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Résultats récolte 2020 blé et orge Messagerie Poitou-Charentes

Comment expliquer les résultats de la récolte 2020 en céréales à paille ?

23 juillet 2020

Avec des rendements bien inférieurs à la moyenne régionale pour toutes les céréales à paille, la récolte 2020 est décevante. Un premier bilan peut être tiré en attendant l’ensemble des résultats : les dommages sont à la fois liés au climat (excès d’eau hivernal et déficit hydrique pendant la montaison) et aux bioagresseurs (maladies du pied, racines, fusarioses, JNO). Une grande hétérogénéité des rendements est à soulever avec des tendances difficiles à mettre en avant comme les années précédentes par type de sol ou par zone climatique.

Un automne et une sortie d’hiver doux et très humides, mais des céréales en avance

L’automne 2019 restera dans les mémoires comme doux et extrêmement humide, avec un nombre de jours de pluie particulièrement élevé. Il se rapproche de l’automne 2000 connu comme étant un des plus pluvieux depuis ces dernières années. Le début d’année se confirme aussi doux et humide jusqu’à la mi-mars.

Carte 1 : Cumul des précipitations entre le 20 septembre et le 10 décembre 2019

Ces conditions entraînent des difficultés d’implantation et l’étalement des dates de semis des céréales comme jamais : jusqu’à fin mars pour Les derniers semis de blé dur dans le Marais.

• Les parcelles en argilo-calcaires sont celles qui ont le moins souffert des excès d’eau. Avec une levée rapide et un tallage précoce, les pertes de pieds ont été moins importantes et le tallage satisfaisant, voire ponctuellement excédentaire en situation plus précoce.

• Pour toutes les autres situations, plus ou moins hydromorphes ou à sols fragiles, cela se complique avec les excès d’eau prolongés, des sols parfois tassés en profondeur et l’enracinement des cultures pénalisé. Certaines parcelles ont dû être retournées ou re-semées pour boucher les zones ennoyées. Cet excès d’eau hivernal conduit à un faible enracinement, des pertes de pied à la levée, un retard de stade, un mauvais tallage…

L’étalement des stades des céréales lié à l’étalement des semis est une caractéristique de l’année ainsi que sa précocité. Le stade épi 1 cm est très en avance par rapport à une année médiane, quelle que soit la date de semis. Il est atteint fin février/début mars pour les semis de fin octobre, soit avec au moins 15 jours d’avance. Pour les semis plus tardifs, la douceur leur a été également très bénéfique. Mais, des parcelles encore ennoyées ou ayant souffert fortement d’ennoiement sont toujours en situations de stress et n’avancent pas, ou peu, dans leurs stades.

Côté désherbage, les pluies régulières et les conditions de portance de l’automne ont compromis ou rendu impossibles les interventions d’automne (peu de créneaux disponibles, parcelles non praticables), obligeant à recourir à des désherbages de sortie d’hiver.

Côtés ravageurs, l’extrême douceur de l’automne et du mois de décembre (sans températures négatives) provoque la présence prolongée des pucerons d’automne sur les céréales. Les niveaux d’infestation sont faibles à modérés sur des semis de fin octobre ou plus tardifs.

Le piétin-verse a profité de conditions climatiques favorables pour se propager (le risque climatique est plus fort que les années précédentes). Côté maladies foliaires, comme les années précédentes, la septoriose est présente fin février sur les feuilles basses tout comme les maladies de l’orge.

Le risque de verse, en particulier sur les variétés sensibles, est plus fort cette année notamment pour les situations présentant une biomasse importante et une montaison précoce.

Revirement de situation au printemps : une montaison dans le sec et des céréales pénalisées par le déficit hydrique

Après des précipitations plus modérées en janvier et février, la première quinzaine de mars a renoué avec les pluies excédentaires de l’automne. Mais, Dès la mi-mars, revirement de situation : la sécheresse s’installe pendant toute la montaison jusqu’à mi ou fin avril. Les réserves en eau s’amenuisent et le déficit hydrique est particulièrement marqué mi-avril sur des cultures à dernière feuille. Autre conséquence de cette période sèche : la mauvaise valorisation des apports azotés pendant la montaison.

Carte 2 : Cumul de pluie du 20 mars au 20 avril 2020

Les conséquences en termes de croissance et de développement sont nettes dans les sols les plus superficiels : accélération des stades et forte régression de tiges sur une période de déficit hydrique important, le tout parfois accentué par des carences azotées. Cette régression est à temporiser selon la réserve utile des sols.

Les pluies reviennent sous forme d’orages à partir du 20 avril selon les secteurs et sont salutaires pour le potentiel des céréales. Elles permettent enfin une valorisation des apports d’azote et de les solder. Ces pluies corrigent également en partie le déficit hydrique déjà sévèrement installé dans les sols les plus superficiels.

