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Tracteur dans une parcelle, avec une charrue pour labour, en vue du désherbage Désherbage

Des actions à diversifier pour limiter les résistances

12 février 2015

La lutte contre les adventices ne peut se réduire à l’emploi d’herbicides, certes efficaces mais limités, notamment par des problèmes de résistance. La gestion plus complexe qui en découle est néanmoins incontournable pour continuer à maîtriser les populations de mauvaises herbes.

La réduction du nombre de substances actives disponibles et la généralisation de certaines familles d’herbicides à toutes les cultures de la rotation fait apparaître un risque fort de développement des populations résistantes. Contrairement à de nombreux autres bioagresseurs des cultures, les adventices ont, à la fois, un effet direct sur le rendement et un effet indirect sur les campagnes suivantes avec la constitution d’un stock semencier. Les graines de ce stock semencier ont des durées de vie variables allant d’une année à plus de 10 ans. Par conséquent, la gestion des adventices, plus particulièrement dans le cas de populations résistantes, doit être raisonnée à l’échelle de la rotation des cultures.

Privilégier les leviers agronomiques

La lutte contre les adventices doit ainsi se concevoir, en tout premier lieu, en utilisant les moyens de lutte non chimiques. En perturbant le cycle de développement et de levée des adventices, l’allongement des rotations, comme l’introduction d’une orge de printemps ou d’un tournesol dans une rotation colza-blé-orge, et la date de semis sont deux leviers importants.

Le travail du sol via des faux semis stimule la levée d’adventices à détruire avant le semis. En contribuant à épuiser le stock semencier, ce levier est très efficace sur graminées mais fonctionne aussi sur certaines dicotylédones.

Les labours occasionnels, tous les 3 à 4 ans, sont également une solution contre les graminées. Ils réduisent le stock semencier par l’enfouissement des graines, évitant ainsi qu’elles ne lèvent. Le labour n’a pas de réelle action sur dicotylédones.

Ces pratiques n’atteignent cependant pas 100 % d’efficacité sur les adventices mais leur action s’exerce sur l’ensemble du stock semencier. Les herbicides, quant à eux, peuvent atteindre 100 % d’efficacité mais n’agissent que sur les plantes levées ou en cours de germination ; or ces dernières représentent tout au plus, selon les estimations, 15 % du stock semencier (variable selon les plantes).


Limiter l’utilisation des inhibiteurs de l’ALS est nécessaire pour préserver leur efficacité dans le temps, en particulier pour le contrôle des dicotylédones.

Raisonner les applications herbicides

Les herbicides inhibiteurs de l’ALS, ou encore ceux inhibiteurs de l’ACCase, se retrouvent sur de nombreuses cultures, ce qui peut générer une pression de sélection importante menant à la sélection de populations résistantes à une de ces familles chimiques. Il est donc essentiel de raisonner ces applications au niveau de la rotation en variant les modes d’action : alternance des cultures, utilisation de programmes ou de mélanges d’herbicides.

En plus de raisonner par culture au sein de la rotation, il est nécessaire, sur des populations difficiles, d’alterner les modes d’action au sein d’une même culture. En céréales à paille ARVALIS - Institut du végétal préconise, sur des populations de vulpins ou de ray-grass (figure 1), de mettre en place des programmes de traitements : une première application avec un ou plusieurs produits racinaires à l’automne, puis un rattrapage de sortie d’hiver avec un produit foliaire inhibiteur de l’ALS ou de l’ACCase, selon l’historique herbicide de la parcelle.

Figure 1 : Ray-grass : les applications de sortie d’hiver marquent le pas

Comparaison des efficacités en % des applications d’automne solo, de sortie d’hiver et des programmes « automne puis sortie d’hiver » sur ray-grass entre 2009 et 2014, tous produits confondus (30 essais). Les trois modalités sont présentes dans chaque essai avec des applications d’automne et de sortie d’hiver identiques en solo et au sein du programme. Les groupes A et B sont significativement différents (test ANOVA à 5 %).

Des doubles applications parfois nécessaires

Au-delà de la différence d’efficacité finale entre programmes et applications de sortie d’hiver seules, s’ajoute la perte de rendement occasionnée par la présence des adventices non contrôlées qui exercent une concurrence dès leur levée dans la culture. Les essais menés à ce sujet ont montré des écarts de l’ordre de 5 quintaux entre ces deux types applications, à l’avantage des programmes.

Cependant, ces solutions ne sont plus suffisantes dans certaines situations, notamment lorsque la résistance est généralisée sur les modes d’action inhibiteurs de l’ALS (groupe HRAC B) ou inhibiteurs de l’ACCase (groupe HRAC A). Les programmes « automne puis sortie d’hiver » se rapprochent alors des applications solos d’automne et doivent être remplacés par des doubles applications de produits racinaires à l’automne. Ces doubles applications peuvent, dans de bonnes conditions, augmenter les efficacités moyennes de 15 à 20 points. Cependant, dans ces situations critiques, il est primordial d’activer également les leviers agronomiques afin de ne pas compter uniquement sur les applications herbicides. Ces dernières ne doivent être alors considérées que comme la dernière pierre de l’édifice.

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2 commentaires 09 décembre 2016 par DENIS

Semis direct : En théorie ,bien sur . En pratique ,non.Un voisin fait exactement cela + roundup fréquent . Résultat . 1000 fois plus de R-G et de vulpin !!! Et, au bout de 20 ans ,il met la clé sous la porte ... Par contre ,la rotation pois ,colza peut marcher ,en desherbant avec kerb ou légurame,mais attention aux chutes de rendements dus aux maladies communes ...Rien n'est parfait...

15 février 2015 par GUYOT

le semis directe, associé une bonne rotation me semble terriblement efficace. Exemple avec un problème graminée dans une céréale, un semis de couvert en SD laissant les graines de graminées en surface, rotation deux dicotylédones de suite (pois, colza par exemple). Les graines de graminées ayant passées deux ans en surface, avec deux programme herbicide spécifique n'ont que peu de chance de s'en sortir.

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