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Désherbage des céréales à paille / Leviers agronomiques : quel impact a la rotation sur les adventices ?

01 octobre 2013

Plus que jamais dans les situations à forte infestation en mauvaises herbes, la stratégie de lutte par la rotation devient une nécessité. Trois points sont essentiels : diversifier sa rotation si possible, profiter de l’interculture pour travailler le sol et réduire le stock semencier de la parcelle et assurer un désherbage efficace en privilégiant l’alternance des modes d’action, permise par les différentes cultures.

Rotation, interventions à l’interculture, travail du sol, date de semis… tels sont les moyens agronomiques ayant un impact sur la gestion des adventices en les perturbant. Le choix de l’une ou l’autre option dépend des contraintes de l’exploitation en termes d’organisation, du système de culture, du type de sol et du parc de matériel. Bien connus, ils sont souvent délicats à mettre en œuvre car ils touchent au système d’exploitation. Ils méritent néanmoins d’être étudiés de près tout particulièrement dans les situations à forte pression adventices. Au palmarès des leviers agronomiques, la rotation arrive en tête sur la régulation des adventices.

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Comment ça marche ?Chaque adventice a son rythme de développement et tend à proliférer dans les cultures qui ont un cycle végétatif concomitant. Ainsi, les successions de cultures d’automne (colza-blé, blé-blé, colza-blé-orge…) sont les plus propices aux adventices levant tôt comme les graminées automnales, le gaillet et les successions de cultures de printemps sont, bien entendu plus favorables en espèces de printemps (graminées d’été…). La flore se spécialise et s’adapte à la rotation. Le principe de base est que plus la rotation est diversifiée (type de culture et dates d’implantation), plus la flore aura des difficultés à se spécialiser, rendant ainsi le contrôle en culture plus simple.

Pour lutter contre les adventices, l’une des solutions consiste à perturber leur cycle de développement via la rotation (allongement et/ou alternance de cultures d’hiver et de printemps). En connaissant la période préférentielle de levée d’une adventice, on peut agir par la rotation : implanter une culture à une période où l’adventice problématique ne germe pas habituellement réduit le risque de levées dans la culture.
Cet effet concerne principalement les adventices à levées préférentielles d’automne ou de printemps. L’impact est moindre sur les adventices qui ont la capacité à germer tout au long de l’année.

Période préférentielle de levée des adventices
Figure 1 : Période préférentielle de levée des adventices : la connaissance de l’époque de levée des adventices permet d’utiliser la rotation comme outil de gestion de flore (Source : ACTA INRA)

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Les références expérimentales ARVALISLa diversification et l’allongement des rotations évitent la spécialisation de la flore et facilitent le désherbage pour 2 raisons essentielles :
• il est plus facile de gérer une diversité d’adventices qu’une densité très importante d’une seule espèce,
• en alternant les cultures, l’agriculteur dispose aussi de solutions chimiques à mode d’action différent, limitant ainsi le développement de populations résistantes.
C’est ce qu’illustrent bon nombre d’essais tout comme les enquêtes agriculteurs qui permettent d’analyser les pratiques culturales et leurs effets sur les mauvaises herbes.

Des enquêtes pratiques culturales
Les enquêtes agriculteurs permettent de faire un état des lieux sur les pratiques culturales employées afin de mieux appréhender les difficultés qu’elles engendrent en terme de désherbage. Elles permettent de mieux évaluer le poids des différents systèmes de culture et constituent aussi un préalable à la recherche de solutions agronomiques. Ce travail peut être complété par des enquêtes terrain adaptées à la problématique posée. La rotation ou la succession de cultures est un des critères majeurs qui ressort de ces études concernant le développement des adventices.

Enquête « Rotation grandes cultures » - Groupe ANPP/Columa – 1997 et Enquête Dupont/ARVALIS « Pratiques culturales » - 2001.
Pays de La Loire 2008.
2001 – 2004 : Enquête et suivi de parcelles dans le Sud-Est.


Insérer une culture de printemps pour réduire la pression de graminées à levée automnale
C’est ce qu’a notamment montré un essai mené à Boigneville (Essonne) en monoculture de blé sur 40 ans. La flore automnale s’est renforcée : on a dénombré jusqu’à 1 260 pieds par m² de ray-grass en 2010. L’introduction d’un pois de printemps, destiné à casser le cycle de l’adventice, a permis de faire chuter dès la récolte 2011 les infestations à 9 pieds de ray-grass par m². Les herbicides ont également participé à ce résultat puisque les populations de ray-grass, résistantes aux antigraminées foliaires des céréales à paille, ont pu être contrôlées avec de la carbétamide (Legurame PM) dans le pois. C’est un autre avantage de l’alternance des cultures : elle offre la possibilité d’alterner les matières actives d’herbicides au fil de la rotation (figure 2).
L’introduction d’une orge de printemps peut avoir ce même effet comme l’a mis en évidence un essai conduit en Bourgogne permettant de passer d’une population de vulpins de 150 vulpins/m² dans le blé à 40 vulpins/m² dans l’orge de printemps (modalité en non labour).

Evolution de l’infestation en ray-grass
Figure 2 : Evolution de l’infestation en ray-grass – Essai Arvalis travail du sol en monoculture de blé – Boigneville (91) : l’introduction d’un pois de printemps en 2011, associé à des stratégies herbicides a permis de gérer l’infestation de ray-grass.

