Lutte contre les corbeaux Ravageurs du maïs

Lutte contre les corvidés : des solutions à combiner dès le semis

30 mars 2022

Le corbeau freux et la corneille noire sont les deux principales espèces de corvidés qui peuvent être à l’origine de dégâts significatifs sur les semis de maïs. Face à ce risque difficilement prévisible et maîtrisable, certaines précautions sont recommandées lors de l’implantation de la culture.

Les principales espèces de corvidés déprédatrices sont la corneille noire et le corbeau freux. La première est une espèce sédentaire et territoriale, entièrement noire (y compris le bec), présente sur tout le territoire. Quant au corbeau freux, il revêt également un plumage noir, mais il est reconnaissable par son bec blanc grisâtre. Le corbeau nidifie essentiellement dans les deux-tiers nord du pays et la basse vallée du Rhône.

Des dégâts possibles jusqu’à 7-8 feuilles

Ces corvidés consomment les graines de maïs dès le semis et jusqu’au stade 4-5 feuilles, voire exceptionnellement jusqu’au stade 7-8 feuilles. En suivant la ligne de semis, ils sont capables de faire des dégâts importants, pouvant conduire à un resemis. L’intensité des attaques dépend des besoins alimentaires de ces volatils (en lien avec leur reproduction) et de l’offre alimentaire présente dans l’environnement (semis de maïs et autres ressources).

Les corvidés sont fortement présents dans les vallées avec des refuges à proximité (bois, grands arbres, nidification dans les parcs…). Ils n’apprécient pas d’être dérangés. Ainsi, les parcelles les plus à risque sont celles où la présence humaine est moindre (grandes parcelles, parcelles en hauteur avec vue dégagée, parcelles isolées).

Par ailleurs, une zone avec seulement quelques parcelles de maïs est davantage exposée au risque corvidés qu’un secteur où les semis seraient simultanés sur de larges surfaces (dilution de l’offre). C’est pourquoi leur présence est fréquemment signalée dans des régions où la culture de maïs est minoritaire.

Bilan des essais 2021

ARVALIS a mis en place de nombreux essais au cours du printemps 2021. Deux méthodes expérimentales ont été déployées :
- des essais réalisées en microparcelles ayant pour but d’évaluer des produits appliqués au semis en traitement de semences ou en localisation dans la raie de semis. Parmi les 11 essais mis en place, seuls 4 essais ont finalement permis de conclure sur l’efficacité des solutions en expérimentations. Parmi les 16 solutions en évaluation, seul le produit de référence Korit 420FS (à base de zirame) présente un comportement intéressant avec une protection qui se distingue du témoin, même si son efficacité peut parfois être insuffisante en situation d’attaques très intenses (figure 1). Les autres produits en évaluation ne présentent pas une efficacité satisfaisante dans les conditions expérimentales rencontrées en 2021.
- des essais réalisés en grandes parcelles avec pour objectif d’évaluer l’intérêt de modalités agronomiques, de plantes de services ou de produits répulsifs appliqués en traitement des parties aériennes. Parmi les 25 parcelles suivies, peu ont subi suffisamment de dommages de corvidés dans les zones témoins, ce qui ne permet pas de conclure. Au final, aucune modalité n’a démontré un intérêt pour la protection du maïs contre les dégâts de corvidés.

Figure 1 : Efficacité de solutions de protection du maïs contre les dégâts de corvidés (synthèse de 4 essais 20021)
Efficacité de solutions de protection du maïs contre les dégâts de corvidés

Dispositif en microparcelles de 8 rangs x 8 à 15 mètres de long (selon les sites), 4 répétitions, 8 à 12 modalités expérimentales selon les sites.
Notation du nombre de plantes saines / attaquées à la dernière date de notation

A défaut de disposer d’une solution complètement satisfaisante pour la protection des semences et plantules de maïs, la seule réponse est de mettre en œuvre une protection intégrée avec la combinaison des quelques leviers disponibles.

Eviter les semis en décalé et sur sols motteux

Certaines pratiques agronomiques peuvent contribuer à réduire l’exposition des plantules de maïs aux attaques de corvidés sans pour autant garantir l’absence d’attaques :
- grouper les semis pour diluer les attaques de corvidés dans le paysage. Il convient donc d’éviter tant que possible les semis décalés dans l’espace et dans le temps. Une parcelle de maïs isolée géographiquement ou dans le temps (semis tardif par exemple) aura toutes les chances de concentrer les individus, et donc les dommages.
- éviter les préparations en conditions trop sèches pour ne pas avoir des sols motteux ou soufflés, conditions favorables aux dégâts d’oiseaux, tout en évitant de semer trop tôt après le labour (en sol limoneux). Un compromis doit être trouvé pour satisfaire ces conditions pouvant parfois être antagonistes.
- rappuyer correctement la ligne de semis : Lorsque les oiseaux ont le choix, des différences sont notables selon le type de préparation de sol et le type de semoir,
- si les conditions le permettent (selon le type de sol, la période de semis, la météo annoncée…), privilégier un semis profond (4-5 cm ou plus). Les dégâts seront ralentis à défaut d’être empêchés.
- De nombreux systèmes d’effaroucheurs existent (épouvantails, canons…). Leur efficacité peut parfois être décevante suite à une accoutumance souvent rapide des oiseaux. Un passage humain régulier reste souvent le plus efficace pour éviter une installation des corbeaux dans la parcelle.

