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Epis fusariés et Microdochium spp. sur feuilles de blé tendre en mai 2020 en Occitanie Messagerie Ouest Occitanie

Blés : adapter les traitements anti-fusarioses à la situation de la parcelle

20 mai 2020

Depuis fin avril, la pluviométrie importante favorise le développement des maladies, sur feuilles et sur épi. Face au risque fusarioses qui s’intensifie, il est nécessaire d’adapter ses interventions en fonction de la date de semis et de ce qui a déjà été réalisé en tenant compte du stade floraison.

La pluviométrie importante depuis plusieurs semaines favorise le développement des maladies, sur feuilles et sur épi. La rouille brune commence à exploser dans les témoins non traités et la septoriose se développe. Côté épi, les fusarioses commencent à se voir sur variétés sensibles non traitées (photo 1)


Photo 1 : symptômes de fusarioses observé sur blé tendre à Preignan dans le Gers – le 13 mai 2020

Sur les épis, le risque augmente fortement mais avec un niveau différent selon les situations. Pour rappel, les champignons visés par une protection sont Fusarium graminearum, responsable des mycotoxines réglementées DON, et Microdochium spp., qui regroupe un ensemble de champignons affectant le rendement et la qualité des blés durs.

Fusarium graminearum, pour se développer, a besoin d’humidité une vingtaine de jours avant la floraison pour la maturation de l’inoculum (des périthèces vont donner des ascospores), mais également de vent et de pluie autour de la floraison pour atteindre les organes de développement et de croissance du champignon. Si l’une de ces deux phases n’est pas présente, le risque diminue.

Figure 1 : Conditions de développement des fusarioses : Fusarium graminearum et Microdochium spp.

Microdochium spp., quant à lui, semble ne pas avoir de limitation dans l’inoculum et vient contaminer la céréale sur une large plage de stades, allant de gonflement à grain laiteux au profit de pluie fréquente, et se développe bien sous condition humide régulière.

Aujourd’hui :
• Toutes les céréales, quelles que soient leurs dates de semis, sont concernées par un risque grandissant de Microdochium spp.
• Pour Fusarium graminearum, les semis de fin octobre sont les moins concernés car le temps sec à montaison a perturbé les premières contaminations et la floraison a été humide mais sans extrême. En revanche, les semis de décembre et janvier sont dans la configuration inverse : l’inoculum est relativement bien synchronisé avec la floraison qui se déroule sous une pluie importante. Dans ces situations, le risque est important.
• La rouille brune se développe et explose dans les zones où on pouvait l’observer ces dernières semaines.

De fait, un traitement va s’imposer largement pour protéger en priorité l’épi de Microdochium spp. tout en conservant une action complémentaire sur feuilles.

Notons des cas particuliers et autres symptômes : dans les situations avec des blés noyés, versés ou victimes de grêle, il est également fort probable, si l'humidité persiste, de voir s'installer un développement de fumagines sur épis. Cette flore saprophyte (Alternaria, Cladosporium, Aspergillus, Epicoccum…) donne des épis avec du mycélium noir et impacte le poids spécifique.

Zoom sur les essais fongicides de Peyrens (11) réalisés en 2018

En 2018, le temps sec a été modéré en fin montaison mais ensuite les pluies à la floraison, et pratiquement jusqu’à la récolte, ont favorisé le développement de Fusarium graminearum et de Microdochium spp. Dans ce contexte, ce ne sont pas les mycotoxines DON qui ont été le problème majeur mais les pertes de rendement liées à Microdochium spp. Dans ces essais, la nuisibilité de fin de cycle est de 13 q/ha. Bien que l’absence de traitement à floraison impacte le rendement, la teneur en DON reste inférieure à la norme, malgré les symptômes sur épi. C’est surtout Microdochium spp. qui est retrouvé dans l’analyse de flore. Le traitement Prosaro à 0,8 l/ha lève en grande partie la nuisibilité et diminue les DON. La double application (début floraison et fin floraison) est encore plus performante avec un contrôle quasi-total des DON et une large diminution du Microdochium spp.

