epis de bles infestés de colonies de pucerons des epis. Lutte biologique

Ce qu'il faut savoir sur la régulation naturelle des pucerons

02 juin 2022

De nombreux invertébrés participent au contrôle biologique des pucerons. Une faune auxiliaire diversifiée garantit une complémentarité des modes de régulation ce qui induit une meilleure efficacité. Plusieurs moyens existent pour estimer et favoriser l’action des ennemis naturels des pucerons.

Les pucerons ont de nombreux auxiliaires à leurs trousses !

Les ennemis naturels des pucerons en grandes cultures sont nombreux : syrphes, coccinelles, hyménoptères parasitoïdes, carabes, sphécides, araignées… Le niveau optimal de régulation est atteint lorsque ce cortège d’organismes est présent, puisque leurs actions sont complémentaires.

Cependant, certains auxiliaires sont connus pour être plus efficaces que d’autres : c’est le cas des auxiliaires volants. Les hyménoptères parasitoïdes sont parmi les plus efficaces contre les pucerons. Ils pondent dans ceux-ci, les larves se développent à l’intérieur à leur détriment, puis elles émergent pour aller pondre dans d’autres pucerons. Les syrphes (photo) et les coccinelles sont également des insectes plutôt efficaces pour réguler ce ravageur.


Par leur régime aphidiphage (uniquement composé de pucerons), les larves de nombreuses espèces de syrphes (à droite) constituent des auxiliaires de cutures intéressants, tandis que les adultes (à gauche) se nourrissent de pollen (© V. Tosser pour la photo de gauche et © Magaly Lahély – CASDAR Entomophages, pour celle de droite).

Parmi les autres auxiliaires, les entomophtorales, des champignons parasites, ont un potentiel de régulation très important, mais sont malheureusement encore peu connus.

Choisir la méthode d’observation adéquate pour évaluer la taille des populations d’insectes

Observer les pucerons et leurs ennemis naturels en parcelles permet d’avoir des informations sur les populations présentes et leurs relations. Pour cela, de nombreuses méthodes d’observation sont disponibles et il est parfois difficile de s’y retrouver.

Le projet ARENA (CASDAR, 2017-2020) a montré que pour les pucerons, les observations visuelles sont la méthode la plus appropriée. Pour cela, il faut compter les pucerons vus sur un nombre de plants donné. Il est possible de chercher à différencier les espèces présentes, les stades, etc. Cette méthode est aussi adaptée pour les coccinelles (photo).


Comme pour les pucerons, l’observation visuelle sans piégeage est la plus adaptée aux coccinelles. Adulte (à gauche) et larve (à droite) (© V. Tosser).

Pour s’intéresser aux syrphes, les cuvettes jaunes (photo) sont de bons outils. Ces pièges attractifs permettent d’avoir une bonne idée des populations présentes dans l’environnement.

Pour en savoir plus, retrouvez en vidéo des conseils pour installer une cuvette jaune  :


La couleur jaune de la cuvette attire des insectes comme les syrphes (© V. Tosser).

Enfin, pour comptabiliser les hyménoptères parasitoïdes, l’utilisation d’un aspirateur se révèle être une bonne méthode d’étude. Mais ces insectes sont difficiles à identifier. Cette information est cependant nécessaire puisque tous les hyménoptères ne parasitent pas les pucerons. Le comptage de momies de pucerons (pucerons parasités) est une bonne manière de constater et évaluer leur présence.

Un calcul simple pour estimer la régulation des parasitoïdes : le taux de parasitisme

L’observation des momies de pucerons (photo) permet le calcul d’un indicateur de potentiel de régulation : le taux de parasitisme. Pour cela, il faut diviser le nombre d’insectes parasités par la somme du nombre d’insectes sains et parasités. Ce taux de parasitisme peut atteindre 99 % lorsque la population du ravageur est bien développée, révélant ainsi une forte activité des parasitoïdes.


Le parasitoïde peut être toujours à l’intérieur de la momie de puceron ou avoir déjà émergé (© V. Tosser).

Comment favoriser la régulation biologique des pucerons ?

