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le couvert permanent de trèfle Les systèmes innovants au banc d’essai

Cultiver le maïs avec un couvert permanent dans le Béarn ?

12 novembre 2020

Les associations de cultures avec des couverts permanents de légumineuses interrogent beaucoup les agriculteurs. Ces systèmes sont séduisants sur le papier (gestion du désherbage, de l’azote…). Néanmoins, quatre années d’essais dans le Béarn montrent que les associations maïs grain/légumineuse pérenne sont difficiles à gérer.

Quelle espèce choisir pour le couvert permanent ?

Un couvert permanent est un couvert pérenne, dans lequel une culture annuelle est semée tous les ans. L’idée est d’avoir une couverture permanente du sol, afin de diminuer les levées d’adventices. En choisissant des légumineuses, on peut également espérer fournir de l’azote à la culture annuelle via les restitutions du couvert (qui proviennent des parties aériennes ou des racines).

En monoculture de maïs, l’autre avantage présumé du couvert permanent est d’avoir un couvert déjà enraciné après la récolte du maïs. Le couvert aurait ainsi un développement végétatif plus rapide à l’automne qu’un couvert d’interculture semé après la récolte (qui peut être tardive).

Le choix de l’espèce pour le couvert permanent doit donc se porter vers une légumineuse pérenne, et assez résistante aux tassements dus aux passages du tracteur. Sur la plateforme SYPPRE Béarn* de Sendets (64), il a donc été décidé d’implanter un mélange de trèfle blanc (3 kg/ha) et de trèfle violet (15 kg/ha).


Sur SYPPRE Béarn, le couvert permanent implanté est un mélange de trèfle blanc et trèfle violet.

Comment gérer la compétition entre le couvert permanent et le maïs ?

La gestion d’un couvert permanent avant l’implantation d’un maïs en semis direct ou en strip-till est assez subtile. En effet, il faut absolument « calmer » le couvert afin qu’il n’exerce pas de compétition précoce sur le maïs (pour l’eau et la lumière notamment).

Sur le trèfle, la régulation mécanique est inefficace car cette légumineuse repart très rapidement après un broyage par exemple. Il est donc souvent nécessaire d’utiliser un herbicide, en adaptant bien la dose pour qu’elle ne soit pas fatale au couvert que l’on souhaite pérenne.

Afin de dégager au mieux la ligne de semis du maïs pour que la levée se passe dans des bonnes conditions en semis direct, l’utilisation d’un herbicide de prélevée à base d’isoxaflutole permet de détruire le trèfle. On peut localiser l’application sur la ligne pour diminuer la surface traitée. En strip-till, le passage de la dent permet en général de dégager la ligne de semis. L’herbicide en prélevée peut néanmoins être intéressant pour contrôler les premières levées d’adventices.

Une fois le maïs levé, il faut surveiller très précisément la croissance du trèfle : s’il se développe de manière trop rapide, il peut être nécessaire de le contrôler avec un herbicide (une petite dose de Banvel 4S suffit) afin de limiter au maximum la compétition.

Difficile de garder un couvert permanent de trèfle en monoculture de maïs

En pratique, il est très complexe de garder le trèfle jusqu’à la récolte du maïs. La régulation herbicide peut être plus ou moins fatale au trèfle en fonction de son état. Pour une même dose, on observe en général une disparition du trèfle sous les passages de roue alors qu’il peut continuer à croître lorsqu’il est moins tassé.


Le couvert permanent a pu être conservé tout le long du cycle du maïs en 2018 uniquement.

Lorsque le trèfle disparaît, ce sont les mauvaises herbes qui commencent à lever. Une application herbicide s’avère alors souvent nécessaire, entraînant un nouveau risque de disparition du couvert.

Une solution consiste à choisir une variété de maïs Duo System, afin de réaliser des rattrapages herbicides avec du Stratos Ultra qui a l’avantage de contrôler les graminées et d’être sélectif du trèfle. Sur la plateforme SYPPRE Béarn, c’est grâce à cette technique en 2018 que le couvert de trèfle a perduré jusqu’à la récolte du maïs. Cependant, la présence du trèfle jusqu’au moment de la récolte ne garantit pas sa survie pendant l’automne. A l’automne 2018, la présence de résidus de maïs en surface après la récolte a entraîné la quasi-disparition du couvert de trèfle.


Les rattrapages herbicides peuvent être fatals au trèfle.

Des résultats technico-économiques à l’avantage de la monoculture de maïs mulchée et labourée

Les rendements du maïs en association avec le trèfle sont pénalisés (115 q/ha en moyenne sur 4 ans en semis direct contre 131 q/ha en monoculture mulchée et labourée).

Une des raisons principales est que le trèfle étant peu pérenne dans les faits, il n’a pas le temps d’installer un système racinaire qui fasse un bon travail de structuration du sol ; l’enracinement du maïs en est pénalisé en semis direct, ou même en strip-till. L’autre raison est la compétition pour l’eau qu’exerce le couvert de trèfle, même à des stades précoces.

L’EBE des systèmes en couvert permanent est donc dégradé par rapport à une monoculture de référence. Non seulement le produit brut est diminué, mais les charges opérationnelles augmentent (semences, herbicides…).

Au niveau environnemental, la consommation de carburant n’est pas beaucoup diminuée car de nombreux passages sont nécessaires pour bien mener le trèfle. De même, l’IFT n’est pas amélioré car il est souvent nécessaire de désherber le trèfle pendant l’hiver.


Le rendement du maïs est souvent pénalisé en semis direct ou en strip-till sous couvert permanent.

(*) Projet interinstitut ARVALIS / ITB / Terres Inovia "construire ensemble les systèmes de culture de demain".

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3 commentaires 22 janvier 2021 par Espagnol

monoculture de maïs marche très bien avec des couverts d'hiver. le couvert permanent sur des cultures d'été va être impossible rien que par la concurrence de l'eau. c'est essai a le mérite de montrer que tous n'est pas réalisable ou pas avec ce type de couvert. bravo

13 novembre 2020 par ROEDERER

Pourquoi poser cette question ? Essayer de "sortir" de la monoculture du maïs classique en cherchant que faire entre deux maïs est innovant , non ? De plus, avoir les comparaisons économiques permet de relativiser ce qui est "promis" par l'absence de labour. Il faudrait maintenant ces éléments de réflexion dans un système assolé, même minimal: maïs/blé/dérobées ou couverts/maïs/blé/etc...

13 novembre 2020 par BASTIEN

Comment bâtir un système innovant en monoculture ?????? c'est contradictoire !

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