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Parcelle de céréales à montaison fin avril 2021 en Poitou-Charentes Messagerie Poitou-Charentes

Céréales en montaison : le déficit hydrique impose un ajustement de la conduite des cultures

06 mai 2021

Les derniers épisodes pluvieux sont restés, le plus souvent, à des niveaux très faibles. Le manque d’eau persiste et devient de plus en plus préoccupant pour les céréales. 

Dans les sols les plus superficiels, l’effet du stress hydrique, s’il n’a pas été atténué par l’irrigation ou une averse significative, est irrémédiable et le potentiel va en se dégradant. Cet effet peut être amplifié si les apports d’engrais de début montaison n’ont pas été pleinement valorisés.

Dans les sols plus profonds, la situation devient préoccupante. Mais, sous réserve que des pluies significatives surviennent dans les 10-12 prochains jours, l’essentiel du potentiel mis en place peut encore être préservé.

Entre ces deux situations extrêmes, tous les cas de figures sont envisageables selon la profondeur des sols et des conditions d’implantation et d’enracinement, les pluies cumulées au printemps, les éventuelles irrigations et la plus ou moins bonne valorisation des apports d’azote déjà réalisés.

Faut-il ré-évaluer l’objectif de rendement ?

Dans les situations hydriques les plus défavorables, comme les groies superficielles non irriguées sur les zones les moins arrosées (moins de 30 mm depuis le 1er mars 2021 ) (figure 1), le cumul de déficit hydrique de montaison atteint aujourd’hui 80 à 100 mm. A ces niveaux de déficit, l’impact devient très fort et se traduit par une perte de biomasse à floraison. Si aucune pluie significative n’intervient dans les prochains jours, le développement des cultures continuera de se dégrader et affectera le nombre de grains par m². La perte finale de potentiel dépendra des conditions de remplissage (températures et pluies de fin mai / début juin) qui pourraient compenser en partie cette perte de grains. Mais les dégâts occasionnés aux plantes sont suffisamment importants pour limiter ces possibilités de compensation. On peut donc craindre - aujourd’hui - une perte de rendement dans ces situations critiques.

Une situation agronomique identique (même sol, même variété, même date de semis) ayant reçu 20 mm de plus verra sa perte de potentiel réduite.

Figure 1 : Bilan hydrique - La Laigne (17) – Groies superficielles - RGT Césario semis du 20/10/2020

Dans les sols plus profonds, le déficit cumulé ne dépasse pas à l’heure actuelle 20-30 mm. La perte de biomasse reste modérée et, surtout, le niveau global de biomasse est sensiblement plus élevé, garantissant encore une bonne capacité de compensation. Dans ces situations, le potentiel de rendement initial peut être considéré comme préservé, d’autant que les niveaux de développement en début de montaison étaient sur une tendance très favorable.

Figure 2 : Bilan hydrique - Magneraud (17) – Groies profondes - RGT Césario semis du 20/10/2020

Tableau 1 : Risques de perte de potentiel selon le cumul de pluies depuis le 1er mars 2021 et le niveau de réserve utile (RU)

A partir de ces éléments d’information, les ajustements d’apports d’azote peuvent être envisagés.

Ajuster les apports d’azote

En absence d’outil de pilotage (non disponibilité ou domaine de validité de l’outil non respecté en raison du manque d’eau après le dernier apport d’azote), le complément de dose totale envisagé peut être appliqué sans restriction dans les situations où le risque de perte de potentiel est inférieur à 10 %. En effet, dans ces situations, le maintien d’un apport tardif facilitera la compensation au retour des pluies et permettra d’assurer une teneur en protéines correcte. Dans les situations intermédiaires, le complément prévu peut être réduit de 15 à 20 kg N/ha.

Dans les situations les plus difficiles, la réduction pourra être porté à 30-40 kg N/ha.

Dans tous les cas, un apport est à engager seulement si des prévisions de pluie se confirment, des précipitations de 15 mm étant nécessaires pour assurer une bonne valorisation des engrais azotés.

