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Semis de céréales en Champagne-Ardenne Messagerie Champagne-Ardenne

Désherbage des céréales : ne pas se créer de difficultés en anticipant les semis

24 septembre 2020

Par crainte de rencontrer des conditions défavorables aux implantations de céréales comme à l’automne 2019, certains producteurs envisagent d’avancer la date de semis, afin d’« être sûrs de rentrer dans les parcelles ». Mais attention, dans les parcelles à fort risque d’infestations en adventices et insectes, cette stratégie rend difficile le contrôle de ces bioagresseurs. Les semis précoces sont également propices au développement de maladies comme le piétin échaudage : il faut en tenir compte particulièrement dans les secteurs type barrois où les surfaces de colza diminuent au profit des successions blé sur blé.

Le décalage des dates de semis : un levier efficace pour limiter les infestations en adventices

Depuis 2017, ARVALIS conduit des essais date de semis et stratégies herbicides en sols de craie, en argilo-calcaire moyen et en barrois. Nous revenons ici sur la synthèse de trois années consécutives d’essais en sols argilo-calcaires superficiels (Côte d’Or, Haute-Marne, Meuse).

Une troisième année d’essais confirme l’intérêt de ne pas semer trop tôt, notamment quand la parcelle est fortement infestée. En moyenne sur trois ans, la pression vulpin passe de 250 plantes/m² en semis ultra précoce (non recommandé agronomiquement) à 125 vulpins/m² en date classique (fin septembre) puis 90 vulpins/m² en décalant le semis à la mi-octobre (figure 1). Les résultats vont dans le même sens pour l’essai mené sur orge d’hiver.

Figure 1 : Niveaux d’infestations en vulpins sur 5 essais, de 2018 à 2020

Décaler la date de semis ? Oui, mais quel impact sur la productivité, Cet impact est-il plus marqué pour les sols superficiels ? Et quel gain désherbage ? Autrement dit, est-ce utile de prendre le risque de décaler la date de semis (et de potentiellement, perdre en productivité) pour tenter de gagner des efficacités de désherbage ?

La figure 2 présente les rendements nets (rendements bruts auxquels sont dégrevés les coûts de désherbage) pour deux dates de semis, et trois stratégies de désherbage. Les notes de satisfaction du désherbage (de 0 à 10) sont indiquées sur le haut du graphique. Les résultats nous indiquent que :
- les rendements nets de la date de semis décalée ne sont pas inférieurs à ceux de la date de semis classique, à stratégie herbicide égale ;
- les efficacités de désherbage sont plus élevées en date de semis décalée (liées à une pression moindre dès le départ) ;
- la sortie d'hiver reste en difficulté (résistance), même si les rendements nets sont corrects. Mais dans ce cas, nous ne sommes pas dans une gestion durable des adventices.
- même en 2020, avec un automne et une implantation difficile (semis au 25/10 car pas de possibilité avant) et un printemps très sec (stress hydrique et azoté), la date de semis décalée amène des rendements nets équivalents à ceux de fin septembre, mais avec moins de vulpins au final.

Figure 2 : Rendement net de différentes stratégies de désherbage en sols argilo-calcaires superficiels (essai de Haute-Marne)

Le décalage de la date de semis : efficace aussi vis-à-vis du risque pucerons d’automne

Des modalités « insecticide » étaient également présentes dans l’essai de Haute-Marne à l’automne 2019. Pour rappel, l’automne 2019, très doux, a favorisé les vols de pucerons, avec soit une présence dépassant les 10 % de plantes porteuses, soit des pucerons peu nombreux mais présents au moins dix jours consécutifs. Ensuite, l’hiver également doux a favorisé la virulence du virus dans les plantes. Résultats : de nombreux symptômes de jaunisse nanisante de l’orge sur orges en sortie d'hiver, et sur blé fin montaison (essentiellement sur parcelles non traitées).

L’essai a montré que le décalage de la date de semis limitait fortement les populations de pucerons aptères sur les plantes : le semis très précoce est monté à plus de 10 % de plantes porteuses plusieurs semaines consécutives, contre 4 % pour le semis de fin septembre (figure 3). Un insecticide fait alors gagner 12 q/ha en semis très précoce, et 2 q/ha en semis de fin septembre.

Figure 3 : Evolution de l’infestation en pucerons selon la date de semis – Essai de Haute-Marne – Campagne 2019-2020

En semis décalé en octobre, aucun puceron et aucun gain de rendement avec un insecticide ne sont observés, et les rendements bruts sont similaires à ceux de la date de semis de fin septembre (figure 4).

Figure 4 : Rendement brut selon les 3 dates de semis, avec et sans insecticide (comparaisons effectuées sur les parcelles désherbées en Postlevée puis sortie d'hiver) – Essai de Haute-Marne – Campagne 2019-2020

Des créneaux de semis suffisants en seconde quinzaine d’octobre

L’automne dernier a fortement marqué les esprits, et le schéma d’un automne très sec puis très humide n’est pas exclu. La calculette J-Dispo d’ ARVALIS permet d’évaluer la faisabilité d’interventions culturales (ici le semis) en fonction de l’humidité du sol sur deux horizons (0-10 cm et 10-25 cm ou 10 cm – fond de labour si présence de labour) et de la météo des vingt dernières années. Etant donné la variabilité des résultats, nous présentons, dans les cartes 1 à 3, le décile 2, qui représente le nombre de jours potentiels durant lesquels un semis est possible 8 années sur 10. A noter que la campagne 2019-2020 n’est pas prise en compte, une mise à jour sera effectuée prochainement.

Ces cartes montrent que, 8 années sur 10 :
- les créneaux pour les chantiers de semis sont suffisants aussi bien sur la première que la seconde quinzaine d’octobre dans les sols crayeux, limoneux ;
- les créneaux sont plus limités dans les sols présentant des teneurs en argile plus importantes et dans les sols très superficiels (nord des Ardennes, Haute-Marne), mais permettent tout de même d’ouvrir la réflexion pour les parcelles les plus à risque ravageurs et adventices ;
- les créneaux sont plus limités sur la première quinzaine de novembre, hormis pour les sols très filtrants comme la craie.

Cartes 1 à 3 : Nombre de jours disponibles pour les chantiers de semis, selon les données météo et le type de sol – réalisées à partir du modèle J-Dispo

En conclusion

Cette année, la technique du faux-semis ayant peu de chance de porter ses fruits (dormance probablement élevée des graines de vulpins tombées au sol, couche superficielle du sol très sèche), il est important de considérer le levier date de semis comme étant un des plus efficaces. Il n’est pas forcément utile de le faire dans toutes les parcelles, mais au moins sur celles qui présentent une infestation de plus en plus importante et/ou celles en situation de résistance aux substances actives de sortie d’hiver.

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