désherbage d'automne qui reste plus efficace qu'un désherbage de printemps ?

24 septembre 2021 par Forestier

Regarder aussi les travaux de Marc Bonfils dans les années 80 sur les semis ultra précoce de blé (à la Saint Jean !) et de céréales... Par ailleurs, je sais que nous ne sommes pas nombreux, mais quid de ceux qui travaillent en conservation des sols et en bio ?

24 septembre 2021 par POUPEAU

Si c était aussi simple... En limons argileux sous climat océanique comme dans l ouest, même en reculant la date de semis à la fin novembre, on a encore souvent beaucoup de levées notamment de folles avoine et même ray-grass. Ce qui manque, c est du froid à l automne. Rien de tel pour freiner les levées d adventices.

24 septembre 2021 par CHICOUENE

Comment peut on tenir de tels propos. Retarder la date de semis à l'automne, c'est favoriser le développement des mauvaises qui lèvent en hiver, surtout vers février ou mars en général comme Avena fatua (autrement plus nuisible que les ray-grass ou vulpins, et en sachant que certaines espèces de Lolium lèvent toute l'année) ou Cirsium arvense. Daniel Chicouène.

24 septembre 2021 par CATTEAU

Decaler la date de semis de blé de 15 jours a l'automne 2020 (10/10 vs 25/10) a contribué a un reduction de rendement de 10 qx/ha!! Bien peser le pour et le contre de ces techniques de semis differees.

  • ARVALIS - Institut du végétal
    • 3, rue Joseph et Marie Hackin
      75016 PARIS
      Tél : + 33 (0)1 44 31 10 00
      Fax : + 33 (0)1 44 31 10 10