Apport d’azote sur céréales en Occitanie Messagerie Occitanie

Céréales à paille : ajuster la fertilisation azotée à sa situation

20 janvier 2022

Le prix de l’azote et les difficultés de livraison peuvent amener à des ajustements des apports d’azote sur céréales pour cette campagne 2021/2022. Quelques préconisations pour optimiser la conduite de la fertilisation dans ses parcelles.

Azote au tallage : les pluies augmentent le risque de lessivage

Les conditions de pluviométrie de début décembre et de la semaine du 10 janvier 2022 positionnent l’année comme davantage pluvieuse que d’habitude. C’est le cas quasiment sur toutes les zones du Sud-Ouest, à l’exception du nord du Gers. Généralement, en dessous de 300 mm de pluie cumulée entre le 1er octobre et le 1er mars, l’azote n’est pas lessivé au-delà de la zone d’exploration des racines (à l’exception de certain sol très superficiel). Au-delà de 300 mm, mais surtout au-delà de 400 mm, le lessivage est significatif.

Carte 1 : Pluie réelle (mm) entre le 1er octobre 2021 et le 1er février 2022 puis pluie médiane (mm) entre le 11 janvier 2022 et le 1er mars 2022
Pluie réelle (mm) entre le 1er octobre 2021 et le 1er février 2022 puis pluie médiane (mm) entre le 11 janvier 2022 et le 1er mars 2022

S’adapter à chaque situation

Les économies d'azote sont à raisonner tôt dans le cycle : celles menées en fin de cycle peuvent être préjudiciables et doivent être accompagnées d’un outil de pilotage pour ne pas dégrader le rendement mis en place et la qualité, notamment sur les blés de force et blé dur.

La gestion de l’azote en début de campagne doit prendre en compte la stratégie de chaque exploitation face à l’évolution des prix de l’azote :
• Si le budget azote est maintenu : suivre les recommandations de la méthode Sud-Ouest sur l’apport tallage (tableaux 2 et 3). Il est également possible de piloter au plus juste en utilisant des zones double-densité ou en faisant des reliquats sortie hiver.
• Si le budget azote est réduit (aide au calcul technico-économique de la fertilisation azotée plus bas), l’impasse la moins risquée se fait au tallage.

o Si la méthode Sud-Ouest indique un apport tallage entre 20 et 35 U : faire l’impasse et privilégier l’apport qualité.
o Ne surtout pas faire d’impasse à DFE (dernière feuille étalée) (enjeu qualité fort sur le blé de force et blé dur).
o Attention néanmoins sur les précédents sorgho et maïs qui ont réalisé de très bons rendements (maïs > 130 q/ha et sorgho > 80 q/ha), faire un apport tallage (autour de 40 u, suivre les recommandations dans les tableaux 2 et 3).

Schéma 1 : Stratégies de fertilisation azotée
Stratégies de fertilisation azotée

Quel apport au stade tallage ?

Les conditions de pluviométrie récentes ont fait basculer l’année sur une année favorable au lessivage hivernal. La pluviométrie entre le 1er octobre et le 1er mars permet d’estimer les quantités d’azote lixiviées avant le stade épi 1 cm et ainsi, d’estimer si l’année est à risque sur des carences précoces. Toutes les stations dépassent les quantités de pluies médianes sur cette période (période jusqu’au 1er mars comptabilisée avec des pluies médianes). Néanmoins, l’Est de la région est plus concerné.

Tableau 1 : Pluviométrie sur différentes stations météo
Pluviométrie sur différentes stations météo

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Tableau 2 : Quantité d’azote conseillée pour l’apport au stade tallage (kg N/ha)

Pour une pluviométrie inférieure à 300 mm du 01/10/2021 au 01/03/2022
Cas des stations de AUCH – MONTANS – LHERM – TOULOUSE – EN CRAMBADE

Les simulations sur différents cas-types montrent des conseils autour de 20 kg N/ha dans la plupart des situations, des impasses sur les précédents qui ont réalisé des potentiels moyens à faibles, des conseils entre 30 et 40 kg N/ha sur les précédents à très forts potentiels (maïs et sorgho).

Quantité d’azote conseillée pour l’apport au stade tallage (kg N/ha)

Calcul réalisé pour un système céréalier pur sans cultures intermédiaires et matière organique (Valeur A = 145)

Tableau 3 : Quantité d’azote conseillée pour l’apport au stade tallage (kg N/ha)

Pour une pluviométrie inférieure à 400 mm du 01/10/2021 au 01/03/2022
Cas des stations de CASTELNAUDARY – CARCASSONNE

Les simulations sur différents cas-types montrent des conseils autour de 25 à 30 kg N/ha dans la plupart des situations et des conseils entre 30 et 40 kg N/ha sur les précédents à très forts potentiels (maïs et sorgho).
Quantité d’azote conseillée pour l’apport au stade tallage (kg N/ha)

Calcul réalisé pour un système céréalier pur sans cultures intermédiaires et matière organique (Valeur A = 145)

Si le budget azote habituel est maintenu

Suivre recommandations habituelles : calcul de la dose totale et préconisation azote au tallage. Réserver entre 40 et 70 kg N/ha pour l’apport au stade dernière feuille étalée. Recourir éventuellement à un outil de pilotage pour ajuster la dose en fin de campagne.

Le budget azote est réduit

Dans un premier temps, le calcul de la dose technico-économique permet de connaitre l’enjeu de l’adaptation économique nécessaire dans ce contexte de prix important.

