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Grains de blé dans des mains, avant analyse des taux de protéines, en 2019, dans le sud-ouest Messagerie Sud-Ouest

Céréales : de bons rendements mais des teneurs en protéines souvent faibles

07 août 2019

Voici le bilan du déroulement de la fertilisation azotée en céréales selon les conditions climatiques 2018/2019, avec les impacts engendrés sur l’élaboration du rendement et des teneurs en protéines.

Des reliquats d’azote moyens à élevés

A l’automne, les analyses des reliquats d’azote dans nos essais montrent des reliquats généralement élevés, dépassant 80 unités dans 40 % des parcelles analysées sur l’horizon 0-60 cm. Une part importante, 50 % de cet azote, est localisée dans le premier horizon (0-30 cm) et peut donc facilement être atteinte pas les plantes en développement. Ces quantités d’azote disponibles s’expliquent en partie par les mauvais résultats des cultures la campagne précédente avec des rendements en dessous des normales dans de nombreuses de situations en cultures d’hiver comme de printemps.

En janvier 2019, les analyses de reliquats effectuées par les laboratoires Aurea en Occitanie confirment des reliquats en hausse de 10 unités par rapport en 2018 avec une moyenne d’environ 40 unités sur les horizons 0-60 cm.

L’hiver est modérément pluvieux dans le Sud-Ouest, avec un lessivage donc plutôt inférieur à la normale d’autant que l’azote disponible était situé dans les horizons de surface. Le lessivage est cependant plus élevé dans certains types de sols comme les sols sableux et aussi dans des secteurs plus pluvieux comme la partie Est – Occitanie et les Pyrénées-Atlantiques (figure 1).

Figure 1 : Cumul des pluies (mm) et écart à la médiane (%) dans le Sud-Ouest du 1er octobre 2018 au 01/03/2019

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L’apport tallage n’est donc pas nécessaire dans beaucoup de situations et aurait pu être décalé fin tallage sans pénaliser le rendement. Toutefois les conditions sèches à partir de début février ont provoqué une mauvaise assimilation de ces apports jusqu’à fin mars. Cela a aussi entraîné une perte d’azote via une perte de talles pour les apports de février/mars.

Valorisation des apports d’azote et absorption de l’azote avant floraison

L’apport principal d’azote, qui doit encadrer le stade « épi 1 cm », intervient dans une période sèche avec à la clé des mauvaises valorisations de l’azote apporté en partie perdu par volatilisation. On considère qu’il faut 15 mm de pluie dans les 15 jours suivant l’apport d’azote pour bien valoriser celui-ci. Selon la figure 2, il y avait peu de créneaux favorables autour du stade « épi 1 cm », et ceci d’autant plus à l’est du secteur (Montans, Toulouse, Castelnaudary). Les apports à partir de la dernière décade de mars (après le stade 1 nœud) sont par contre favorables à une bonne assimilation y compris les apports tardifs à la floraison.

Figure 2 : Nombre de jours nécessaires pour cumuler 15 mm de pluie après un apport d’azote

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En vert : moins de 15 jours. En orange : plus de 15 jours.

L’analyse de l’absorption de l’azote est illustrée à travers deux essais menés dans des contextes différents. L’un a été mis en place à Issigeac (24) dans un sol superficiel de type argilo-calcaire, l’autre a été mené à Gaillac (81) dans un sol d’alluvions limoneuses profondes. La dose totale d’azote préconisée (dose X) a été fractionnée en 3 apports (tallage, épi 1 cm, dernière feuille).

La quantité d’azote absorbé par les parties aériennes a été mesurée au stade floraison. Dans ces 2 essais, l’absorption à floraison est inférieure de 30 à 50 % à celle mesurée en 2018 au même stade. En parallèle les biomasses à floraison sont variables : réduite en sol superficiel suite à l’épisode de sécheresse courant montaison, à proche de la normale en sol profond. Au final les INN (Indices de Nutrition Azotés) sont faibles à très faibles ; très inférieurs à 2018. Rappelons que l’azote contenu dans le grain provient à 80 % d’une remobilisation des pailles vers les grains.

Dans certaines situations, la dynamique d’absorption d’azote a été légèrement différente, avec des absorptions avant floraison très fortes grâce à des conditions pluvieuses après épiaison faisant suite à une période de sécheresse qui ont provoqué des flash de minéralisation et ont permis de bien valoriser les apports à « dernière feuille étalée ». Cela a permis de conserver une teneur en protéines correcte malgré le rendement élevé.

Figure 3 : Essais fertilisation 2019 – Mesures à floraison de la biomasse (t/ha), de l’azote aérien absorbé (unités) et de l’INN (Indice de Nutrition Azotée)

Remplissage et dilution de la protéine

Après la floraison, le climat est très favorable à la formation des grains et au remplissage.