Comment savoir si les symptômes sont liés à F. graminearum ou à Microdochium spp. ?

La distinction sur la base des symptômes uniquement est difficile, voire impossible. Les analyses moléculaires montrent qu’il n’y a pas de règle simple. Ce n’est pas parce qu’un épillet est rose qu’il s’agit de F. graminearum, autrefois rattaché au groupe des Fusarium roseum. A l’inverse, une décoloration de la glumelle accompagnée d’un cerne brun ne désigne pas spécifiquement Microdochium spp. Ce dernier cohabite généralement avec F. graminearum et toutes les analyses sur grains pratiquées à la récolte montrent que des grains fusariés hébergent presque systématiquement les deux types d’espèces, parfois sur le même grain. L’identification visuelle reste donc délicate.

Efficacité des fongicides et stades d’application

Même à forte dose, les efficacités des fongicides sur les fusarioses ne sont pas importantes. En effet, l’épi est une cible difficilement atteignable par la pulvérisation et la couverture n’est pas optimale, quel que soit le type de buse utilisé. Dans les meilleures conditions - stade d’intervention, volume de bouillie non réduit et absence de vent -, l’efficacité maximale d’un traitement est de 60 %. La meilleure couverture est obtenue quand le volume de pulvérisation est supérieur à 150 l/ha.

Le positionnement du fongicide est important mais mieux vaut tard que jamais en pression forte. Les essais passés ont montré que l’efficacité sur grains fusariés était dépendante du stade d’application :
- Application à mi-épiaison : autour de 35 %.
- Application à début floraison : autour de 60 %.
- Application à floraison + 7 jours : autour de 50 %.

La double application encadrant la floraison a un intérêt uniquement les années à très forte pression. Elle préserve le rendement, mais elle est surtout efficace pour limiter les mycotoxines sur les grains. Elle n’est efficace que si les deux passages se font à 80 % de la dose efficace sur les fusarioses (le fractionnement à demi-dose ne montre pas d’intérêt).

Le lessivage des produits peut s’observer en conditions extrêmes. Même si la plupart des produits fongicides sont systémiques, un certain lessivage existe avec des pluies violentes qui dépassent les 50 mm. Cela revient donc à réduire l'efficacité du produit appliqué avant les pluies ainsi que sa persistance d'action.

Quels sont les critères à prendre en compte ?

Avant d’effectuer un traitement, plusieurs critères sont à prendre en compte d’un point de vue technique, réglementaire et économique.

Il conviendra de regarder :
‐ La sensibilité variétale à la fusariose, à la septoriose et à la rouille brune. Pour rappel, il n’y a pas de variété complètement indemne de septoriose ; ainsi, même une variété dite assez résistante à la septoriose (note supérieure ou égale à 6,5) peut exprimer des symptômes, alors qu’il existe bien des variétés indemnes de rouille brune (notes 8 et 9). Pour les fusarioses, il existe une échelle de sensibilité des variétés de blés vis‐à‐vis de Fusarium graminearum mais pas de Microdochium spp. A défaut d’information, on peut considérer que toutes les variétés sont sensibles à Microdochium spp.

- Le programme fongicide déjà réalisé sur la parcelle.

- Le stade possible de ré-intervention dans la parcelle. Il doit être compatible entre la portance du sol et le délai avant récolte (DAR) du traitement envisagé. Le DAR est le délai minimal en jours entre le dernier traitement et la récolte. Ainsi, pour une récolte prévue au 25 juin, un DAR de 42 jours place la dernière intervention au 15 mai. Il faut donc choisir un produit avec un DAR adapté aux prévisions de récolte et intervenir au plus tôt.

- Le stade phénologique de la culture. Passé le stade grain laiteux (qui correspond à un cumul de 450° jours après l’épiaison, soit environ 25 jours après la floraison), il ne sert à rien de protéger les feuilles car elles n’interviennent plus dans le remplissage du grain.