Carte 3 : Cumul de pluie du 5 au 12 mai 2020

• Les épiaisons restent précoces pour l’année (figure 1). Les blés les plus précoces ou les orges d’hiver précoces épient avant le retour des pluies ; la majorité des blés épient vers le 20/25 avril. Le nombre d’épis est juste cette année, ne dépassant guère les 400 épis (figure 2).

• Ponctuellement, des défauts de fertilité sont mentionnés, on peut relever une offre climatique moins soutenue entre méiose et épiaison.

• Les biomasses atteintes à floraison sont moyennes voire limitantes, notamment dans les situations hydromorphes ou les sols très superficiels ayant été très pénalisé. Pour les parcelles hydromorphes, c’est un peu la double peine : l'excès d’eau pendant le tallage et le manque d’eau courant montaison conduisent à des biomasses assez faibles à floraison et de faibles peuplements épis.

• La fertilité est bonne cette année sans être exceptionnelle comme l’année passée.

• Côté maladies, la période de sec entre mi-mars et mi-avril a permis aux cultures de se développer sans que les nouvelles feuilles émises soient contaminées (notamment vis-à-vis de la septoriose sur blés ou de l’helminthosporiose sur orges). Cela permet de positionner le premier fongicide entre dernière feuille pointante et gonflement selon la sensibilité des variétés.

Figure 1 : Dates d'atteinte du stade épi 1 cm et de l'épiaison (observations historiques sur le site ARVALIS du Magneraud - argilo-calcaire, variété Apache puis Oregrain puis RGT Cesario)


Figure 2 : Nombre d'épis/m2 en fonction du nombre de tiges avec 3 feuilles/m2 (observations historiques sur le site ARVALIS du Magneraud - argilo-calcaire, variété Apache puis Oregrain puis RGT Cesario)

Un remplissage sous des conditions climatiques assez favorables mais des facteurs biotiques impactants

Les pluies de mai sont salutaires pour débuter le remplissage des grains après une période prolongée de sec et de déficit hydrique. De plus, peu de jours échaudants (c’est-à-dire avec une température maximale supérieure à 25°C) sont dénombrés pendant la fin de période de remplissage de grains pour les semis de fin octobre, mi-novembre.

• Ces bonnes conditions climatiques de remplissage pour le poids de mille grains (PMG) sont à modérer pour les situations où les céréales sont mal enracinées, ou affectées par le piétin échaudage, le piétin verse, les fusarioses des tiges ou des épis, et la JNO…

• JNO : à maturité on observe la présence d’épis de taille réduite et porteurs de petits grains sur blés et orges.

• Fusarioses : la première quinzaine de mai est marquée par un temps pluvieux qui coïncide avec la floraison de la plupart des parcelles de blé. L’apparition de symptômes de fusariose sur épis est très fugace, voire inexistante au cours du remplissage. Pour autant, la maladie est belle et bien présente et décelable à maturité, avec de nombreux épis dressés, noircis et mal remplis, alors que les pieds et racines sont sains. Le rosissement des épis n’est pas systématique.


Symptômes de JNO sur blés souvent observés en 2020

A maturité : alternance de températures élevées et de temps frais et humide

Un épisode climatique assez pluvieux s’installe du 10 au 20 juin : des pluies relativement abondantes et des températures fraîches pour la saison à une période où les céréales les plus précoces atteignent la maturité. Cet épisode significatif vient perturber la moisson qui s’annonçait très précoce et déprécie la qualité. Avec le retour d’un temps plus estival, les récoltes battent leur plein du 6 au 18 juillet.

• La production, toutes céréales confondues, est inférieure à la moyenne décennale de la région d’au moins 10 %. Difficile de généraliser vu la campagne passée et ses excès, mais les rendements ont été impactés par un nombre d’épis modéré à faible et un nombre de grains modéré à limitant. Les épis sont porteurs de beaucoup de petits grains non remplis dont les facteurs explicatifs sont multiples (maladies du pied et des racines, fusarioses, échaudage, mauvais enracinement, JNO… et ponctuellement cécidomyies). La présence régulière de fumagines sur épis parfois dressés à la récolte en est révélatrice.

• La qualité de la récolte a aussi été impactée par les pluies de juin : poids spécifiques dégradés mais supérieurs à 76 kg/hl, récolte en surmaturité, égrenage, parcelles parfois versées. Les temps de chute de Hagberg sont ponctuellement faibles (particulièrement sur les blés durs semés en octobre/novembre) et un début de germination est observé sur les espèces les plus sensibles (comme blé dur et triticale) toujours sur ce même créneau de semis. La qualité est meilleure sur les semis plus tardifs. La teneur en protéines est élevée. Les orges d’hiver brassicoles présentent de bons niveaux de calibrage.

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1 commentaires 24 juillet 2020 par MARTIN

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