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Fertilisation

Prix des engrais azotés : quels impacts sur les pratiques sur céréales ?

01 janvier 2010

L’instabilité des prix des engrais azotés conduit à s’interroger sur l’adaptation des pratiques de fertilisation qu’implique ce nouveau contexte économique.

Les prix des trois grandes formes d’engrais azotés (ammonitrate, urée solide et solution azotée) ont connu une hausse constante depuis le milieu de l’année 2007.

On a pu ainsi atteindre des niveaux records en début de campagne 2008-2009 avec un prix de l’ammonitrate 33,5 dépassant 1,30 €/kg N rendu agriculteur. Un repli des prix se fait sentir depuis octobre 2008, qui semble surtout être un des multiples contrecoups de la crise financière. En effet, les stocks d’ammoniac et d’urée à l’échelon mondial font l’objet, comme d’autres matières premières, d’opérations spéculatives. Les prix actuels sont à peu près revenu à leur niveau de 2006. La seule chose qui semblerait sûre pour l’avenir est que les prix présenteront une certaine instabilité, à l’image du prix des céréales.

La dose optimale d’azote sur blé tendre

Pour les céréales, l’azote est un intrant à réponse « continue », c’est-à-dire que l’application de doses croissantes entraîne des rendements également croissants jusqu’à atteindre une production maximale.

La plus petite dose d’azote permettant d’atteindre cette dernière représente la dose « technique » optimale ou dose-plateau. Afin de prendre en compte le contexte économique, on retranche du rendement brut l’équivalent en q/ha du coût de l’azote. On obtient une nouvelle dose plateau, dite dose optimale « technico-économique ».

Ainsi, la prise en compte du contexte économique (augmentation du prix de l’engrais ou baisse du prix du blé) entraîne une diminution de la dose optimale, et du rendement obtenu si on applique cette nouvelle dose.

Ces calculs ne sont possibles que si l’on connaît l’optimum technique. Dans les expérimentations, cet optimum est déterminé a posteriori. En généralisant cette démarche sur plus de 500 courbes de réponses à l’azote sur blé tendre d’hiver, le tableau 1 indique les variations moyennes de doses optimales technico-économiques par rapport à un contexte de référence 2006 (100 €/t blé et 0,50 €/kg N).

Plus le contexte économique est tendu (augmentation du prix des engrais sans compensation par une augmentation du prix du blé par exemple), plus les ajustements de dose, de rendement et de taux de protéines sont revus à la baisse.


Evolution de la dose optimale technico-économique en fonction du prix du blé et de l'azote, par rapport à une référence 2006 (case jaune).

Les limites de l’exercice

Les tendances moyennes chiffrées par cette démarche ont l’avantage de fixer les ordres de grandeurs de l’impact du contexte économique sur la « rentabilité » de la fertilisation azotée.

Mais il faut garder à l’esprit que :

► Les valeurs indiquées représentent des tendances moyennes qui cachent une variabilité assez forte. Par exemple, une baisse moyenne de production optimale de 2 q/ha est constituée de 500 situations allant de 0,2 à pratiquement 12 q/ha de perte. Cette variabilité est due au contexte particulier de chaque site d’expérimentation (productivité, niveau de fournitures d’azote par le sol, efficacité de l’azote de l’engrais…).
► La démarche n’est valable que si l’on peut déterminer l’optimum technique, qui, dans nos expérimentations, est déterminé a posteriori. Dans la réalité de la pratique agricole, on ne peut que l’estimer a priori à partir de la méthode des bilans. Or, la précision de cette dernière peut être entamée par la variabilité des fournitures d’azote par le sol et de la productivité de la parcelle.
► Le contexte économique (prix de la culture et prix de l’azote) est fluctuant et peut varier entre le moment de la prise de décision (date d’apport de l’engrais au plus tard) et la récolte.
► Pour certains débouchés, la nécessité d’obtention d’une teneur en protéines minimale pour pouvoir accéder au marché rend rédhibitoires les baisses arbitraires de dose d’azote.
► Enfin, dans les domaines de variations du contexte économique actuel, les gains de marges brutes liés à un ajustement de la dose d’azote semblent modestes au regard d’autres coûts de production (charges de mécanisation, de structure…)

Ces raisons doivent inciter à la prudence quant à la réduction de la dose d’azote par rapport à la valeur calculée par le bilan azoté.

Que faire alors ?

Si la prudence semble devoir s’imposer pour la réduction des doses d’azote en vue d’optimiser la fertilisation azotée des céréales, tout doit être mis en œuvre pour valoriser au mieux l’azote apporté. Bien que certaines pertes soient inévitables, toute unité non valorisée doit être considérée comme une charge nette de production non valorisée. Il est donc indispensable de respecter les préconisations qui maximisent l’efficacité des engrais (fractionnement, formes d’engrais, impact des conditions météorologiques).

De façon plus large, le contexte économique tendu des engrais azotés nous pousse à réfléchir sur l’évolution des systèmes de production de grandes cultures vers plus d’autonomie vis à vis des engrais minéraux azotés.

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