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Calcul dose totale d’azote - Parcelle de blé courant tallage Messagerie Champagne-Ardenne

Céréales : comment adapter la fertilisation azotée aux cumuls de pluie élevés ?

04 mars 2021

Il a beaucoup plu en Champagne-Ardenne depuis le début de l’année. Les reliquats azotés mesurés avant ces épisodes pluvieux doivent parfois être réévalués car une partie de l’azote minéral du sol a pu être lessivé. Dans quelles situations cet ajustement est-il nécessaire ? Quelle méthode suivre ?

Cette année encore, les cumuls de précipitations durant l’hiver frôlent les records de l’an dernier (environ 140 mm entre le 1er janvier et le 20 février 2021 à Fagnières dans la Marne par exemple). Les sols superficiels comme les sols profonds de la région sont saturés en eau depuis le début de l’année.

Figure 1 : Cumuls de pluie (en mm) et de températures (en °C, base 0) du 1er octobre au 20 février pour la station Météo Inrae Fagnières (51)


Figure 2 : Evolution de la réserve hydrique des sols (en mm) – station météo Inrae de Fagnières (51)

Ces fortes précipitations ont potentiellement drainé au-delà de la profondeur d’enracinement des cultures une partie de l’azote minéral du sol estimé lors des mesures de reliquats de sortie d’hiver (RSH), modifiant ainsi la quantité d’azote réellement disponible pour la plante.

Dans quelles situations prendre en compte les pertes d'azote par lixiviation ?

En premier lieu, il faut s’assurer que ces pertes d’azote par lixiviation ne sont pas déjà prises en compte par le logiciel de calcul de la dose prévisionnelle d’azote (en cas de doute, se référer à l’éditeur).

Les outils de calculs dynamiques des doses prévisionnelles d’azote les prennent généralement en compte après l’ouverture du bilan (Azofert® par exemple). Concernant la synthèse régionale des reliquats, la chambre d’Agriculture de la Marne a précisé que les valeurs communiquées de reliquats prenaient également en compte la lixiviation de l’azote : aucun ajustement n’est donc à faire si vous utilisez ces valeurs.

Pour les outils qui ne prendraient pas en compte le lessivage intervenant après la mesure du RSH (Fertiweb Basic® et Technic® par exemple) ou pour les producteurs utilisant leurs valeurs réelles selon la méthode GREN(1) Grand-Est, l’administration locale (DRAAF(2) et DREAL(3)) a décidé que, compte tenu des conditions climatiques de l’année, les valeurs de RSH mesurées pouvaient être ajustées en fonction des pertes d’azote par lixiviation. Cet ajustement n’est possible que pour les producteurs ayant réalisé une mesure de RSH sur leurs parcelles (il est interdit de moduler les valeurs moyennes de RSH issues de la synthèse régionale).

Cet ajustement des reliquats est justifié en cas de forte pluviométrie sur la parcelle depuis le prélèvement du RSH (tableau 1). Les mesures effectuées en janvier sont celles qui ont potentiellement le plus de chances d’être très impactées, suite aux fortes pluies durant la dernière quinzaine de janvier.

Tableau 1 : Cumuls de pluie (en mm) entre différentes dates de reliquats de sortie d’hiver et le 20 février 2021 (réseau météo ARVALIS / Météo-France)

Si le RSH est déjà faible, nous ne recommandons pas d’ajustement systématique de la dose, car :
- Pour des orges brassicoles, de tels changements pourraient être risqués pour la teneur en protéines ;
- Cet ajustement engendre une augmentation des doses préconisées, dont le bénéfice sur le rendement, quand les doses préconisées sont déjà assez élevées, est moindre par rapport aux situations avec une dose conseillée faible. La dépense supplémentaire engendrée serait alors superflue compte tenu du prix des céréales.

Comment calculer les pertes par lessivage pour réactualiser la dose ?

Le calcul autorisé relève de la méthode COMIFER. Elle s’appuie sur des abaques établies par grands types de sol selon la lame d’eau drainante (en mm) et les différents horizons du sol (0-30 cm, 30-60 cm, 60-90 cm), comme le montre le tableau 2.

Tableau 2 : pertes d’azote par lixiviation des reliquats de sortie d’hiver en-dessous de la profondeur d’enracinement, selon le type de sol, la lame d’eau drainante et l’horizon (source : COMIFER)

Sur l’ensemble de la région, on considère que les sols sont à leur capacité au champ (réserve utile pleine) depuis fin décembre-début janvier. Dans ces cas-là, la lame d’eau drainante correspond par approximation aux cumuls de pluie entre la date de réalisation du RSH et celle de fixation de la dose du bilan définitif. Ce dernier est réalisé, pour les blés et orges d’hiver, autour du stade épi 1 cm (25 mars cette année), et pour les orges de printemps a minima au moment du semis.

L’absence de pluie depuis mi-février et la croissance des céréales vont probablement entraîner une sortie de la capacité au champ. Les prochaines pluies de mars ne devraient donc pas jouer sur la lixiviation de l’azote. Il ne paraît donc pas nécessaire de repousser la date de fin des calculs pour les cumuls de pluie.

Un exemple concret !

A partir du cumuls de pluie enregistré sur votre zone depuis la mesure du RSH, il faut multiplier les pourcentages de pertes (tableau 2) par la quantité d’azote minéral (N-NO3 + N-NH4) mesurée pour chaque horizon du sol.

Prenons l’exemple d’un RSH en craie de 92 kg N/ha réalisé le 20 janvier 2021 à Fagnières (51) qui indique 42 kg N/ha pour l’horizon 0-30 cm, 21 kg N/ha pour 30-60 cm et 19 kg N/ha pour 60-90 cm.

La lame d’eau drainante est de 103 mm entre le 20 janvier et le 20 février, arrondie à 100 mm.

Le tableau 2 indique que le pourcentage d’azote qui part sous la profondeur d’enracinement des cultures pour cette lame drainante et ce type de sol est de 2,7 % pour l’horizon 0-30 cm, 18 % pour l’horizon 30-60 cm et 91,6 % pour 60-90 cm.

Les pertes par lixiviation sont donc de 22 kg N/ha (2.7 % x 42 + 18 % x 21 + 91.6 % x 19), à défalquer au RSH. La valeur définitive du RSH à prendre en compte est donc de 70 kg N/ha dans cet exemple.

(1) GREN : Groupe Régional d’Expertise Nnitrates
(2) DRAAF : Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt
(3) DREAL : Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement

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