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Prélèvement de carottes de terre pour analyser les reliquats d’azote en sortie d’hiver et décider du premier apport azoté sur céréales en 2019 dans le Centre Messagerie Centre / Ile-de-France / Auvergne

Céréales : bien ajuster son premier apport d’azote

07 février 2019

Bien qu’il soit le moins efficient, l’apport d’azote au tallage reste indispensable en cas de faibles stocks en sortie d’hiver dans le sol. Selon les premières mesures, les reliquats de cette année semblent atteindre des niveaux élevés, à l’instar de 2017. Si tel est le cas dans vos parcelles, il est possible d’envisager une impasse ou un report du premier apport.

Avec une sécheresse estivale et automnale marquée, les semis de céréales de l’automne 2018 se sont échelonnés sur une large plage de dates, allant des semis les plus précoces dans le sec début octobre jusqu’à des semis plus tardifs de fin octobre à mi-novembre, voire décembre, dans de meilleures conditions. Sur la période automne-début hiver, le déficit de pluie est important pour toute la région et peut atteindre les 180 mm dans la zone la plus touchée, allant du Cher au Cantal (carte).



Ces conditions de sécheresse conduisent aujourd’hui à des stades très hétérogènes selon les dates et les conditions de semis : de 1 feuille (blé dur, orge printemps semées à l’automne) à plus de 3 talles pour les semis de blé tendre les plus précoces. Globalement, les stades sont en retard d’une dizaine de jours par rapport aux normales. Des phénomènes de phytotoxicités ont pu être parfois observés mais restent sans conséquence dans la majorité des situations. Côté ravageurs, les limaces et les taupins ont parfois causés des dégâts significatifs.

Premiers éléments sur la valeur des reliquats

Les premières tendances indiquent des valeurs de reliquats élevées à très élevées, au-dessus des moyennes habituelles, offrant en moyenne des niveaux d’azote dans le sol proches de ceux de 2017. Ces valeurs élevées s’expliquent principalement par deux phénomènes :

- Des températures assez douces souvent favorables à la minéralisation de l’azote du sol.
- L’important déficit de pluie sur l’automne /hiver qui a fortement limité la lixiviation de l’azote par la lame drainante.

Ces fortes valeurs peuvent cependant cacher une variabilité liée principalement au précédent et au type de sol. La réalisation de reliquats dans vos parcelles est donc un outil important pour le pilotage de votre fertilisation et sa valeur pourra vous permettre de prendre une décision sereine quant au choix de faire une impasse ou un report du premier apport.

Impasse ou non ?

Dans ces conditions se pose la question de la réalisation ou non d’un premier apport, sachant qu’à ce stade, le blé a des besoins peu élevés et sa croissance est lente. Pour rappel, l’objectif du premier apport d’azote est de limiter les carences en début de cycle, ce qui limiterait l’émission potentielle des talles. Une part de ces besoins a déjà été absorbée aujourd’hui ou est présente dans le sol : le premier apport est donc juste un complément, si besoin, pour atteindre le stade épi 1 cm sans encombre. Pour rappel, 1 à 2 feuilles équivalent à 5 unités d’azote absorbées par hectare, puis 10 unités pour 3 feuilles puis 5 unités supplémentaires par talles additionnelles.

De plus, la prise en compte de reliquats importants dans le calcul de la dose totale bilan conduit mathématiquement à des doses totales faibles. En gardant l’objectif rendement et qualité, il peut être judicieux dans les situations à forts reliquats de faire l’impasse du premier apport d’azote, ou du moins le reporter afin de le positionner plus proche du stade épi 1 cm, au moment où les besoins sont plus importants et les apports mieux valorisés. A dose totale équivalente, mieux vaut garder de quoi renforcer les apports suivants, en particulier l’apport de fin montaison en cas d’objectif « protéines ». Les outils de pilotages associant diagnostic et pronostic comme Farmstar joueront pleinement leur rôle en vous permettant de vérifier en cours de campagne si les besoins de la plante sont satisfaits et, le cas échéant, vous permettront d’ajuster les doses et de dépasser si besoins les doses faibles initialement préconisées.

