En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus adaptés à votre région et réaliser des statistiques.

En savoir plus
Parcelle inondée avant les semis de céréales en novembre 2019 en Poitou-Charentes Messagerie Poitou-Charentes

Céréales : s’adapter à des semis très tardifs

14 novembre 2019

Depuis fin septembre, notre région est exposée en continu à des pluies, ce qui retarde et entrave les chantiers de semis des céréales. Que faire dans ce contexte ?

Dans de nombreuses situations, un nombre important de parcelles ne sont pas encore emblavées. Les prévisions météorologiques ne laissent pas entrevoir d’amélioration significative dans les 10 prochains jours. Il est donc probable que dans la plupart des cas, les parcelles non semées resteront inaccessibles au mieux jusqu’à fin novembre. Dans ces conditions, un certain nombre d’adaptations techniques doivent être envisagées.

Carte 1 : Cumul de pluie du 20 septembre au 12 novembre 2019

Source données MétéoFrance

Conséquences d’un retard de la date de semis

En réduisant la phase de croissance et d’installation de la culture en hiver et en augmentant le risque d’échaudage et de déficit hydrique en fin de cycle, le retard de la date de semis se traduit par une diminution du potentiel de rendement. Cette diminution est plus importante dans les sols les plus superficiels (figure 1) que dans les sols profonds. Elle peut être atténuée par le recours à l’irrigation pour assurer l’alimentation en eau en fin de cycle. Le choix d’une variété plus précoce peut également permettre de réduire le risque de perte de potentiel.

Figure 1 : Perte de rendement pour une même variété de blé tendre, en terres de groies selon la date de semis, en % du rendement maximal de l’année culturale

La perte de potentiel peut être évaluée en prenant en compte le nombre de jours de retard de semis par rapport à la précocité de la variété. Ainsi pour des variétés dont la fin de période de semis optimale se situe vers le 5/10 novembre, on peut s’attendre pour un semis de début décembre à une perte de 8 à 10 q/ha en sol superficiels, 4 à 5 q/ha en sols profonds (tableaux 1 et 2).

Tableau 1 : Dates de semis recommandées en fonction des variétés


Tableau 2 : Pertes de rendement moyennes par jour de retard par rapport à la période de semis optimale d’une variété

Une variété précoce peut a priori limiter la perte de rendement de 4 à 8 q/ha par rapport à une variété plus tardive dont la fin de période de semis optimal se termine 20 jours plus tôt.

Jusqu’au début décembre, la principale adaptation consiste à privilégier les variétés précoces

Si les implantations peuvent être réalisées avant la fin du mois de novembre, les cultures prévues peuvent être maintenues qu’il s’agisse de blé tendre, d’orge d’hiver ou de triticale. Il est par contre souhaitable, dans la mesure du possible de privilégier les variétés les plus précoces pour limiter les risques d’échaudage en fin de cycle. Pour les blés tendres, les orges d’hiver et les triticales, le bon compromis pour ce créneau de date de semis est de retenir les variétés dont la note de précocité épiaison atteint ou dépasse 7.

Téléchargez les caractéristiques physiologiques des variétés de blé tendre, orge d’hiver et triticale.

A partir du mois de décembre, des contraintes plus fortes et des changements d’espèces à envisager

Une implantation d’orge d’hiver compromise

Pour les orges, les retards de dates de semis vont impacter fortement l’installation de la culture. Compte tenu de l’offre génétique disponible en orge de printemps, il sera plus efficace de basculer sur des orges de printemps à partir de décembre plutôt que de rester sur des orges d’hiver moins adaptées aux semis très tardifs. Il faudra par contre privilégier les variétés les plus tolérantes à la rhynchosporiose.

Alternativité : pas d’inquiétude sur les semis de décembre

Pour les blés et les triticales, il faudra également s’interroger pour les semis très tardifs sur l’alternativité des variétés retenues. A titre d’exemple, pour les blés, les dates de semis les plus tardives envisageables pour avoir une garantie de montée à épis sont les suivantes (référence poste météo du Magneraud et de Poitiers). A noter que toutes les variétés de blé dur sont de type printemps.

Tableau 3 : Alternativité des variétés de blé tendre et dates de semis ultimes

Au-delà de la prise en compte de cette possibilité physiologique, le choix d’implanter une céréale à paille au-delà de janvier devra se raisonner en fonction d’une part en fonction de la profondeur du sol et/ou de la possibilité d’irriguer mais aussi du potentiel économique des autres productions envisageables.

En savoir plus sur l’alternativité.

Adapter les densités de semis

En retardant la date de semis, on diminue la durée du tallage et donc son intensité. Il faut donc compenser ce défaut en augmentant progressivement la densité de semis avec le retard pris. Toutefois, il est inutile d’augmenter indéfiniment la densité. Les densités moyennes « objectifs » (blé tendre) peuvent être plafonnées à 330-380 grains semés en sols superficiels et 300-350 grains en sols plus profonds. Si les conditions d’implantations sont défavorables (sols très motteux, collants) on pourra majorer ces valeurs au maximum de 8-10 %.

Pour en savoir plus, consultez les préconisations de densités dans les guides Choisir et décider blé tendre, blé dur, orge d'hiver et triticale.

Autres adaptations de l’itinéraire technique

Désherbage

Les conditions actuelles auront souvent 3 conséquences :
- une part des adventices aura levé en octobre, permettant un effet de faux semis pour les graines de surface et les repousses ;
- le recours au labour plus fréquent permettra de réduire la pression en graminées ;
- les désherbages d’automne seront compromis ou impossibles (peu de créneaux disponibles, levées lentes, parcelles non praticables, limites règlementaires), obligeant à un recours à des désherbages de sortie d’hiver.

Fertilisation

La fertilisation devra être adaptée :
- le potentiel de rendement devra être revu à la baisse,
- l’enracinement des céréales sera tardifié, notamment en sortie d’hiver et au printemps,
- la période de tallage réduite causée par le semis tardif limitera le nombre de talle disponible. Il faudra éviter les carences azotées au tallage pour ne pas entraîner de régressions supplémentaires. Les impasses au tallage seront donc déconseillées.

Maladies et ravageurs

Les semis tardifs auront permis l’évitement des insectes d’automne (pucerons, cicadelles) ; par contre les levées très lentes à cette période peuvent exposer les plantules aux limaces.
Les risques de maladies telluriques (mosaïques, piétin échaudage) seront fortement réduits.

Au printemps, le moindre inoculum dans les parcelles et le rythme accéléré des sorties de feuilles devraient permettre de réduire les risques précoces de maladie.

Réagissez !

Merci de vous identifier pour commenter cet article

aucun commentaire pour l'instant

  • ARVALIS - Institut du végétal
    • 3, rue Joseph et Marie Hackin
      75016 PARIS
      Tél : + 33 (0)1 44 31 10 00
      Fax : + 33 (0)1 44 31 10 10