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Blé après le coup de chaud de juin 2019 en Poitou-Charentes Messagerie Poitou-Charentes

Canicule : les céréales peuvent-elles en pâtir ?

04 juillet 2019

Du 24 au 29 juin, les céréales ont été exposées à de fortes températures – jusqu’à 40°C localement. Quels sont les impacts possibles de cette canicule sur les céréales à paille et le maïs ?

Le climat et ses conséquences sur la physiologie des plantes

Le maximum de température de la semaine dernière a atteint entre 35 et 39°C selon les secteurs de la région (carte 1). Ces conditions climatiques (températures maximales supérieures à 35°C, ETP > 5 mm/j) sont inhabituelles pour la saison ; elles affectent en effet plus souvent le maïs en juillet que les céréales à paille en juin. Les situations les plus à risques sont les parcelles les plus tardives (blés tardifs et triticales notamment) avec des sols dont les réserves en eau sont épuisées.

Carte 1 : Température maximale entre le 20/06/2019 et le 28/06/2019

Sur les céréales à paille, les fortes températures impactent la constitution du poids de mille grains (PMG) de plusieurs façons :
- Les températures supérieures à 30 voire 35°C engendrent des perturbations dans la multiplication des cellules (cas d’un stress précoce, avant grain laiteux) ou ralentissent brutalement le remplissage des grains (cas d’un stress thermique plus tardif, vers grain laiteux-pateux).
- Lorsque la température dépasse 35°C et que les réserves en eau deviennent faibles, les plantes peuvent ne plus être capables d’absorber assez d’eau et de contrôler leur transpiration, amenant à un échauffement brutal des tissus exposés au soleil et éventuellement à une forme d’embolie dans les vaisseaux du xylème. Ceci peut aboutir à un arrêt immédiat et définitif du fonctionnement de la plante.

Quel impact sur le remplissage des céréales à paille ?

Cette période de forte chaleur est survenue alors que la grande majorité des céréales de la région avaient atteint ou arrivaient à maturité physiologique (date de début de dessiccation des grains). L’impact sur le remplissage des grains est donc faible à nul, même en semis tardif (tableau 1). Les températures jouent néanmoins un rôle sur la rapidité de dessiccation des grains : les dates optimales de récolte prévues sont légèrement plus précoces par rapport à la médiane sur ces 20 dernières années, malgré la fraîcheur du mois de mai et de début juin. Elles varient de 0 à 6 jours d’avance suivant les secteurs. Attention ces dates indicatives peuvent être encore avancées en situation très séchante.

Tableau 1 : Date de maturité et date optimale de récolte prévues pour Anvergur selon le secteur et la date de semis

Les orges des printemps semées en janvier ont atteint la maturité physiologique entre le 20 et le 26 juin suivant la date de semis. Le remplissage ne devrait donc pas être impacté.

Un risque de levée de dormance à prendre en compte pour la récolte des céréales à paille

Un fort stress hydrique en fin de cycle peut conduire à une levée de dormance des grains de céréales à paille. En cas de pluie conséquente avant la récolte, les risques de germination sur pied seront réels. Une période de pluie après maturité peut aussi favoriser le mitadinage, dégrader le poids spécifique, donner un aspect « lavé » aux grains. La récolte du blé dur doit se faire dès que l’optimum d’humidité du grain est atteint pour ne pas dégrader la qualité. Néanmoins pour le moment, aucune pluie n’est annoncée d’ici le début de semaine prochaine. Si ces prévisions se maintiennent, il n’y aura a priori aucune conséquence sur la qualité technologique de la récolte.

Prévoir la date de récolte, c’est possible grâce aux testeurs d’humidité du grain. Un contrôle de l’humidité au démarrage du chantier de récolte sera le bon réflexe pour poursuivre ou arrêter le travail.

En production de blé dur, l’optimum d’humidité du grain se situe entre 16 et 13 % pour une bonne maîtrise du taux de casse. A partir de 16 % de teneur en eau dans le grain, la récolte est possible à condition, soit de livrer directement à l’organisme stockeur, soit d’avoir une installation de ventilation performante. Lorsque le grain est humide, si la ventilation n’est pas bien conduite, il y a un risque de dégradation des grains par échauffement naturel, notamment dans la partie supérieure des cellules, avec développement de moisissures et d’insectes, perte de matière sèche et de qualité. En trois paliers de refroidissement bien menés, l’humidité sera ramenée à 15 %. En dessous de 15 % la ventilation est toujours recommandée pour refroidir le grain mais elle est moins urgente, le risque d’échauffement étant alors écarté.

Tableau 2 : Stade optimal de récolte du blé dur

Et sur les maïs ?

Les semis les plus précoces de la région ont pu être exposés à un stress thermique lors de la phase de floraison. Un pic thermique sur cette étape clé peut affecter le nombre de grains. L’application de températures élevées (36 à 40°C) sur la panicule ou sur les épis, sur la plante ou in vitro, a permis de montrer que différentes structures pouvaient être pénalisées :
- les ovules, qui peuvent perdre leur capacité à être fécondés,
- les grains de pollen, dont la viabilité peut être altérée.

L’irrigation permet d’atténuer ces effets en abaissant la température du couvert et en assurant un niveau de satisfaction en eau optimal pour la plante. La majorité des maïs de la région étant à des stades plus précoces, les fortes températures devraient avoir peu de conséquences si ce n’est un rythme de sortie des feuilles accéléré.

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1 commentaires 05 juillet 2019 par MARTIN

Et sur les cultures d'origine a priori plus continentales comme le tournesol ? dont les variétés cultivées en France étaient d'origine russe Ienisseï, ... (avec des semences bourrées de sclérotes) !

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