Deux situations possibles

Dans l’idéal, la décision de réaliser une impasse ou pas de l’apport tallage se fera sur la base d’un reliquat réel mesuré sur la parcelle. A noter que le raisonnement concernant le soufre est proche de celui de l’azote. Le déficit de pluie a fortement limité le lessivage de cet élément très mobile dans le sol et donc les fournitures pourraient être plus élevées qu’habituellement.

On peut distinguer deux situations :

⇒ Cas des premiers apports réalisés avec des engrais binaires ou ternaires

Dans ce cas, le premier apport est difficile à supprimer. La stratégie peut alors être de le retarder d’au minimum 15 jours afin d’être dans une situation où le besoin en azote sera réel. Il est possible d’envisager un apport minime permettant de limiter la dose d’azote tout en apportant les quantités suffisantes concernant les autres éléments. Un apport limité à 40 U/ha d’azote semble être un bon compromis dans cette situation.

⇒ Cas de premiers apports réalisés avec des engrais uniquement à base d’azote

Dans ce cas, l’impasse est techniquement possible et pourra être envisagée si vous êtes dans l’une des situations suivantes :
- Reliquats dans les deux premiers horizons (0-60 cm) supérieurs à 60 unités.
- Précédent riche en azote (légumineuse) ou fertilisation importante du précédent.
- Apport de matière organique.
- Sols profonds à bonne minéralisation.
- Date de semis précoce avec très bon tallage.

Dans les autres situations : sols (très) superficiels, précédents peu riches en azote (tournesol ou colza à bons rendements), développement faible des cultures, etc… un apport peut se justifier mais devra être limité à 40/50 U N/ha.

Un apport trop conséquent ou non justifié est souvent préjudiciable : augmentation du risque de verse, de maladies, mauvaise valorisation par la plante. Bien qu’une carence puisse limiter le rendement, à l’inverse, l’azote n’accélère ni l’émission des feuilles ni celle des talles ! Il ne compensera en aucun cas un défaut de plantes ou un déficit du nombre de talles liés à de mauvaises conditions de semis.

En ce qui concerne la date d’apport, privilégiez des conditions favorables à la valorisation (au moins 15 mm de pluie annoncés dans les 15 jours). Pour les parcelles ayant une problématique adventices, pensez à désherber avant d’intervenir (si l’état de résistance de vos ray-grass, vulpins le permet bien sûr).

Les doubles densités : le seul outil disponible pour piloter l’apport d’azote au tallage

La décision de réaliser ou non un apport peut s’appuyer sur la méthode des bandes à « double densité » : la non décoloration d’une bande de 20 ou 30 m semée à double densité signifie qu’il n’y a pas de carence et que l’impasse est possible avec un report de la dose correspondante sur le 2e et le 3e apport.

Concernant les pratiques de fertilisation azotée dans leur ensemble, pensez à consulter la réglementation en vigueur sur votre zone.

Zoom sur les niveaux de reliquatsLes premiers reliquats sortie hiver observés en 2019 sont très élevés et s’approchent des niveaux exceptionnels de 2017. La figure 1 montre que la pluviométrie hivernale explique en grande partie la quantité d’azote présent dans le sol en janvier. Derrière paille enfouie en sol profond de Beauce (90 cm), les simulations montrent une valeur moyenne de 2019 qui devrait se situer parmi les années les plus élevées et qui se rapproche des valeurs observées en 2017 (année de référence haute).
En sols plus superficiels les premières données suivent la même tendance mais présentent une très grande variabilité. Nous reviendrons d’ici la fin du mois avec des éléments de synthèse plus consolidés.

Figure 1 : Reliquats en sortie d’hiver en blé tendre avec paille enfouies – sols limons argileux profonds de Beauce

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