On observe des pluies régulières qui permettent l’alimentation hydrique de la plante. Les températures sont fraîches pour la saison : 14,1 °C de température moyenne à Auch (32), soit 1.8°C de moins que la médiane. Ceci permet un allongement de la période de photosynthèse, l’accumulation de carbone fonctionnant sur un temps calendaire peu dépendant de la température.

Le rayonnement est par ailleurs important entre floraison et grain pâteux. Le quotient photothermique est très élevé atteignant le niveau maximal par rapport à la période de référence (figure 4) ; ce qui témoigne de conditions de remplissage optimales pour la région.

Figure 4 : Quotient photothermique entre les stades floraison et grain pâteux, rapport entre le cumul de rayonnement global (cal/cm²) et le cumul de températures (°Cj) entre ces stades

Au final, les rendements sont bons à très bons. La synthèse de nos essais variétés blés tendres montre que dans certaines situations ayant souffert de la sécheresse pendant la montaison, le nombre d’épis est réduit, en dessous des normales. Par contre, le nombre de grains par épis est élevé et le PMG est également au-dessus de la moyenne.

Figure 5 : Rendement et composantes de rendement des essais variétés blés tendres Sud-Ouest 2019

Ces bons rendements conduisent en contrepartie à une diminution des taux de protéines par un effet de dilution. Les taux de protéines sont faibles : 11,3 % de moyenne pour les blés tendres dans nos essais variétés et estimés en moyenne à 11 % avec une forte variabilité au niveau de la collecte.

Impact du dernier apport d’azote

Les faibles taux de protéines souvent constatés s’expliquent principalement par une sous-estimation des rendements avec des doses totales d’azote apportées faibles. On a aussi noté une mauvaise valorisation des premiers apports, réduisant encore la dose totale efficace apportée.

Les outils d’aide à la décision ont partiellement permis de corriger la conduite avec des conseils de dose réévalués à la hausse au dernier apport prenant en compte des biomasses généralement proches des normales pour des INN (Indices de Nutrition Azotée) faibles. La correction pouvant cependant se révéler insuffisante : le potentiel des cultures s’est dessiné tardivement, grâce à une offre climatique de fin de cycle très favorable mais impossible à anticiper au moment de la mise en œuvre des outils.

Sur l’essai d’Issigeac (figure 6), plusieurs modalités de conduite de l’azote sont comparées avec des doses et des fractionnements différents. L’effet dose est bien visible montrant qu’il y avait inadéquation entre la dose totale d’azote calculée en début de campagne et le besoin réel ; en raison d’un rendement observé très largement supérieur à l’objectif de rendement (moyenne écrêtée du rendement sur les 5 dernières campagnes) : 100,2 quintaux dans la meilleurs modalité (rendement micro-parcelle) contre 70 quintaux/ha (rendement parcelle). On observe également l’impact de la dose du dernier apport. Si on compare les modalités 7 et 8, toutes deux conduites à l’aide du modèle ARVALIS CHN (outil non commercialisé) avec 2 objectifs différents : rendement (modalité 7), rendement et taux de protéines à 11,5 % (modalité 8). La modalité 8, avec une dose totale plus élevée de 40 unités et un apport au stade dernière feuille de 80 unités au lieu des 40 unités des autres modalités, permet d’atteindre le taux de protéines le plus élevé de l’essai : 11,7 % contre 10,1 % dans la modalité 7.

Figure 6 : Essais fertilisation 2019 – Conduite de la fertilisation, modèle ARVALIS CHN

Issigeac (24) – Sol argilo-calcaire superficiel – Objectif de rendement : 70 q/ha – Dose X = 160 unités

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Il est à noter que les conditions d’absorption pour les apports tardifs sont excellentes cette campagne. Des apports pouvaient être envisagés jusqu’au stade floraison. Dans un contexte favorable, le blé a de fortes capacités d’absorption autour de la floraison (-10 j/+10 j), qui peuvent atteindre 40 à 50 unités pour un maximum journalier de l’ordre de 5 unités.

Les conditions qui optimisent un bon niveau d’absorption en fin de cycle sont les suivantes :
‐ pas de stress hydrique,
‐ pas d’échaudage (T° max < 25°C),
‐ présence d’azote dans le sol,
‐ variété de type GPD + (Grain Protein Deviation), c’est-à-dire au-dessus de la courbe de dilution rendement/protéines.

En résumé- Des doses d’azote prévisionnelles faibles calculées pour des objectifs de rendements inférieurs aux rendements finalement réalisés. D’où un effet de dilution élevé de l’azote du grain par rapport à la biomasse.
- Des biomasses à floraison proches des normales et des défauts d’absorption d’azote (mauvaise valorisation des apports début montaison) ; conduisant à des INN (Indices de Nutrition Azotée) faibles à floraison pouvant être corrigés par des outils de pilotage type Farmstar ou N Tester.
- Une correction parfois insuffisante des outils de pilotage: le potentiel des cultures s’est dessiné tardivement, grâce à une offre climatique de fin de cycle très favorable mais impossible à anticiper au moment de la mise en œuvre de ces outils.

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