En cas d’utilisation d’outil de pilotage, veiller à respecter les conditions d’utilisation recommandées dans le contexte de l’année.

Figure 3 : Cumul de pluies du 1er mars au 25 avril 2021

N.B. : carte réalisée grâce à une modélisation spatiale de données observées au 25/04/2021

Tableau 2 : Valorisation des apports sur différentes stations météo selon la date d’apport (Vert : 15 mm de pluie dans les 15jours, orange entre 5 et 15 mm dans les 15 jours, rouge moins de 5 mm)

Quelle conduite d’irrigation dans les prochains jours ?

La demande reste soutenue. Le pilotage de l’irrigation dépend de la ressource disponible. Quelle que soit la situation, le recours à un outil de pilotage reste la meilleure garantie d’une irrigation efficace.

En absence d’outil, dans les situations où la ressource n’est pas limitante :
• En sols superficiels et moyens, maintenir le tour d’eau et renouveler les irrigations si le dernier passage remonte à plus de 6-8 jours.

• Dans les sols les plus profonds, si l’irrigation n’a pas été déclenchée, un premier tour d’eau peut être envisagé dès à présent. Un second tour d’eau pourra être envisagé si l’épisode perturbé prévu à partir du 1er mai s’avère insuffisant.

Dans les situations où la ressource est limitée, si un à deux tours d’eau ont déjà été réalisés, il peut être judicieux d’attendre la fin de semaine pour engager éventuellement un nouveau tour. Celui-ci sera à arbitrer en fonction de la confirmation ou non de l’épisode pluvieux actuellement envisagé. Celui-ci parait pour l’instant très modeste ; mais apportant de petites pluies régulières sur plusieurs jours, il réduira considérablement la consommation en eau des plantes et peut permettre de reporter de quelques jours le renouvellement du tour d’eau.

Peut-on comparer la situation actuelle aux sécheresses de 2011 ou 1997 ?

Par de nombreux aspects, le manque de pluie actuel rappelle cruellement les campagnes 1997 et 2011 au cours desquelles la sécheresse, accompagnée d’une très mauvaise valorisation des apports d’engrais azotés, avait provoqué de fortes chutes de rendement. Si les faibles cumuls de pluie actuels rappellent ces deux campagnes, un certain nombre d’aspects permettent à la date d’aujourd’hui d’avoir un pronostic un peu moins défavorable :
- les apports d’azote, souvent réalisés cette année vers le 10-12 mars, ont été relativement bien valorisés, bien mieux qu’en 1997 ;
- la montaison s’est déroulée dans des conditions de températures relativement fraîches (en dehors de la semaine du 20 avril), avec des évapotranspirations (ETP) modérées malgré l’absence de pluie, ce qui a limité au moins dans un premier temps l’effet du stress hydrique dans les sols superficiels ;
- les niveaux de biomasses et d’azote absorbés à dernière feuille sont médiocres cette année mais sensiblement supérieurs à ceux observés en 2011 ;
- la pression maladies est exceptionnellement faible cette année, mis à part les récentes observations de rouille jaune parfois sous forme de foyers actifs qu’il est préconisé de surveiller, notamment sur les blés tendres.

Ces éléments permettent d’estimer que la perte de rendement redoutée aujourd’hui n’est pas à ce jour au niveau de celle de ces deux campagnes sèches, et que le pronostic reste encore aujourd’hui favorable en sol profond et irrigué. Toutefois, ce pronostic évoluera en fonction des scénarii de retour de pluies.


Message rédigé par ARVALIS - Institut du végétal avec l’appui des techniciens des Chambres d’Agriculture de la Charente, Charente-Maritime et de la Vienne, Coop de Mansle, Coop de Matha, Coop de St-Pierre-de-Juillers, Coop Sèvre et Belle, Isidore, SCEA Loulay, Soufflet.

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