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Céréales d’hiver semées tard en Bretagne Messagerie Bretagne

Comment conduire les derniers semis de céréales ?

21 novembre 2019

La pluie a retardé les chantiers de semis des céréales d’hiver. Quelles sont les précautions à prendre pour des implantations au-delà du 20 novembre ?

Les conditions particulièrement pluvieuses observées depuis début octobre ont fortement perturbé les travaux de récolte de maïs et de semis des céréales. Il est tombé entre 250 et 350 mm depuis le 1er octobre sur l’ensemble des stations météo bretonnes (carte 1), soit près de 2 fois la normale. De nombreuses parcelles de céréales ne sont donc toujours pas implantées.

Carte 1 : Cumul de pluie (en mm) sur la période du 20 septembre au 15 novembre

Un potentiel altéré, mais qui peut être variable

La synthèse de 10 essais réalisés dans les secteurs ouest de Bretagne - Bignan (56) – Glomel (22) et Rosporden (29) - en collaboration avec les coopératives Cecab et Triskalia a permis de quantifier les pertes de rendement du blé au cours des 5 campagnes 2010 à 2014 en fonction des dates de semis.

Pour les semis réalisés au-delà du 10 novembre, les pertes de rendement sont modérées et proches de 5 %. En revanche, plus la date de semis est tardive, plus la variabilité des résultats est importante (figure 1) :
- Pertes de rendement de 0 à 10 % pour les semis de la 2e décade de novembre.
- Pertes de rendement de 0 à 25 % pour les semis de la 3e décade de novembre et décembre.

Il est donc conseillé de semer dès que possible lorsque les conditions sont favorables. Si elles ne le sont pas, il est préférable de retarder les semis de quelques jours, si les conditions climatiques le permettent, plutôt que d’implanter la culture « en force ». L’enracinement sera meilleur et la culture moins sensible au stress hydrique.

Les pénalités engendrées par un semis en conditions difficiles (structure détériorée par le chantier de récolte, ressuyage insuffisant) peuvent être beaucoup plus importantes que celles liées à la date tardive !

Figure 1 : Incidence de la date de semis en Bretagne - 10 essais - 2010 à 2014

Défaut de vernalisation : pas de risque jusqu’à fin décembre !

Les variétés de blé d’hiver ont besoin de séjourner à de basses températures pendant leur période juvénile pour passer de l’état végétatif à l’état floral et produire des épis : c’est la vernalisation.

Ce processus physiologique peut commencer sitôt la germination enclenchée, soit 50°C environ après le semis.

L’optimum thermique pour le déroulement de la vernalisation est compris entre 3°C et 10°C (température moyenne journalière). Elle diminue entre 3°C et -4°C et s’annule pour des températures inférieures à -4°C.

les variétés se distinguent par le nombre de jours pendant lequel la plante doit séjourner pour satisfaire ses besoins en vernalisation.

Pour le blé tendre, les besoins varient de 15 jours (variétés très alternatives, de type printemps) à 60 jours (variétés très hiver).

Contrairement à certaines idées reçues, c’est dans les régions à contexte climatique de type océanique comme la Bretagne que la durée de la vernalisation s’avère la plus courte et la moins modifiée par la date de semis : les températures restent très fréquemment dans la plage idéale (3-10°C).

En Bretagne, pour des semis réalisés jusqu’à fin décembre, les conditions requises pour la vernalisation seront vraisemblablement obtenues pour la quasi-totalité des variétés. La vernalisation devra être prise en compte à partir des semis réalisés en janvier.

Semis tardifs : adapter la conduite

Majorer les densités de semis

Le décalage de la date de semis impacte directement la dose de semis, à la fois à cause du risque de perte à la levée (limaces, risque d’hydromorphie à des stades sensibles, lenteur de la levée), et du tallage fortement réduit. Il est donc nécessaire d’adapter à la hausse la quantité de grains semés. On conseillera donc des densités de semis de 290 à 340 grains/m2 en fonction du type de sol (tableau 1).

Tableau 1 : Densité de semis (grains/m2) selon le type de sol

La pression de graminées sera limitée

Les conditions actuelles auront plusieurs conséquences sur la flore des parcelles :
- Une part des adventices aura levé en octobre, permettant un effet de faux-semis pour les graines de surface et les repousses.
- La pression de graminées d’automne sera sensiblement diminuée.
- Le recours au labour sera probablement accru suite à cet épisode humide, permettant sans doute de réduire la pression en graminées.

Conduite à tenir : En présence de graminées d’automne, il faudra maintenir dans la mesure du possible, une base de désherbage d’automne avec des produits racinaires. Cette stratégie ne sera toutefois réalisable que si les conditions climatiques le permettent : portance, absence de fortes pluies et d’amplitudes thermiques suite à l’application. Dans les parcelles à flore simple (pâturin annuel et dicotylédones majoritaires, en faible densité), un simple passage en sortie d’hiver peut suffire.

Pression de maladies et ravageurs réduite , à l’exception des limaces

Au printemps, l’inoculum sera réduit et le rythme accéléré des sorties de feuilles devrait permettre de réduire les risques précoces de maladie.

La pression de piétin échaudage et de piétin verse sera sensiblement diminuée.

Les semis tardifs permettront d’éviter la majeure partie des contaminations des céréales par le virus de la JNO transmis par les pucerons d’automne. Cependant, des implantations tardives conduisent le plus souvent à des levées très lentes, qui peuvent exposer les plantules aux limaces.

Conduite à tenir : Maintenir une surveillance rapprochée ! Si le retard de semis limite fortement le risque d’exposition aux pucerons, il convient toutefois de rester vigilant vis-à-vis de ces insectes, en surveillant les parcelles dès la levée si le temps doux persiste.
De même, le temps doux et humide persistant, conjugué à une levée et à une croissance ralenties des jeunes céréales exigent de surveiller attentivement l’activité des limaces.

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1 commentaires 23 novembre 2019 par CHICOUENE

Concernant l'affirmation "LA PRESSION DE GRAMINÉES SERA LIMITÉE ", je ne comprends pas. Plus les semis sont tardifs à l'automne, et plus les levées de folle avoine de printemps (Avena fatua) qui lève habituellement beaucoup en février et mars, sera favorisée. C'est une mauvaise herbe très répandue en Bretagne et extrêmement nuisible. Daniel Chicouène.

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