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Témoignage d’agriculteur

De nouvelles formes d’organisation du travail

20 juin 2019

Les charges de mécanisation et de main-d’œuvre représentent respectivement 32 % et 15 % des charges complètes de production d’un blé en 2018(*). Les charges de mécanisation sont en forte augmentation depuis dix ans. Quelles sont les marges de manœuvre pour les réduire ? Eléments de réponse avec Fabrice Genin, agriculteur installé en GAEC à Marsannay-le-Bois (21).

Arvalis-infos.fr : A partir de quand avez-vous commencé à réfléchir à une nouvelle organisation du travail ?

Fabrice Genin : Depuis les années 2000, nous faisions de l’échange de matériels et de parcelles entre trois exploitations. La moisson était aussi réalisée ensemble, nous permettant ainsi d’économiser une moissoneuse-batteuse (le parc en comptant alors 2 au lieu de 3). Nous avions envie d’aller plus loin avec en tête deux objectifs : baisser les coûts de production et rationaliser la main d’œuvre.
Dès 2010, nous étions quatre exploitations avec un assolement en commun de 800 ha, réparties sur 28 communes, la récolte étant mutualisée et les investissements communs. Grâce à cela, nous avons pu passer à 2 pulvérisateurs au lieu de 3 et une seule moissonneuse-batteuse.

Arvalis-infos.fr : Comment avez-vous optimisé l’organisation du travail dans votre exploitation ?

F.G. : Aujourd’hui, nous ne formons plus qu’une seule exploitation de 6 UTH(**) pour une SAU de 1000 ha. L’exploitation est située en Côte d’or et comporte deux sièges : Marsannay-le-bois et Lux, distants de 13 km. Notre rendement moyen en blé est de 6.8 t/ha, 100 % du stockage est réalisé à la ferme. Notre assolement compte également du colza, de l’orge d’hiver et de printemps et des couverts végétaux (Figure 1).

Figure 1 : répartition des productions du GAEC de Fabrice Genin

Arvalis-infos.fr : De quelle manière le travail est-il organisé quand il y a six chefs d’exploitation ?

F.G. : Pour être plus efficace, nous avons chacun notre spécialité : une personne s’occupe ainsi de l’administratif, une autre est en charge du matériel, une autre est responsable des traitements, une autre encore est en charge de la vente… C’est un système qui est efficace et qui permet de gagner du temps ; s’il fallait débattre à six pour chaque question, ça serait interminable! Aujourd’hui, nous arrivons à une productivité du travail parmi les plus performantes de l’ordre de 1 130 t/actif (tonne équivalent blé).

Arvalis-infos.fr : Quels sont les avantages de ce fonctionnement ?

F.G. : Nous sommes arrivés à notre objectif de baisser les coûts de production via les charges de main d’œuvre et de mécanisation. Cela grâce notamment à une meilleure performance dans la gestion de l’exploitation tant au niveau administratif que technique. L’entraide entre les associés est un point important : à six, il est plus facile de s’aider si l’un d’entre nous à des soucis personnels.
Du côté technique, l’exploitation est répartie sur 28 communes avec des sols profonds et des sols superficiels. Cela permet d’assurer une homogénéité de la récolte, c’est une sorte « d’assurance climatique ». Par exemple, s’il y a de la grêle ou tous autres accidents climatiques dans un secteur, l’autre zone peut être épargnée. De la même manière pour les potentiels de rendement, les bons champs compensent les mauvais… Globalement, notre structure est véritablement une force. Autre exemple : pour négocier les prix ou des prêts bancaires, il est clair que nous avons plus de poids !

Arvalis-infos.fr : Quels pourraient être les inconvénients de cette organisation du travail ?

F.G. : La première des difficultés dans un système comme le nôtre est la gestion des relations humaines : même si c’est un sacré avantage d’être six cela peut vite devenir compliqué à gérer quand tout le monde n’est pas d’accord ! Pour certain, cela peut être ressenti comme une perte d’autonomie. Par exemple, une personne est responsable du chéquier de l’exploitation donc pour les achats, il faut s’organiser au préalable pour le récupérer, c’est moins pratique que quand on est tout seul sur l’exploitation. L’éclatement du parcellaire est aussi un inconvénient car nous passons beaucoup de temps sur le tracteur et cela demande de l’organisation. Du côté de la structure, il est vrai que c’est un modèle moins familiale que les exploitations classiques, c’est un choix que nous avons fait.

Arvalis-infos.fr : Avez-vous des projets ?

F.G. : Nous avons un projet d’investissement dans un méthaniseur à injection directe dans le réseau de gaz. L’objectif serait d’intégrer des CIVE (Cultures Intermédiaires à Vocation Energétiques) dans nos rotations pour les valoriser directement dans le méthaniseur. Nous pourrons intégrer par exemple du seigle fourrager qui atteint une biomasse suffisante dans notre contexte pédoclimatique.

(*) Chiffres issus de l'observatoire ARVALIS-Unigrains et de données CerFrance
(**) UTH : Unité de Travail Humain = 1 personne à temps plein

Propos recueillis lors du colloque « Créer de la performance en Grandes Cultures » du 29 Janvier 2019 à Beaune (21)

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1 commentaires 22 juin 2019 par NUYTTEN

Quel gain/ha sur le poste meca/MO par rapport a la situation anterieure?

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