Pour favoriser la régulation biologique des pucerons, il est envisageable d’agir à plusieurs échelles. De nombreux facteurs peuvent intervenir. Le projet ARENA a permis de lister ceux qui ont le plus d’effet :
• Au niveau de la parcelle, les auxiliaires volants sont particulièrement sensibles aux traitements insecticides. Il est possible de réfléchir sur la manière de réduire la fréquence des traitements ou de vérifier que les produits choisis sont sélectifs et respectent la faune auxiliaire.
• En bords de champs, la longueur du linéaire de haies et d’éléments enherbés sont des facteurs favorables à la régulation biologique des pucerons.
• A l’échelle du paysage, la dimension des parcelles est un facteur avec un fort effet : diminuer leur taille sera bénéfique à la régulation naturelle des pucerons. Par ailleurs, la présence de prairies et de bois dans l’environnement est favorable au contrôle biologique.

La recherche se poursuitS’il est admis que les auxiliaires sont particulièrement efficaces contre les pucerons des épis (photo) et permettent de limiter la majorité du temps les pullulations, la problématique est totalement différente pour les pucerons d’automne, vecteurs de virus dommageables pour les plantes. Les travaux de recherche s’orientent de plus en plus sur l’étude des populations d’auxiliaires et de ravageurs présentes à cette période et de l’équilibre entre les deux.

Les prochains travaux devront également s’attacher à préciser le rapport coût/bénéfice de mesures favorables aux ennemis naturels, et à la biodiversité en général.


Les pucerons des épis sont régulés efficacement par les auxiliaires des cultures (© V. Tosser).

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4 commentaires 06 juin 2022 par VI

Et sinon qu'en est il du transport des maladies, champignons ou autres virus, d'une plante à l'autre par ces pucerons, car ils ne s'essuient pas les pieds ou la bouche en changeant de feuille?

03 juin 2022 par WAUTERS

https://www.biobestgroup.com/fr/liste-des-effets-secundaires Wauters

03 juin 2022 par ROEDERER

Deux infos en plus: 1°) les auxiliaires (prédateurs, donc) ont forcément une population qui est décalée dans le temps par rapport aux "prédatés": toute population animale est régulée par la présence et l'abondance de la "bouffe" (ça marche aussi pour nous...) 2°) je ne connais pas de produit insecticide sélectif pour éliminer seulement les pucerons et laisser les auxiliaires... D'abord parce que les matières actives ne font pas le distinguo, et ensuite en raison de ce que je disait au premier paragraphe. Si on disposait d'une matière active sélective, la population de pucerons disparaîtrait... et la nourriture de auxiliaires aussi, donc pas de population de syrphes et autres petits copains habituels. Et, un peu plus tard, on aurait une explosion des pucerons non régulée par absence de prédateurs ! C'est ce qui se passait quand on traitait les pucerons en plein "cagnard", autrefois (années 80); on dézinguait tous les insectes avec un produit volatil qui n'avait pas d'action "rémanente" et les pucerons revenaient plus vite dans le "créneau" puisqu'il n'y avait plus de gendarmes. Et un traitement inutile! Que certains s'empressaient de répéter... Stupide! Le mieux est donc de constater la présence de pucerons en nombre raisonnable (on parlera de seuil) accompagnés par un développement parallèle d'auxiliaires, en sachant que les coccinelles sont spécialisées sur une espèce de puceron et sont donc moins efficaces que les syrphes et les chrysopes dont les larves mangent tous les pucerons qu'elles trouvent (10x plus efficaces que les larves de cox). Il faut donc aller en parcelle observer et avoir un bidon sous le coude au cas où et savoir ne pas s'en servir... Ca s'appelle de l'agriculture raisonnée et c'était enseigné dans le lycées agricoles (en tout cas, celui où j'étais) dans les années 70-80. Quarante ans de pratiques en plus, et ça marche. Cordialement. JMRoederer

03 juin 2022 par PERDRIEUX

Merci pour cet article ; comment vérifier que les produits choisis sont sélectifs et respectent la faune auxiliaire ? Où peut-on trouver cette info ?

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