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Blé tendre au stade floraison après une période de sécheresse, en mai 2020 en Franche-Comté Messagerie Bourgogne-Franche-Comté

Céréales d’hiver en stress hydrique : quelles capacités de compensation ?

20 mai 2020

La sécheresse a sévi dans la région pendant près de 50 jours, au cours de la montaison des céréales. Fin avril, les pluies étaient enfin de retour. Dans ces conditions, les céréales vont-elles pouvoir récupérer ? Plusieurs scénarii se dessinent.

Quel impact du stress hydrique courant montaison ?

Les céréales à paille constituent leur rendement à travers plusieurs composantes, mises en place successivement au cours de leur cycle et en forte interaction les unes avec les autres. Les stress temporaires peuvent donc affecter une ou plusieurs composantes, et pourront - ou pas - être compensées par les composantes ultérieures.

Un stress hydrique courant montaison va affecter en premier lieu la montée à épi (proportion de talles qui produiront un épi fertile). Il va également pénaliser la fertilité épi s’il est durable (régression des épillets extrêmes, avortement des fleurs centrales).

S’il est intense et durable, il conduira à une baisse de la biomasse aérienne, et en particulier de la partie remobilisable de cette biomasse, apte à être transférée dans les grains pendant le remplissage. Les capacités de la plante à maintenir le poids de mille grains (PMG) sont de ce fait réduites.

Figure 1 : Mise en place des composantes de rendement du blé et interactions

(Source : Guide de culture blé dur)

Particularité des orges par rapport aux blés

La fertilité épi des orges semble se constituer plus tôt et de manière non réversible : seul le nombre d’épillets est variable, et il est rapidement affecté par un stress en milieu de montaison. A l’inverse, la fertilité épi des blés se constitue sur le nombre d’épillets (défini en début/milieu de montaison) et le nombre de fleurs fertiles par épillet (défini en milieu/fin de montaison).



Photo : parcelle de blé tendre sur argilo-calcaire superficiel en Bourgogne en avril 2020 (© : L. Pelcé)

Etat de déficit hydrique simulé des cultures à la floraison

Un épisode sec quasi-généralisé a touché la France entre mi-mars et mi-avril.

Compte tenu de la précocité exceptionnelle de l’année, dans la région Bourgogne-Franche-Comté, la période de sécheresse a débuté autour du stade épi 1 cm.

Carte 1 : Cumuls de précipitations entre le 15 mars et le 20 avril 2020

(Données : Météo France - ARVALIS)

Les niveaux de déficit hydrique de consommation (c’est-à-dire ce que les plantes ont pu consommer en comparaison à ce qu’elles auraient dû consommer en conditions optimales) projetés ou estimés à floraison sont plus élevés qu’à l’accoutumée sur une grande moitié Est / Nord-Est.

Carte 2 : Déficits hydriques estimés pour un sol moyen au stade floraison, en valeur absolue pluriannuelle

(Données : Météo France - ARVALIS)

Lorsque les pluies sont revenues fin avril, les blés comme les orges d’hiver étaient toujours très en avance. Par exemple, les blés étaient au stade gonflement – épiaison alors que le stade médian observé fin avril est plutôt dernière feuille/dernière feuille étalée.

Figures 2 et 3 : Répartition des stades en blé d’hiver et orge d’hiver observés dans le BSV de Bourgogne-Franche-Comté les 28 avril et 5 mai 2020

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Les zones les plus arrosées sont heureusement celles qui souffraient le plus de la sécheresse, à savoir les plateaux argilo-calcaires superficiels (Carte 3).

Cette situation ressemble de près à celle que la région a rencontré au printemps 2011. Néanmoins, la végétation était alors moins en avance au retour des pluies, ce qui a permis à une bonne partie des situations de ne pas être définitivement pénalisées.

Carte 3 : Cumuls de précipitation entre le 21 avril et le 12 mai 2020

(Données : Météo France - ARVALIS)

Que retenir sur les conséquences ?

Les manques de pluie n’ont pas uniquement généré un stress hydrique ; dans certains cas, l’arrêt des précipitations a coïncidé avec les apports d’azote de début et/ou de milieu de montaison. Ainsi, il y a une double peine : stress hydrique et azoté.

Pour les situations les plus sèches (sols très superficiels et/ou zones les moins arrosées : argilo-calcaires caillouteux de Bourgogne, de réserve utile (RU) < 60 mm), la régression de talles a été maximale en ne laissant pratiquement plus que le maître-brin. Dans de telles conditions, le stress a selon toute vraisemblance également touché de manière non réversible la fertilité épi.

Le PMG pourra se maintenir éventuellement compte tenu d’un faible nombre de puits à satisfaire, mais cela sera totalement conditionné par le retour et le maintien de conditions favorables.

On peut noter qu’à la différence d’autres conditions plus favorables, les plantes n’auront pas constitué de stocks remobilisables ultérieurement.

Dans les situations à fortes réserves en eau (RU > 120 ou 150 mm – sols de fonds de vallée par exemple), une carence azotée induite est possible, mais les niveaux de stress hydrique atteints avant floraison (< 40-50 mm de déficit hydrique) laissent espérer une capacité de rattrapage quasiment totale en cas de retour de pluie significatif et antérieur à épiaison/floraison. Ces situations peuvent par ailleurs bénéficier des forts ensoleillements et de l’absence de maladies foliaires précoces.

Pour les situations intermédiaires, la capacité de compensation sera dépendante de l’état de dégradation au moment du retour de pluie et du stade.

Il est cependant important de mentionner que ce rattrapage est notamment conditionné par la qualité d’enracinement et l’absence de pathologie grave (virose notamment). Les parcelles tardives mais bien implantées ne sont pas particulièrement mises en danger dans l’immédiat : leur retard de croissance est également associé à un moindre épuisement du sol, notamment en profondeur.

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