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Blé tendre au stade épi 1 cm : quelle conduite tenir ? Messagerie Poitou-Charentes

Céréales : comment gérer les prochaines interventions ?

12 mars 2020

La douceur et l’excès d’eau marquent ce début de campagne, avec des effets variables sur le développement des céréales selon les sols et les dates de semis. Le point sur l’avance des cultures et le pilotage des prochaines interventions.

La campagne actuelle se place dans les plus douces et humides vécues depuis 1990.

Les quantités de pluie cumulées depuis le début du mois de mars sont particulièrement élevées, avec un état d’excès d’eau, même dans des parcelles habituellement très saines. L’impact de cet ennoiement est négligeable dans de nombreuses situations, où l’eau ne stagne en surface pas plus de 2-3 jours. Les parcelles en situation hydromorphe, notamment si elles ont dépassé le stade épi 1 cm ou semées très tard, pourraient voir leur potentiel impacté. Cet excès d’eau peut expliquer a priori un certain ralentissement de l’avancée des stades qui s’observe ces 10 derniers jours, même en situations de sols plus drainants comme les argilo-calcaires.

Côté températures, la douceur cumulée depuis ces derniers mois (figure 1) impacte toujours fortement le développement des cultures. A date de semis normale (fin octobre), les blés sont en avance au moins de deux semaines. Cependant, cet effet peut être variable dans les parcelles. En effet, l’excès d’eau agit comme un frein sur le métabolisme des plantes à travers l’anoxie qui touche les racines. Les semis ont aussi été très étalés. Si les premiers semis sont souvent beaux, bien tallés et en avance, les semis très tardifs réalisés dans des conditions difficiles peuvent souffrir fortement d’hydromorphie.

Au vu des dates de semis étalés et des conditions hivernales, l’état des cultures ainsi que leur potentiel sont, à l’heure actuelle, très variables.

Figure 1 : Des températures plus douces de 1,5°C par rapport à la moyenne

Tableau 1 : Observations du stade épi 1 cm sur la station du Magneraud pour des blés tendre semés fin octobre et prévisions du stade 2 nœuds

Quels sont les points clefs de l’itinéraire à adapter selon les situations ?

Semis d’octobre : les céréales ont franchi le stade épi 1 cm

Le développement des cultures est satisfaisant. On note même une biomasse assez abondante, en lien avec la douceur et la bonne disponibilité en azote des sols (minéralisation continue et soutenue avec la douceur). Dans ce contexte, il convient de :

• Piloter sa fertilisation
en fonction des apports déjà effectués (Cf Messagerie du 27 février). Les besoins des cultures sont croissants, les prochains apports pourront être effectués dès que les conditions le permettront (sols ressuyés, pluies suffisantes prévues après l’apport).

• Surveiller le risque de verse,
en particulier sur les variétés sensibles présentant une biomasse importante et une montaison précoce. En effet, la montée à épi précoce, sous jours courts et couverts, couplée à une forte biomasse, accentuent ce risque.

• Surveiller le piétin-verse : cette maladie a pu profiter de conditions climatiques favorables pour se propager sur le blé tendre. Le positionnement de 2020 fait penser à 2001, qui est une grande année piétin-verse. Cependant, depuis cette époque, les variétés ont évolué et proposent des résistances efficaces contre cette maladie. Rappelons que la lutte contre le piétin-verse doit d’abord s’envisager via l’agronomie et la génétique avec des variétés résistantes. Pour les variétés dont la note de résistance ne permet pas de s’affranchir d’un traitement (note < 5), une grille permet d’évaluer le risque agronomique à la parcelle. Sur variété sensible, une évaluation est à prévoir à la parcelle, notamment dans les sols les plus à risque (limon battant, limon battant hydromorphe, terre rouge à châtaigniers, limon argileux profond assez battant, limon argileux caillouteux superficiel sur argile à silex).