Des essais de longue durée : quel effet de la rotation ?
Deux essais de longue durée menés par ARVALIS ont testé la faisabilité de différents leviers agronomiques sur le terrain dont l’effet de la rotation.
• Depuis 2005 à Rots en Basse-Normandie, cet essai compare trois modalités combinant solutions agronomiques et chimiques. La référence est basée sur une rotation régionale colza/blé/pois de printemps/blé avec labour. Les deux modalités alternatives (l’une avec labour, l’autre sans) jouent sur l’allongement et la diversification de la rotation, le retard de semis des céréales d’hiver et le désherbage mécanique.

• Depuis 2005 à Epieds en Haute-Normandie, les modalités étudiées font varier le travail du sol (labour/non labour), à l’interculture (déchaumage), la rotation (introduction d’une culture de printemps ou pas), la date de semis du blé tendre. Après deux années avec une rotation courte (colza/blé/blé), on compte 20 et 50 ray-grass et bromes par m² et jusqu’à 20 vulpins par m² dans les témoins non traités. Après une rotation et demie en gestion avec culture de printemps et faux-semis (colza/blé/féverole de printemps/blé), ces graminées sont absentes. Combiner l’introduction d’une culture de printemps avec la pratique du faux-semis s’avère efficace. La culture de printemps casse le cycle des adventices automnales. Le faux-semis pratiqué avant une implantation d’automne ou de printemps tend à réduire le stock de graines.

Rotation, un levier d’autant puissant que le travail du sol est simplifié
L’effet de la rotation prend d’autant plus d’importance que le travail du sol est simplifié ou absent. Bon nombre d’enquête l’illustre tout comme des essais systèmes. Sur l’essai de En Crambade (31), l’effet de la rotation est significatif sur la diminution de la population de ray-grass pour la modalité non labour.

Tenir compte des contraintes de l’exploitation
Bien sûr, le choix de cultures est très dépendant du climat, des contraintes techniques (type de sol, région...) et économiques (temps de travail, débouchés…). Par exemple, introduire une luzerne constitue un très bon levier agronomique pour diminuer la pression des adventices en particulier les vivaces… à condition d’avoir le débouché. Le choix de rotation peut être aussi très réduit dans les milieux séchants non irrigables… Néanmoins, lorsqu’une parcelle voit son désherbage devenir très difficile et coûteux comme dans les systèmes de culture cumulant travail simplifié et rotation courte, l’allongement de la rotation est recommandé pour gérer les difficultés de désherbage (introduction d’un maïs, tournesol, orge de printemps, pois de printemps). Les risques d’apparition et de développement des adventices résistantes sont aussi plus limités. Bien évidemment, la diversification des rotations pose des problèmes technico-économiques, mais le jeu peut en valoir la chandelle sur ces situations identifiées à problème.

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Les préconisations d'ARVALIS • En cas de forte infestation d’adventices dans la parcelle, la rotation est un des moyens de lutte le plus efficace pour réduire la densité d’adventices difficiles : alterner culture d’automne et de printemps ou l’allongement de la rotation perturbent leur rythme naturel. Si la modification de la rotation n’est pas possible : l’interculture doit alors devenir le moment privilégié de lutte contre les adventices.

• Utiliser la rotation des cultures comme outil de lutte contre les adventices a d’autant plus son importance que le travail du sol est simplifié ou absent.

• Avec la rotation des cultures, l’agriculteur dispose de solutions chimiques utilisables à mode d’action différent, limitant ainsi le développement d’individus résistants. L’adoption d’une « alternance » des herbicides pour les adventices difficiles à contrôler limite leur prolifération et prévient la sélection de résistance.

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Sources documentaires 

- Jouy Lionel (ARVALIS), Straebler Bernard (Dupont de Nemours) « Analyse des pratiques culturales et effet sur la gestion des adventices » - Perspectives Agricoles N°273 - novembre 2001.
- Jouy Lionel (ARVALIS), Guibert Frédéric (ANPP) « Quelle est l’influence des pratiques culturales ? » - Perspectives Agricoles N°244 - mars 1999.
Bonin Ludovic, Vacher Catherine, Citron Gérard « Gestion des herbicides dans la rotation » - Perspectives Agricoles N°334 - mai 2007.
- Bonin Ludovic « Contrôler les graminées dans les rotations colza-blé-orge d’hiver » - Perspectives Agricoles N°335 - juin 2007.
Bonin Ludovic (ARVALIS), Lieven Jean (Cetiom) « Désherbage dans la rotation » - Perspectives Agricoles N°341 - janvier 2008.
- Brochure « Produire plus et mieux : des solutions concrètes pour réduire l’impact des produits phytosanitaires - Edition Ouest ».
- Brochure « Produire plus et mieux : des solutions concrètes pour réduire l’impact des produits phytosanitaires - Edition Est ».
- Brochure « Produire plus et mieux : des solutions concrètes pour réduire l’impact des produits phytosanitaires - Edition Nord ».
- Brochure « Produire plus et mieux : des solutions concrètes pour réduire l’impact des produits phytosanitaires - Edition Centre ».
- Brochure « Produire plus et mieux : des solutions concrètes pour réduire l’impact des produits phytosanitaires - Edition Sud ».


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