Pustules de rouille jaune sur feuilles de blé tendre tenues entre deux doigts, fin avril 2022, dans le Limousin Messagerie Centre / Ile-de-France / Auvergne / Limousin

Blés : adapter les stratégies fongicides en fonction du stade et du risque maladies

03 mai 2022

Les observations réalisées dans le cadre du Bulletin de Santé du Végétal (BSV) montrent que la pression des maladies foliaires reste modérée pour le moment, avec toutefois quelques situations à surveiller. Les premières parcelles atteignant le stade dernière feuille étalée (DFE), il est nécessaire d’ajuster les programmes fongicides.

La rouille jaune est toujours signalée ponctuellement sur quelques parcelles, sur des variétés sensibles (Tenor, Agenor et Prestance…), sous forme de petits foyers.

Pour les variétés très cultivées, et avec une note de résistance de 7, il n’est pas étonnant de voir quelques symptômes en plaine. Cela ne signifie pas nécessairement qu’il y a un contournement. En cas de doute, ne pas hésiter à le signaler dans les réseaux BSV et à ARVALIS.

Le potentiel infectieux est présent, la surveillance vis-à-vis de la rouille jaune reste de rigueur, notamment avec des variétés sensibles.

Figure 1 : Seuils d’intervention pour la rouille jaune
Seuils d’intervention pour la rouille jaune

La septoriose est présente sur les étages inférieurs. Le risque prévu par les modèles (Outil d’Aide à la Décision (OAD)) est en hausse après les pluies contaminantes de début avril. Les remontées parcellaires sont pour le moment modérées. Ceci peut s’expliquer par le fait que la majorité des surfaces est semée avec des variétés peu sensibles à la maladie et que l’absence actuel de pluie lui est défavorable.

Notons le cas spécifique pour la variété Chevignon : certains techniciens s’inquiètent des symptômes de septoriose très présents sur les feuilles inférieures dans plusieurs parcelles. Chevignon étant très présente en culture, il est probable que sa résistance à la maladie s’érode. Néanmoins, la résistance variétale à la septoriose s’évalue surtout sur F1 et F2 définitives (éventuellement F3). La mise à jour des notes ne peut se faire en cours de campagne et nécessite des notations réalisées sur des essais de comparaison des variétés. La vigilance est de mise !

Figure 2 : Seuils d’intervention pour la septoriose
Seuils d’intervention pour la septoriose

La rouille brune est à surveiller, en particulier sur les variétés sensibles. Les conditions météo de cet hiver et de ce début de printemps sont plus favorables qu’habituellement. Pour le moment, la rouille brune n’a pas été observée dans les parcelles suivies dans le cadre du BSV. La vigilance est de mise avec la remontée des températures. A partir du stade 2 nœuds, le seuil indicatif de risque est atteint dès l’apparition des premières pustules sur l’une des trois feuilles supérieures.

L’observation des cultures et le recours aux seuils d’intervention peuvent donc permettre d’ajuster le programme fongicide.

Pour en savoir plus, consultez le Baromètre maladies.

L’objectif : protéger les trois dernières feuilles définitives

Pour les blés au stade 2 nœuds

L’impasse à 2 nœuds devient la règle pour les variétés résistantes à peu sensibles à la septoriose (note ≥ 6,5) et en l’absence de rouille jaune. Pour les autres, c’est le pilotage par un OAD qui orientera vers une intervention ou non courant montaison selon la date d’apparition de la septoriose.

Tableau 1 : Clés de décision en fonction des situations
Clés de décision en fonction des situations

Si un premier traitement a été réalisé au stade deux nœuds, la septoriose est contrôlée sur les étages foliaires inférieurs. Le traitement sera réalisé entre DFE et épiaison (sauf apparition de rouille brune plus précoce), avec plus de souplesse pour le positionnement.

Pour les blés à DFP

Le stade est atteint lorsque 50 % des blés présentent la dernière feuille pointante.

Deux cas de figures se rencontrent aujourd’hui : des parcelles ayant eu une première intervention autour de 2 nœuds et celles n’ayant reçu aucun fongicide.

Pour les parcelles déjà protégées, il convient d’attendre que la dernière feuille soit bien étalée avant toute nouvelle intervention.

En l'absence de protection, pas d’inquiétude pour les variétés résistantes. Pour les autres, si le seuil d’intervention est dépassé ou que l’OAD déclenche : que faire ?

• Intervenir dès que possible avec un « petit » T1 (type soufre seul). Les modèles préconiseront souvent dans ces situations un renouvellement au stade DFE. Ce que nous conseillons.

• Ou, si le blé est à quelques jours du stade DFE, en l’absence de pluies, il est possible d’attendre et d’intervenir avec des produits de type SDHI à des doses renforcées.

Dans les situations ou le risque rouilles (jaune ou brune) est avéré, il faudra bien sûr le prendre en considération dans le choix des produits et renforcer si nécessaire l’intervention septoriose avec des strobilurines, comme la pyraclostrobine ou l’azoxystrobine.

Pour les blés à DFE

Aujourd’hui, même sur variétés résistantes, au vu de l’inoculum installé au cours de l’hiver, des pluies contaminatrices de début avril et les quelques averses survenues entre le 22 et 24 avril, une intervention à ce stade semble nécessaire. Les doses à envisager devront tenir compte du niveau de sensibilité de la variété à la septoriose.

En cas de risque rouille jaune et/ou rouille brune, il sera judicieux de choisir des produits adaptés.

Le plus important est d’attendre que toutes les dernières feuilles soient bien étalées. L’absence de pluies dans les prochains jours permet de ne pas se précipiter et d’attendre les conditions idéales d’intervention.

Quels produits choisir ?

Un seul mot d’ordre : diversifier les modes d’action !

La gestion responsable des fongicides doit passer par l’alternance des modes d’action, et intervenir uniquement si c’est nécessaire. Réaliser une seule application par programme de SDHI, de strobilurine, de prothioconazole, de fenpicoxamid, et éviter d’utiliser deux fois la même matière active de triazoles.

Programmes régionaux : une approche par niveau de nuisibilité et par variété

Voici des propositions de programmes (tableau 2) pour des variétés moyennement sensibles à la septoriose.

Pour ce type de variétés, c’est le pilotage par un OAD qui décidera d’une intervention en T1 ou non, après confirmation par une visite au champ, selon la date d’apparition de la septoriose.

Pour les autres cas (variétés peu sensibles et très sensibles), téléchargez le guide régional Choisir & Décider blé tendre – interventions de printemps 2022, Centre / Ile-de-France / Auvergne / Limousin.

Les produits cités dans nos programmes ne sont pas exclusifs et les combinaisons proposées non exhaustives.

Tableau 2 : Propositions de programmes fongicides pour des variétés de blé moyennement sensibles à la septoriose (nuisibilité attendue autour de 15 q/ha)
Propositions de programmes fongicides pour des variétés de blé moyennement sensibles à la septoriose (nuisibilité attendue autour de 15 q/ha)

* : Modalités à privilégier en situation à forte pression de rouille brune.
** les prix sont donnés à titre indicatif

L’alternance des matières actives est illustrée par le jeu de couleurs suivant :
En vert : les SDHI
En rose : les strobilurines
En marron : les triazoles
En bleu : le prothioconazole
En orange : le prochloraze
En rouge : QiI (la fenpicoxamide)

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