Pour calculer cet ajustement de dose par rapport à la dose optimale sur votre céréale à paille, il convient de connaître le coût de l’azote et d’estimer le prix de vente de cette céréale. On calcule alors le ratio suivant pour savoir si un ajustement est nécessaire :

Ratio Prix du blé (€/t) / Prix azote (€/100 kg N)

L’ajustement de la dose est nécessaire si :
Blé tendre : ratio < 1
Blé de force : ratio < 1,1
Blé dur : ratio < 1,3

En fonction des hypothèses, il est possible de trouver le chiffre moyen d’ajustement de la dose et d’évaluer l’impact que cela pourrait avoir en moyenne sur le rendement et la teneur en protéines (tableaux 4 à 12).

De manière générale, les ajustements sont de l’ordre de :
- 0 kg N/ha quand le prix auquel l’azote a été acheté était en légère augmentation.
- - 30 à - 50 kg N/ha quand ce prix était élevé.

Utilisez les tableaux 4 à 6 pour le calcul dans chaque situation.

Quelques précautions néanmoins : les doses d’ajustements sont des doses moyennes par rapport à une dose optimale, il est possible, selon les conditions de l’année, que cette dose soit sous ou surévaluée. Ces valeurs sont des aides à la décision dans un contexte de prix élevé.

Sur blé dur, par exemple, par rapport à un prix moyen de 220 €/t de blé dur et de 0,95 €/unité N, si le prix augmente à 2 €/unité N et qu’on estime la prévision de vente du blé à 280 €/t, l’ajustement à prévoir est de -21 kg N/ha. Cela aurait pour conséquence moyenne de diminuer le potentiel de 1,2 q/ha, et la teneur en protéines, de 0,3 point.

Tableau 4 : Ecart de dose optimale en fonction du prix du blé et de l’azote
Ecart de dose optimale en fonction du prix du blé et de l’azote

Tableau 5 : Ecart du rendement en fonction du prix du blé et de l’azote
Ecart du rendement en fonction du prix du blé et de l’azote

Tableau 6 : Ecart de la teneur en protéines en fonction du prix du blé et de l’azote
Ecart de la teneur en protéines en fonction du prix du blé et de l’azote

Sur blé de force, par exemple, par rapport à un prix moyen de 185 €/t de blé dur et de 0,95 €/unité N, si le prix augmente à 2 €/unité N et qu’on estime la prévision de vente du blé à 215 €/t, l’ajustement à prévoir est de -30 kg N/ha. Cela aurait pour conséquence moyenne de diminuer le potentiel de 2,2 q/ha et la teneur en protéines de 0,5 point.

Tableau 7 : Ecart de dose optimale en fonction du prix du blé et de l’azote
Ecart de dose optimale en fonction du prix du blé et de l’azote

Tableau 8 : Ecart du rendement en fonction du prix du blé et de l’azote
Ecart du rendement en fonction du prix du blé et de l’azote

Tableau 9 : Ecart de la teneur en protéines en fonction du prix du blé et de l’azote
Ecart de la teneur en protéines en fonction du prix du blé et de l’azote

Sur blé tendre, par exemple, par rapport à un prix moyen de 155 €/t de blé dur et de 0,95 €/unité N, si le prix augmente à 2 €/unité N et qu’on estime la prévision de vente du blé à 185 €/t, l’ajustement à prévoir est de -34 kg N/ha. Cela aurait pour conséquence moyenne de diminuer le potentiel de 2,9 q/ha et la teneur en protéines de 0,5 point.

Tableau 10 : Ecart de dose optimale en fonction du prix du blé et de l’azote
Ecart de dose optimale en fonction du prix du blé et de l’azote

Tableau 11 : Ecart du rendement en fonction du prix du blé et de l’azote
Ecart du rendement en fonction du prix du blé et de l’azote

Tableau 12 : Ecart de la teneur en protéines en fonction du prix du blé et de l’azote
Ecart de la teneur en protéines en fonction du prix du blé et de l’azote

Dans un deuxième temps, répartir l’ajustement sur les périodes d’apport :
- Si les besoins au tallage sont entre 20 et 35 kg N/ha, réaliser une impasse et anticiper l’apport épi 1 cm. Le blé a des capacités de compensation efficaces quand il souffre légèrement en début de cycle. Il est ainsi possible d’économiser 20 à 35 kg N/ha. Par contre, si les conseils au tallage sont au-delà de 35 kg N/ha, il vaut mieux les couvrir, en diminuant la dose : mettre 30 à 40 kg N/ha sera suffisant.
- Si l’objectif est d’ajuster au-delà de ce qui est possible au stade tallage, diminuer la dose des apports autour du stade épi 1 cm. Dans ce scénario, « viser » des fenêtres climatiques très favorables à la valorisation (avec des pluies). Il est ainsi possible économiser 30 à 40 kg N/ha supplémentaires avec un impact sur le potentiel qui restera modeste mais sera visible.

Si l’objectif est d’ajuster de façon plus forte face à une indisponibilité d’azote pour la culture.

Dans cette situation, avec des ajustements au-delà de 50 kg N/ha, ajuster le potentiel à la baisse et raisonner les apports avec un potentiel réduit :
- Pas d’apport au stade tallage.
- Positionner un premier apport tardivement pour ne pas favoriser le nombre d’épis et donc le potentiel : premier apport après le stade épi 1 cm voire le stade 1 nœud (en fonction du potentiel visé).
- Positionner les apports dans des périodes favorables pour maximiser les valorisations (plus que le stade, ce sont les pluies qui comptent dans ces situations).
- Garder un apport au stade Dernière Feuille Etalée pour accompagner le rendement en fin de cycle et assurer la qualité.

Réagissez !

Merci de vous identifier pour commenter cet article

aucun commentaire pour l'instant

  • ARVALIS - Institut du végétal
    • 3, rue Joseph et Marie Hackin
      75016 PARIS
      Tél : + 33 (0)1 44 31 10 00
      Fax : + 33 (0)1 44 31 10 10