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Parasitoïde du charançon Stockage des grains

Désinsectiser les locaux par lâchers de guêpes parasitoïdes ?

03 juin 2021

La lutte biologique pour traiter les locaux de stockage est une méthode au potentiel avéré, mais dont le positionnement est délicat. Les deux campagnes d’essais conduites par ARVALIS sur le charançon du riz confirment ce bilan en demi-teinte.

La lutte biologique nécessite une bonne connaissance de l’historique des espèces de ravageurs présentes dans son silo ou bien la mise en place de pièges en amont des lâchers de parasitoïdes. Ces derniers sont spécifiques et s’attaquent uniquement aux formes larvaires de leurs hôtes cibles. Autrement dit, les lâchers de parasitoïdes sont à adapter en fonction des espèces déprédatrices ciblées.

Des hyménoptères naturellement présents dans les silos

Ces hyménoptères sont parfois naturellement présents dans les silos, mais pour que la méthode fonctionne, il ne faut pas que la population de ravageurs soit trop excédentaire par rapport à celles des parasitoïdes. C’est pourquoi, il est nécessaire d’en introduire artificiellement, en positionnant les lâchers dès que les conditions printanières deviennent favorables à l’activité reproductrice des ravageurs, en complément d’un nettoyage des locaux. Une lutte précoce contribuera alors à prévenir une colonisation des grains, a priori dépourvus de ravageurs en sortie du champ.

L’intérêt des lâchers est par ailleurs d’éliminer les insectes dans des espaces « réservoirs » qui ne sont ni nettoyés, ni traités, faute d’accessibilité (boites de chute, gaines de ventilation, nettoyeurs-séparateurs…).

Les femelles adultes repèrent les larves de ravageurs cachées au sein des grains, les paralysent et pondent un œuf accolé à la larve paralysée, qui permettra son futur développement (figure 1). C’est ainsi que la descendance des ravageurs est supprimée. La population de parasitoïdes disparaît ensuite naturellement lorsque la population d’hôtes ne leur permet plus de se développer ou lorsque les conditions ambiantes ne leur sont plus favorables.

Figure 1 : Mode d’action des hyménoptères parasitoïdes de ravageurs primaires des céréales stockées

Deux campagnes d’essais sur le charançon du riz

ARVALIS a évalué cette méthode sur la Plateforme Métiers Du Grain à Boigneville (91). Deux campagnes d’essais ont été conduites en conditions réelles, en 2019 et en 2020, à partir de la solution LarioMix® d’AMW, distribuée par Fertimap Biocontrôle en France. C’est un mélange de deux espèces de parasitoïdes : Lariophagus distinguendus (photo) et Anisopteromalus calandrae. Ces espèces sont spécifiques des ravageurs primaires des céréales et complémentaires du fait de leur intervalle de températures optimales pour leur activité de parasitisme.


Lariophagus distinguendus adulte (photo : Mathias Schöller)

Pour les besoins des essais, du blé tendre infesté de charançons du riz adultes a été incubé à 25°C et 70 % d’hygrométrie durant une semaine de manière à obtenir du blé avec des formes cachées. Le blé ainsi contaminé a été réparti dans des seaux de 1 kg, fermés ou non, pour empêcher ou permettre l’accès aux grains par les parasitoïdes (respectivement témoins ou parasités). Les seaux ont été disposés à différents emplacements de la plateforme (toit de cellule, cône de cellule, pied d’élévateur), situés à différentes hauteurs, donc soumis à des conditions ambiantes variables.


Seaux de blé infesté en toit de cellule


Seaux de blé infesté en cône de cellule

Après une sanitation physique (brossage et aspiration) des locaux, quatre lâchers successifs de LarioMix® ont été effectués, avec deux semaines d’intervalle (soit une durée totale de traitement de deux mois), selon les recommandations du fournisseur.

Lors de la campagne 2019, la fenêtre de traitement en pré-récolte s’est étendue de fin avril à fin juin. En 2020, la fenêtre était plus tardive, de mi-mai à mi-juillet.


Tubes LarioMix® (AMW)

A l’issue des lâchers et après une nouvelle phase d’incubation, les charançons émergés dans chaque seau ont été dénombrés, afin d’évaluer l’efficacité de la méthode.

Une méthode qui nécessite un bon positionnement pour exprimer tout son potentiel

Finalement, les deux campagnes d’essais en traitement des locaux ont montré des résultats mitigés : une efficacité très intéressante a été démontrée à certains emplacements mais pas à d’autres.

Les essais ont été perturbés du fait de températures non favorables aux insectes (parasitoïdes comme ravageurs ciblés), à certains emplacements de la plateforme. Au printemps 2019, les emplacements les plus bas (pieds d’élévateurs et cônes) avaient présenté des températures trop faibles pour démontrer l’efficacité du traitement, alors qu’en toit de cellule, une forte réduction d’émergence de 96 % avait été observée. A l’inverse, au printemps 2020, c’est l’emplacement le plus haut qui a montré des températures trop élevées pour évaluer le traitement appliqué. Toutefois, une réduction significative de l’ordre de 70 % de descendance de charançons du riz a été obtenue en bas de la cellule.

Bien que son efficacité puisse être démontrée, cette méthode de traitement des locaux ne suffit pas dans toutes les situations pour s’affranchir des infestations lors de la préparation des silos.

Obtenir chaque année une fenêtre climatique favorable à son positionnement pendant toute la durée du traitement (8 semaines) semble délicat. Une bonne connaissance du silo est nécessaire pour positionner le traitement aux endroits les plus adaptés en termes de température pour que la méthode ait un intérêt.

Toutefois, cette méthode reste séduisante du fait d’une mise en œuvre relativement simple et de l’utilisation d’un mécanisme naturel, qu’il est intéressant d’exploiter dans un objectif de protection intégrée des céréales stockées.

Concernant son coût, il est difficilement estimable à la tonne de grains stockés car c’est un traitement par emplacement ; selon la configuration des silos, en particulier la hauteur des cellules, le coût à la tonne variera.

Pour en savoir plus, consultez la Lettre Stock@ge n°14.

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1 commentaires 04 juin 2021 par DUMAS

Essai intéressant mais le protocole est un peu compromettant... Les parasitoïdes trouvent leur hôte en "sentant" leurs phéromones avec une précision incroyable (essais effectués sur 400grains infestés dans 20t de blé).. Une larve parasitée n'a plus la même odeur, on observe quasi jamais de double parasitisme d'un même grain. Il est donc fort probable qu'à partir du 2ème lâcher les auxiliaires se soient tournés vers les seaux témoins, avec une odeur de phéromones plus forte donc, et se soient épuisés à essayer de rentrer dedans. Avez-vous mis en place un système de vidéo ou photo des seaux pour vérifier et êtes-vous sûrs qu'aucun Lario n'a réussi à rentrer dans les seaux témoins ?

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