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Granules d’azote au pied des plantes de blé après le premier apport en février 2020 en Champagne Ardenne Messagerie Champagne-Ardenne

Céréales : pas plus de 40/60 kg/ha d’azote au tallage

13 février 2020

Il n’est pas utile de renforcer les apports d’azote au stade tallage des céréales  ! 40-60 unités suffisent.

Les conditions difficiles de semis à l’automne ont pour conséquence une hétérogénéité des stades entre les parcelles de céréales. En parallèle, les conditions humides et douces de l’automne hiver peuvent laisser à penser à des reliquats de sortie d’hiver plutôt faibles (lessivage, minéralisation).

Les cumuls de pluies sont très élevés depuis le début de la campagne céréalière (carte 1) : la Marne et l’Aube cumulent entre 300 et 400 mm, tandis que les Ardennes et la Haute-Marne sont au-delà de 400 mm.

Carte 1 : Pluies du 1er octobre 2019 au 31 janvier 2020

Le profil de l’automne-hiver 2019-2020, doux et humide, est très proche de celui de 2000-2001, avec des cumuls de températures parfois très proches de 1000°C jour (figures 1a et 1b).

Figure 1a : Cumuls de pluie et de température du 1er octobre 2019 au 31 janvier 2020 (Station météo de Fagnières)

Figure 1b : Cumuls de pluie et de température du 1er octobre 2019 au 31 janvier 2020 (Station météo de Cirfontaines-en-Ornois)

Les réserves utiles ont été reconstituées tôt cette année, courant octobre pour les sols les plus superficiels, début décembre pour les sols plus profonds (figures 2a et 2b).

Figure 2a : Etat du réservoir utile pour un sol de craie, RU 180 mm
(Station météo de Fagnières)

Figure 2b : Etat du réservoir utile pour un sol argilo-calcaire, RU 100 mm
(Station météo de Cirfontaines-en-Ornois)

Des reliquats sortie hiver potentiellement faibles à moyens

Compte tenu de cette pluviométrie élevée, on peut aisément imaginer que les reliquats de sortie d'hiver (RSH) soient faibles, en lien avec un lessivage important de l’azote en profondeur. Mais d’un autre côté, la douceur de la fin de l’hiver a pu être favorable à la minéralisation en surface. Les premiers retours de reliquats effectués dans le cadre des essais ARVALIS ne montrent pas, pour le moment, plus d’azote que d'habitude, dans le premier horizon.

Ces valeurs de RSH sont à consolider avec la synthèse régionale. Dans tous les cas, la mesure du RSH s’avère plus qu’importante cette année pour estimer les fournitures du sol et ajuster au mieux sa dose prévisionnelle au contexte de l’année.

Le bon compromis de fractionnement de l’azote : viser des blés bien alimentés à floraison

Les enseignements des campagnes passées montrent que les blés dans notre région sont souvent en carence à floraison (INN < 0,9), alors qu’une partie du « parcours » de nutrition azotée (de épi 1 cm à 2 nœuds) se réalise au-dessus de la trajectoire optimale. Au niveau de la dose totale, le choix d’un apport renforcé à tallage dégrève d’autant les doses apportées en fin de cycle et accentue le phénomène de carence à floraison (rendement et protéines affectés). 

Avant épi 1 cm, les besoins en azote des céréales sont faibles (autour de 50 unités y compris les fournitures du sol). Les besoins deviennent importants à partir du stade épi 1 cm, qui marque le début d’une dynamique de création de biomasse (besoins multipliés par 7 entre tallage et floraison). Les apports d'azote devront être fractionnés pour coller au plus près des besoins de la plante.

Les efficacités des apports sont liées à la vitesse de croissance de la plante, donc à la température, et augmentent avec les besoins croissants de la plante et à sa capacité d’absorption (Tableau 1). Autrement dit, un Coefficient Apparent d’Utilisation (CAU) de 50 % au tallage signifie que la plante n’est en capacité d’absorber que 50 % de l’azote apporté, sur un besoin souvent limité : une partie part dans l’atmosphère par volatilisation, une autre partie s’organise dans le sol et ne sera libérée que quelques années plus tard.

Tableau 1 : CAU (Coefficient Apparent d’Utilisation) selon les périodes d’apport

Une idée reçue tend à dire que les fortes doses d’azote au tallage permettent de faire taller un blé. Une dose plus forte à tallage n’a pas d’effet sur le talles primaires, elle engendre effectivement le développement de nouvelles talles secondaires, susceptibles de régresser au cours de la montaison si la concurrence avec les talles primaires est trop forte. Elles ne contribuent alors pas au rendement et consomment azote et eau au détriment des talles primaires.

Dans nos essais locaux, à dose totale identique, un tallage renforcé (80 kg N/ha) ne permet pas d’atteindre des rendements plus élevés qu’un apport classique de 40 kg N/ha (figure 3).

Figure 3 : Ecart de rendement selon deux stratégies à dose X identique : 40 kg N vs 80 kg N à tallage

A retenir : un apport à tallage est utile dans nos types de sols, mais il faut les limiter à 40-60 kg N/ha.

Des stades repères très variables, à surveiller

Malgré un temps poussant durant l’hiver, les conditions de semis et les retards de dates de semis entraînent des hétérogénéités de développement des cultures. Les semis de début octobre sont bien développés et ont bénéficié de douceur et d’humidité. Les semis de fin octobre et début novembre, les plus en difficulté, se sont plutôt bien retapés grâce aux conditions climatiques (en dehors des situations d’hydromorphie). A noter que certains désherbages, suivis de fortes pluies, ont pu fortement marquer ces parcelles. Les semis de fin novembre début décembre accusent un retard de stade tempéré par les conditions poussantes de l’hiver.

Cette année, il faudra donc s’attendre à une grande variabilité des stades, et adapter son itinéraire technique en conséquence (apports d’azote, traitements fongicides).

Voici à titre d’information des simulations de stades clés en fonction de la date de semis, pour les variétés Chevignon et Rubisko (tableau 2).

Tableau 2 : estimation des stades Epi 1 cm et Dernière Feuille Etalée en fonction des dates de semis, pour deux variétés à précocités différentes (Chevignon et Rubisko)

Attention, ces simulations seront amenées à évoluer selon les conditions climatiques à venir.

Pilotage important pour tenter de s’ajuster au potentiel de l’année

Avec le retard de semis parfois jusque décembre et des conditions de semis difficiles (graines moins bien enterrées), il est bien impossible d’estimer à la date du jour le potentiel de rendement des parcelles. Le pilotage de fin de cycle sera donc important pour s’adapter au contexte de l’année.

Même si les créneaux peuvent être courts, il est nécessaire de réaliser ce pilotage autour de la sortie de la dernière feuille.

Des diagnostics trop précoces, par exemple à 2 nœuds, pourraient conduire à des préconisations de troisième apport proche de 0, car trop proche de l’apport d’azote précédent (la plante n’ayant pas eu le temps de tout mobiliser).

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