- A partir du stade épi 1 cm, le modèle TOP permet de calculer un risque climatique pour une situation agronomique à risque fort, basé sur les températures moyennes et la pluviométrie journalières. Le risque climatique piétin-verse 2020 est globalement plus fort que les années précédentes. Il est élevé pour les semis d’octobre (indice TOP souvent > 45) et moyen pour les semis de novembre (indice TOP 30-45).
- En cas de risque avéré à la parcelle et sur variété sensible au piétin verse (note < 5), nous recommandons d’utiliser les matières actives les plus efficaces contre cette maladie (métrafénone, cyprodinil) entre épi 1 cm et 1 nœud. Le prothioconazole a également une activité sur piétin-verse mais nous recommandons de le privilégier pour la lutte contre les maladies foliaires afin de ne pas multiplier son emploi.
Les bases Unix Max 2,5 l/ha (cyprodinil) ou Flexity 0,5 l/ha (métrafénone) associées assurent une efficacité modeste à moyenne sur piétin-verse depuis ces dernières années. Le prochloraze, longtemps utilisé en T1, ne présente plus d’activité sur un piétin-verse qui lui est devenu résistant.

• Maladies foliaires : encore trop tôt pour prévoir le risque. Comme les années précédentes, la septoriose est présente à cette période de l’année sur les feuilles basses. L’évolution de la maladie sera déterminée par les pluies du mois de mars et de début avril pour les semis d’octobre. Vu les précipitations actuelles, elle est en train de passer des feuilles basses aux feuilles intermédiaires. Si le temps devient à nouveau sec à ce moment-là, la pression sera limitée, malgré un fond de cuve important en sortie d’hiver. Aucun traitement fongicide n’est à envisager avant le stade 2 nœuds. Une note dédiée à la protection contre les maladies foliaires sera diffusée ultérieurement en prenant en compte la sensibilité variétale et les dates de semis régionales.

Semis de novembre : les céréales sont entre redressement et épi 1 cm

Le développement des cultures est satisfaisant, le retard de semis a été grandement compensé par la douceur. Quand les conditions de semis étaient correctes, on peut considérer le potentiel de ces cultures dans la normale hors situation hydromorphe. Les blés de type Filon dépasse le stade épi 1 cm, les autres variétés de précocité montaison 4/5 arrivent au stade épi 1 cm ou d’ici quelques jours (prévisions du stade 2 nœuds sur la première semaine d’avril).

• Piloter sa fertilisation en fonction des apports déjà effectués (Cf Messagerie du 27 février).
• Piétin-verse : le modèle climatique TOP indique également un risque modéré à élevé. Surveiller les parcelles à risque.

Les céréales sont actuellement correctement alimentées en azote grâce à la minéralisation constante de l’azote organique des sols : attendre le ressuyage pour toute intervention et apporter l’engrais en priorité sur les variétés précoces n’ayant pas encore reçu d’azote.

Semis les plus tardifs, décembre et au-delà : céréales en cours de tallage

La biomasse mise en place est encore réduite, du fait du retard au semis. Les besoins en azote restent modérés à ce stade, et la minéralisation soutenue de l’azote organique du sol et/ou un petit apport d’azote réalisé tout début tallage suffisent à alimenter les plantes. Il n’y a donc pas d’urgence pour fertiliser ces semis tardifs. Le stade épi 1 cm est programmé vers la mi-mars pour les variétés de type Filon et à partir des 20/25 mars pour les autres.

Certaines parcelles semées tard, en sol hydromorphe, ne sont pas bien implantées et souffrent sévèrement de l’excès d’eau. Dans ces situations, il convient d’attendre le ressuyage et le redémarrage de la culture pour poser un diagnostic quant au maintien ou non de la culture.

Le risque maladie est plus faible sur ces dates de semis.

De manière générale, il conviendra d’adapter ses interventions aux stades clefs des blés (et non aux repères des dates calendaires), ainsi qu’au potentiel, impacté dans de nombreuses situations par le retard.

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