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Bande de carence en soufre dans une parcelle de céréales en Champagne-Ardenne Messagerie Champagne-Ardenne

Céréales d'hiver : apports de soufre à programmer dans la majorité des cas

18 février 2021

Au vu des forts niveaux de pluies depuis le début de la campagne 2020/2021, les risques de carences en soufre sont élevés.

A quoi sert le soufre pour les plantes ?

Le soufre est, avec l’azote, le phosphore et le potassium, un des quatre éléments nutritifs essentiels à la croissance des céréales. Il joue un rôle central dans la fabrication de la chlorophylle et des protéines. La cinétique d’absorption du soufre est analogue à celle de l’azote : il est majoritairement absorbé durant la montaison, période de forts besoins des plantes.

Durant leur cycle, les céréales absorbent entre 50 et 70 kg de soufre par hectare sous forme de sulfate SO42-. Avec la baisse des retombées de soufre atmosphérique, les carences sur blé sont plus fréquentes et doivent être anticipées.

Photos 1 à 3 : carence en soufre : symptômes en foyer, croissance légèrement altérée, décoloration des jeunes feuilles

Une carence en soufre peut provoquer des pertes de rendement (via la baisse du nombre d’épis, voire du nombre de grains par épis) de 2 à 10 q/ha, allant jusqu’à plus de 20 q/ha dans les cas les plus graves.

Un risque de carence selon le type de sol

Dans le sol, le soufre est majoritairement présent sous forme organique relativement stable (comme l’azote). Ce soufre organique peut être minéralisé en sulfate minéral absorbable par les plantes, mais très sensible aux phénomènes de lixiviation (entraînement des sulfates en profondeur par les pluies). A titre de comparaison, les sulfates sont plus sensibles à la lixiviation que les nitrates.

Ainsi, certains contextes sont propices aux carences en soufre sur les céréales :
• Les sols argilo-calcaires superficiels (sols filtrants), où les risques de pertes de soufre par lixiviation sont importants (en fonction de la pluviométrie de l’automne-hiver).
• Les sols de craie, où la minéralisation du soufre au printemps est tardive (terre blanche qui se réchauffe moins vite).
• Plus généralement, les sols à faibles teneurs en matière organique ou minéralisant peu au printemps.

400 mm de pluie en moyenne depuis le 1er octobre : année à risque !

La grille ARVALIS de préconisation d’apport de soufre (tableau 1) distingue trois niveaux de risque en fonction des types de sols, de la pluviométrie hivernale (1er octobre au 1er mars) et des éventuels apports de soufre sur la parcelle les années précédentes.

Tableau 1 : grille de préconisation Soufre sur céréales (kg SO3/ha) entre début et fin tallage, sur blé pour un rendement de 80 q/ha. Situations sans apports réguliers et fréquents de matière organique (moins de trois apports en 10 ans) – source ARVALIS


1> Dans les situations à risque élevé (sols superficiels filtrants), l’année est considérée à risque lorsque la pluviométrie (du 1er octobre au 1er mars) dépasse 250 mm : le seuil est largement dépassé sur les stations météo de la région puisque la moyenne est à 400 mm.

2> Dans les situations à risque faible et moyen, l’année est considérée à risque lorsque la pluviométrie hivernale (du 1er octobre au 1er mars) dépasse 400 mm : c’est le cas pour plus d’une station météo sur deux (tableau 2).

Pour le moment, les cumuls de pluies pris en compte s’arrêtent au 15 février pour l’année 2021. Il faudrait intégrer les pluies de la dernière quinzaine de février qui amèneront certainement à des cumuls supérieurs à 400 mm dans la grande majorité des stations météo.

La majorité de la région est donc en contexte de risque de carence en soufre au printemps pour la nutrition des céréales d’hiver. Les parcelles argilo-calcaires du Barrois (Aube, Haute-Marne) et les sols de craie (Ardennes, Aube, Marne) semblent être les situations les plus à risque en 2021.

En fonction de la pluviométrie hivernale de la station météo la plus proche de votre exploitation, un apport de SO3 sera préconisé.

Tableau 2 : Cumuls de pluies (en mm) du 1er octobre 2020 au 15 février 2021 (réseau Météo France-ARVALIS)

Quelle dose apporter ?

Les doses préconisées par la grille doivent être modulées selon le potentiel de rendement. La grille donne les préconisations sur un blé d’hiver, pour un potentiel de 80 q/ha : un apport de 40 à 50 kg SO3/ha. Il faut retenir qu’il faut rajouter ou retrancher 5,5 kg SO3/ha à la dose de la grille (tableau 1) pour chaque écart de 10 q/ha par rapport à la référence (blé - 80 q/ha).

Les préconisations sur orge d’hiver sont identiques à celles du blé tendre.

En cas d’apports fréquents (≤ 3 ans) et réguliers (au moins depuis 10 ans) de produits résiduaires organiques (fumiers, composts…) contenant du soufre, un apport de 20 à 30 unités n’est préconisé que dans les sols à risque élevé.

A quel moment et sous quelle forme effectuer les apports de soufre ?

Il est généralement recommandé de réaliser un unique apport de soufre avant le début de la montaison pour augmenter son efficacité. Globalement, la forme du soufre n’a que peu d’impacts sur son efficacité. Les engrais soufrés étant souvent associés à d’autres éléments (N, P, K, Mg…), il faudra prendre en compte les besoins de la plante dans vos contextes.

D’un point de vue pratique et pour éviter un passage supplémentaire, le meilleur compromis est de réaliser un apport d’engrais azoté-soufré, vers fin tallage (moment du premier apport d’azote).

Attention : les quantités de soufre des produits sont exprimées en SO3 et non en soufre. Pour convertir S en SO3, il faut multiplier par 2,5 : teneur SO3 = teneur S x 2,5. Assurez-vous lors du choix du produit d’avoir assez de quantité de SO3 pour combler les besoins de votre culture !

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