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Neige recouvrant un champ de cereales Etat des cultures

Episode de gel : le tour des régions

21 février 2012

Début février, les températures ont fortement chuté sur la majeure partie de la France, avec parfois des chutes de neige. Les conséquences varient selon les régions.

Rappel sur les facteurs de risque de 2012

L’épisode de froid que nous avons vécu a des particularités dont il faut tenir compte pour établir un diagnostic :

- Compte tenu de l’intensité du gel (valeurs des minima observés), et des modalités d’apparition du gel,  les dégâts porteront prioritairement sur les espèces les plus sensibles : orges de printemps semées à l’automne, blés dur puis les orges d’hiver et blé tendre les plus sensibles au gel.

- S’ajoute à  ces conditions, un facteur stade car certaines parcelles avaient franchi le stade épi à 1cm : à partir de ce stade, la plante redevient plus sensible, les gels d’épis pouvant apparaître dès lors que la température se situe au-dessous de -5°C sous abri (soit -8°C environ au niveau du champ).  Bien heureusement de telles parcelles restent rares et concernent les variétés les plus alternatives, précoces au stade épi à 1cm et semées tôt,  qui ont profité des conditions exceptionnelles de douceur de l’automne et du début de l’hiver. La grande majorité des céréales sont au stade maximal de résistance : plein tallage

- L’enneigement a également été présent mais localisé de manière hétérogène sur le territoire

Principales caractéristiques de l’épisode de gel

En dehors de la Bretagne et du pourtour méditerranéen, l’ensemble du territoire a connu des températures minimales inférieures à -8°C, voire -10°C. Certaines zones ont même enregistré des -18°C à -20°C  (carte 1)! A l’opposé, la couverture neigeuse n’a quasiment pas concerné la moitié Est du territoire (carte 2). Certes, elle est arrivée après le début de la chute des températures, mais elle a quand même procuré une protection intéressante et appréciable là où elle était présente.

Carte 1 : Température minimale atteinte sous abri en France  du 1er au 11 février 2012
(Cliquez sur la carte pour agrandir)




Carte n°2 : enneigement au 12 février 2012 (d’après meteo60.fr/sat)
(Cliquez sur la carte pour agrandir)


Indicateurs de diagnostic pour 2012

      Seuil de tolérance des variétés

Les différentes campagnes précédentes avec du gel ont permis d’établir des relations entre la note résistance au gel (note GEVES) et les dégâts observés en plaine. La figure ci-dessous, élaboré essentiellement sur le blé tendre fait le lien entre la note GEVES et le seuil de température où des dégâts significatifs sont observés sur la plante.
Cette relation correspond à des plantes endurcies, c'est-à-dire qui ont séjourné progressivement à des températures négatives, scénario assez représentatif de 2012 (environ 5 jours d’abaissement progressif). 



Cet abaque peut être utilisé pour les plantes en cours de tallage. Par exemple, si la note est de 3, le seuil de température à partir duquel les dégâts sont significatifs est de -16°C.

      Classement des blés durs

La grande majorité des blés durs ont des valeurs de résistance basses. Pour connaitre la tolérance au froid des variétés, consultez ICI les fiches variétés.

      Rôle protecteur de la neige

Les abaques ci-dessous font la correspondance entre la température de l’air celle de la plante en fonction de 3 classes de hauteur de neige : 5, 10 et 15 cm (d’après des travaux canadiens). Par exemple, quand la météorologie indique  -10°C, la température sous la neige  est de -5°C avec 5 cm de neige. 

En conséquence

Au niveau des céréales à paille, les premières préoccupations vont s’orienter vers les orges de printemps semées dès l’automne (Beauce, Berry, plus ponctuellement Ile de France, Champagne, Poitou-Charentes). Il est très probable que les cultures soient complètement détruites, notamment en l’absence de neige.

Le blé dur est particulièrement préoccupant, car sensible au froid. Néanmoins, il existe une variabilité génétique marquée, et certaines parcelles résisteront alors que celles d’à-coté disparaitront. On remarque que des variétés comme Karur présente actuellement peu ou pas de symptômes alors que les dégâts sont beaucoup plus sévères sur Sculptur. La variété Miradoux semble aujourd’hui ne pas trop avoir subi de dégâts. Dans certains secteurs (Poitou-Charentes, Sud-Ouest), la montaison était entamée pour un certain nombre de parcelles : selon le niveau de froid, on n’observera que la disparition du maitre-brin ou une destruction complète des plantes.

L’orge d’hiver aura sans doute touché ses limites de résistance au froid dans certains secteurs, notamment des variétés sensibles au froid comme Esterel et Champie.

Pour les blés tendres, on distinguera les blés améliorants, généralement alternatifs et peu résistants au froid (notes souvent inférieures à 3) et par conséquent particulièrement à risque, des blés tendres plus « hiver », qui tiendront très certainement le choc en dehors de dégâts foliaires ou de maitre-brins détruits dans les situations anormalement précoces.

Premiers constats en régions

Selon l’intensité du gel, la présence de neige, les espèces et variétés mises en place et le stade des cultures lors de l’arrivée du froid, on peut s’attendre à de fortes disparités régionales de dégâts aux cultures. Les deux cartes ci-dessous résument les premières remontées des équipes régionales d’Arvalis, qui seront appelées à être affinées dans les jours à venir.

Remarque : dans  les commentaires, les abbrevations sont les suivantes : BTH = blé tendre d’hiver ; BD = blé dur ; OH = orge d’hiver ; OP = orge de printemps


(Cliquez sur les cartes pour agrandir)

Evaluer les dégâts

Avant tout alarmisme précipité, il faut évaluer l’état des cultures, et de pas oublier que tout peut changer (dans un sens comme dans un autre) en l’espace de quelques jours.
Il est possible d’accélérer le diagnostic à l’aide de deux méthodes : consultez l’article du 1er février : « Faut il craindre la vague de froid ? ».

Risques climatiques à court terme

Les conditions actuelles sont plutôt favorables à une limitation des dégâts : pas d’alternance gel-dégel, pas de vent desséchant qui viendrait à faire perdre leur eau aux cultures, pas d’excès d’eau outre-mesure autre que la fonte de la neige. Par contre, on surveillera avec attention les prévisions météo de début de semaine prochaine, où de petites gelées sont à nouveau annoncées. Rappelons-nous la campagne 2003 qui s’était traduite par 5 ou 6 cycles gél-dégel. Il faut donc espérer que ce premier dégel soit le dernier.

Article rédigé en collaboration avec Phiippe Gate et les ingénieurs régionaux d'ARVALIS - Institut du végétal

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