- Le potentiel de la parcelle.

- Le prix du quintal du blé. L'intérêt économique d'un traitement tardif est souvent discutable, le gain est le plus souvent réduit. Pour tenir compte du cours actuel du blé, il faut adapter les doses fongicides du dernier passage pour ne pas dépasser une vingtaine d'euros.

Ce que l’on peut retenir

Sur le terrain, en fonction des secteurs et des dates de semis, plusieurs situations peuvent être distinguées.

Cas 1 : ceux qui ont déjà traité la fusariose pendant la floraison

- Semis précoce (fin octobre) : la protection est a priori suffisante dans la plupart des situations mais si le climat reste humide encore une semaine, un complément sera utile.
- Semis de décembre et janvier : un relais de protection sur épis nous paraît utile cette année, en particulier sur les zones ayant reçu plus de 100 mm de pluie.

Choisir un produit ayant un DAR adapté (35 jours maximum) et ne pas dépasser le stade grain laiteux (450°C après le stade épiaison), soit environ 25 jours après la floraison. Il faut un produit qui puisse être un relais sur feuilles tout en essayant de contrôler la microdochiose et ceci, pour un coût raisonnable (une vingtaine d'euros). Les matières actives les plus appropriées sont le prothioconazole et le prochloraze.

Consultez les principales spécialités commerciales utilisées sur blé contre les fusarioses des épis.

Cas 2 : ceux qui n'ont pas encore pu traiter la fusariose pendant la floraison

Il faut intervenir dès que possible avec une solution efficace sur F. graminearum et sur Microdochium spp. Compte tenu de l'année, il faut rester très près de la dose d'homologation. Les associations à base de prothioconazole sont à privilégier.

Cas 3 : ceux qui avaient prévu deux traitements (T1 à 2 nœuds puis T2 à dernière feuille étalée) et pas de T3

- Blé dur : intervenir dès que possible.
- Blé tendre : un traitement inhabituel en T3 semble se justifier cette année. C'est davantage le complexe feuilles/épis qui est visé. Un triazole associé au prochloraze ou un produit à base de prothioconazole est préconisé.

Cas 4 : ceux qui ne sont pas encore au stade floraison

Il est préférable d'attendre le début de la floraison et d'intervenir dès ce stade. Compte tenu de l'année, il faut rester très près de la dose d'homologation. Les associations à base de prothioconazole sont à privilégier.

Le prochloraze et le prothioconazole sont particulièrement efficaces sur Microdochium spp.

Efficacité des différentes molécules pour les traitements tardifs

Pour rappel, le prochloraze est le partenaire le plus intéressant sur Microdochium spp, après le prothioconazole. Le coût des associations tébuconazole + prochloraze en fait des solutions tout à fait acceptables pour les traitements les plus tardifs. A considérer avec le stade de traitement conciliable avec le DAR.
L’adjonction d’une strobilurine au dernier traitement pour compléter l'action du triazole et/ou du prochloraze est envisageable (même si des souches résistantes sont largement présentes sur le territoire). Les strobilurines peuvent également avoir une action sur la flore saprophyte de fin de cycle.
Le thiophanate-méthyl présente également une bonne activité sur Microdochium spp. en l’absence de souches résistantes. Par sécurité, il est préférable de l'associer à un produit également actif sur Microdochium spp.
Le chlorothalonil montre également un intérêt sur la flore saprophyte de fin de cycle. Toutefois, son utilisation reste délicate compte tenu de ses limites réglementaires d’utilisation : délai avant récolte, stades limitess d'application et date limite d’utilisation avant interdiction au 20 mai.

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1 commentaires 22 mai 2020 par MESSINE

Bonjour merci pour l'article mais comme d'habitude avec 15 jours de retard. Comme à chaque publication d'ailleur... Un peu plus de réactivité serait la bienvenue. Résultat encore une fois est dans la constatation et non dans la prévision. Il y a encore beaucoup de chemin....

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