A l’inverse, certaines situations seront plus favorables aux attaques de corvidés :
- faible vitesse de levée du maïs (conditions climatiques défavorables, semis profond, sol argileux) et croissance ralentie jusqu’au stade 4-5 feuilles,
- situations favorables à l’activité biologique du sol et la présence de macrofaune du sol (techniques culturales sans labour, semis sous couvert, présence de résidus et de graines, apport de fumier…) dont des ravageurs telluriques.

Figure 2 : Facteurs favorables et défavorables à la présence de corvidés

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S’appuyer sur un traitement de semences

Une solution est homologuée et disponible pour les prochains semis de maïs : le traitement de semences Korit 420FS. Cette spécialité commerciale doit être réservée aux parcelles concernées par un risque d’attaque par les corvidés.

Sur le plan technique, les essais réalisés par ARVALIS ont permis de démontrer l’intérêt corvifuge de ce produit : les semis protégés avec Korit 420FS sont nettement mieux protégés que les semis disposant uniquement d’une protection fongicide (Inlfux xl) ou fongicide + insecticide (Influx xl + Force 20CS). Korit 420FS présente donc un intérêt technique même si le niveau de protection demeure partiel, voire largement insuffisant lorsque les populations de corvidés sont trop abondantes et que les conditions agronomiques et climatiques sont favorables aux attaques d’oiseaux.

Aucune autre solution disponible à ce jour – autorisée pour l’usage corvifuge ou n’importe quel autre usage permettant une mise en marché – n’a démontré, à ce jour, un intérêt technique dans nos essais pour la protection contre les attaques de corvidés.

Il est important de noter que les corvidés se déplacent beaucoup dans les parcelles et choisissent les plantes qu’ils consomment. Par conséquent, de petits écarts peuvent apparaitre dans une parcelle ou entre parcelles lorsque les oiseaux ont le choix (par exemple entre deux rangs de semis bénéficiant de traitements de semences différents). Mais, en l’absence de solution réellement corvifuge, les différences deviennent faibles à nulles si les oiseaux n’ont pas le choix.

Alerter pour une régulation à l'échelle du teritoire

Tout ne se joue pas à l'échelle de la parcelle. Le corbeau freux et la corneille noire sont classées parmi les espèces nuisibles. La réglementation nationale relative à la régulation des espèces nuisibles autorise le piégeage (toute l’année) et le tir (à certaines périodes de l’année) dans la plupart des départements. Cette réglementation évolue fréquemment avec des modalités de mises en œuvre qui varient localement selon les départements. Il est préférable de consulter l’arrêté du 3 juillet 2019.

Le choucas des tours bénéficie d’un statut différent : cette espèce ne figure pas parmi la liste des espèces nuisibles et n’est donc pas concernée par la réglementation précitée. Compte tenu des dégâts occasionnés, des mesures de régulation peuvent néanmoins être autorisées localement grâce à des arrêtés préfectoraux qui précisent alors le nombre d’individus pouvant être prélevés. Il convient de se renseigner pour savoir si un arrêté est en vigueur dans votre département.

En cas d’attaques sur vos prochains semis, signaler les dégâts subis via les formulaires mis à disposition par les organismes départementaux (DDT, CA, FDSEA, FNC selon département…) et ceci même si vous avez déjà signalé les dégâts les années précédentes. Le signalement ne donne droit à aucune indemnisation, mais le recensement des dégâts occasionnés par les espèces d’oiseaux – ou l’absence de signalement – est pris en considération pour l’étude de leur classement ou non sur la liste des espèces nuisibles.

Il est donc important de déclarer les éventuels dégâts de corvidés afin que des actions de régulation puissent être conduites par des chasseurs ou piégeurs agréés et limiter ainsi le risque pour les années suivantes. L’efficacité de ces actions s’inscrit dans le temps.

Pour en savoir plus, visionnez le webinaire de novembre 2021 consacré à cette thématique :

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4 commentaires 03 avril 2022 par ROORDA

bjr, la dérogation de tirs est à faire sur le site de la fédération des chasseurs qui peuvent vous renseigner , suite à la période de tirs vous devrez signaler par retour de formulaire ou peut être de manière dématerialiser le nombre de corbeaux abbatus. Vous pouvez aussi faire intervenir un lieutenant de louveterie pour des battues administratives, ils ont la possibilité d'accéder à des parcelles ou nichoirs dont vous n'êtes pas propriétaires

02 avril 2022 par FARAVEL

Bonjour Ou s'adresser pour demander et signaler les corbeaux moi fin 2021 et début 2022 j'ai eu des pertes sur des semis de blé dur cela ne mettait jamais arriver de voir autant de corbeaux surtout sur semis tardifs

01 avril 2022 par LAUDE

Les corvidés doivent être régulés toute l'année pour éviter la prolifération. l’effarouchement a ses limites... Il faut organiser avec les chasseurs les demandes de régulation avant les semis de façon a être prêt à réguler dès le semis.

01 avril 2022 par ROORDA

bjr, des battues administratives doivent être mises en place en même temps sur plusieurs nichoirs pendant plusieurs années afin de diminuer la pression de ces ravageurs. La destruction des nids devrait être obligatoire dans les zones les plus touchées. Je perds 10 à 12 % de ma surface en maïs tous les ans à cause de ces prédateurs, il faut absolument que les agriculteurs touchés par ce problème le signale au différents services cités dans votre article sous peine de voir ces espèces retirées de la liste des nuisibles et donc ne pourront plus être détruites. j roorda

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