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418 Ce mois-ci dans Perspectives Agricoles

Faut-il acidifier les bouillies phytosanitaires ?

21 janvier 2015

Suite à des baisses d’efficacité au champ, certains agriculteurs se sont posé la question de l’effet du pH sur les sulfonylurées. Lise Gautellier Vizioz, spécialiste en gestion des adventices chez ARVALIS - Institut du végétal, rappelle les résultats issus de différents essais.

Perspectives Agricoles : La baisse d’efficacité parfois observée avec les sulfonylurées est-elle liée au pH de la bouille ?

Lise Gautellier Vizioz : Que ce soit avec les sulfonylurées, le MCPA ou encore le clodinafop, les résultats des expérimentations menées par ARVALIS – Institut du végétal n’ont pas montré, dans les conditions habituelles d’utilisation, d’influence significative du pH sur l’efficacité de ces substances actives. Globalement les résultats se sont révélés neutres avec le clodinafop et plutôt défavorables pour le MCPA. Pour les sulfonylurées, des résultats non significatifs ont été observés parfois en faveur du pH basique, parfois en faveur du pH acide.

Les sulfonylurées antigraminées ont été testées à pH acide (3), légèrement acide (6) ou basique (10), par ajout d’acide citrique ou de soude. L’herbicide utilisé était la nouvelle formulation OD de l’Archipel à pleine dose ou à 60 % (1 l et 0,6 l) avec un litre d’Actirob B et un litre d’Actimum.

P.A. : Quelles conséquences faut-il attendre d’une baisse de pH ?

LGV. : Si la modification du pH de la bouillie n’est pas toujours impactante sur l’efficacité des produits, elle peut affecter la stabilité des substances actives. Ainsi, les sulfonylurées ont des comportements différents à pH basique ou acide : le flupyrsulfuron est dégradé à pH acide et basique. Le metsulfuron est, quant à lui, dégradé uniquement à pH acide. Il a été constaté que la demi-vie de l’Allié, c’est-à-dire le temps nécessaire à la dégradation de la moitié de la substance, est de 24 heures à pH 7 (neutre) et de 5 heures à pH 2 (très acide). Les iodo-méso sont également dégradées à pH acide. De plus, en milieu aqueux, le pont sulfonylurée est sujet à hydrolyse et en diminuant le pH, la dégradation par hydrolyse s’accélère. Face à ces éléments, il convient donc d’être prudent et de s’abstenir de modifier les caractéristiques de pH de la bouillie, au risque de ne plus les appliquer à des doses souhaitées et des formes efficaces. La formulation des produits a été adaptée en vue d’obtenir la meilleure stabilité dans les conditions habituelles d’utilisation des bouilles.

P.A. : Qu’en est-il avec le glyphosate ?

LGV. : Certains agriculteurs ont constaté que l’ajout d’acide sulfurique ou phosphorique semble améliorer l’efficacité du glyphosate. Cet effet ne provient pas de la baisse de pH mais de l’apport d’ions sulfate et phosphate qui précipitent le calcium et forment des sels peu solubles dans l’eau, en abaissant la dureté de l’eau. A l’inverse, l’ajout d’acides nitrique ou chlorhydrique n’a aucune incidence bien qu’ils diminuent également le pH. En présence d’eau douce, les performances du glyphosate ne sont pas améliorées par l’ajout d’acide sulfurique ou tout autre acide. 

Pour modifier la dureté de l’eau, en vue d’une meilleure efficacité du glyphosate qui y est sensible, il convient d’utiliser du sulfate d’ammonium, bien moins agressif pour le matériel et moins dangereux que les acides. En cas d’utilisation des eaux de pluie pour la préparation des bouillies, il faut veiller aux conditions de stockage de ces eaux et éviter les cuves de stockage en béton armé ou en acier car l’eau pourrait se charger en fer qui forme un sel insoluble avec le glyphosate.


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2 commentaires 13 février 2015 par SALMON

ouah !!!!! c'est beau mais!!!!!!!!

29 janvier 2015 par Carpentier

Le problème de l'homme est qu'il croit être plus fort que la nature. Seulement voilà : l’exemple des adventices qui résistent au glyphosate est le fait révélateur que, dans son COMBAT CONTRE LA NATURE, l’homme a perdu la bataille et que la nature est plus forte. Aveuglé par la puissance du pétrole et le miroir aux alouettes que sont les plantes génétiquement modifiées, il pourrait bien, dans une puérile obstination, créer un autre désherbant dont les effets seront à nouveau réduit à néant par l’extraordinaire adaptation de la nature à résister aux agressions humaines. Combien d’expériences anti-nature seront-elles nécessaires pour que l’homme fasse preuve d’humilité qui lui permettrait de retrouver le bon sens qu’il a perdu, qui l’amènerait sur un autre chemin que celui de la fuite en avant ? Lorsque l’homme aura épuisé toutes les énergies fossiles, il n’aura pas d’autre choix que de VIVRE AVEC LA NATURE. En attendant, nous allons nous diriger vers une agriculture à 2 vitesses, une agriculture à toutes vitesses propulsée par la puissance du pétrole et la chimie qui en découle, c'est celle que nous connaissons, et une agriculture appelée permaculture qui prouve dans la lenteur que l’on peut s’en passer. L’une remonte le courant, s’essouffle et s’asphyxie, l’autre dans le sens courant, CELUI DE LA NATURE QUI MONTRE LE CHEMIN. Et l’on sera témoin de scènes ubuesques, dans lesquelles des techniciens agricoles, parcourant nos campagnes, tourneront leur casquette dans le sens du courant, puis dans le sens inverse, selon qu’ils conseilleront une agriculture aussi claire et limpide que l’eau de source, et une agriculture industrielle polluante, chaque année plus complexifiée par des impératifs d’innocuité pour la planète. Je suis un agriculteur qui, comme tout un chacun, va mourrir un jour. Rien de grave ! Mais si l'homme n'a pas conscience que son intérêt est de vivre avec la nature et non contre elle, c'est l'humanité qui mourra. Et là ce sera plus grave.

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