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parcelle de blé tendre à maturité Messagerie Champagne-Ardenne

Blé tendre : retour sur les faits marquants de la campagne 2020/21

02 septembre 2021

Un bon potentiel gâché par une fin de cycle compliquée, voilà comment résumer cette campagne 2020/21 en blé tendre dans la région.

La campagne 2020/21 démarrait plutôt bien pour les blés : malgré des semis retardés, les implantations et levées ont été optimales grâce à la douceur de l’automne/hiver. La montaison, lente, a favorisé la densité d’épis et un nombre de grains correct. Quelques à-coups climatiques sont à noter sur le printemps, mais ce sont bien les conditions médiocres de remplissage qui auront pêché cette année, associant faibles rayonnements et cumuls de pluies importants.

Au sommaire :• Une bonne implantation des blés
Des conditions favorables pour la mise en place du nombre d’épis
Une fertilité globalement bonne, malgré quelques problèmes ponctuels
Des conditions climatiques défavorables au remplissage
Une pression sanitaire modérée

Une bonne implantation des blés

Le léger décalage des dates de semis (5 à 10 jours par rapport à la moyenne pluriannuelle) n’aura pas eu de conséquences sur l’implantation des blés. La douceur de l’automne et le retour des pluies ont favorisé leur enracinement et assuré leur bon développement.

La densité de talles à plus de 3 feuilles est plutôt importante. En sol de Craie, elle s’élève à environ 1200 tiges par m², soit +10 % par rapport à la moyenne pluriannuelle (figure 1). En Barrois et en sols de limons, le tallage se situe dans la moyenne.

Figure 1 : Tallage des blés sur le réseau régional ARVALIS en 2020/21
tallage des blés sur le réseau régional ARVALIS

Quelques épisodes de gel sont à noter (températures en-deçà de -12°C à la mi-février). Mais hormis quelques symptômes sur feuilles, ces épisodes n’ont eu aucune conséquence sur le rendement des blés qui étaient au stade tallage.

Comme pour les orges d’hiver, les cumuls de pluies relativement importants durant l’hiver ont engendré des pertes d’azote par lixiviation : les reliquats en sortie d’hiver sont en moyenne en retrait de 10-15 kg N/ha et entraînent des doses d’azote prévisionnelles augmentées d’autant.

Le stade épi 1 cm marquant le début de la montaison est atteint en moyenne au 28 mars, proche de la moyenne pluriannuelle.

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Des conditions favorables pour la mise en place du nombre d’épis

Les conditions climatiques du printemps sont favorables à la valorisation des apports d’azote, avec des pluies arrivant « aux bons moments » (figure 2), comme en témoigne le suivi des biomasses dans nos essais : de 10 t MS/ha en Barrois à 15 t/ha en Craie à floraison. L’absence de pluie pendant une vingtaine de jours au mois d’avril a pu impacter de manière hétérogène les blés dans la région : le stress hydrique reste très limité en craie, mais est davantage marqué en sols superficiels (argilo-calcaires).

Figure 2 : Pluies journalières et valorisation de l’azote du 10 février au 10 juin 2021 - station météo de Fagnières (51)
Pluies journalières et valorisation de l’azote

Les températures fraîches du printemps ont retardé l’épiaison des blés, atteinte autour du 27 mai (+7 jours par rapport à la moyenne décennale).

Ainsi, la durée de montaison des blés a été longue cette année, quelque soit le type de sol. En sol de craie, la montaison a duré 60 jours, soit +6 jours par rapport à la moyenne pluriannuelle.

Conjuguée à des stress hydrique et azoté limités, cette montaison rallongée favorise la mise en place d’un nombre d’épis important. Ainsi, dans nos essais, les densités d’épis sont supérieures à la moyenne en sols profonds (+10-15 % en craie et limons, avec en moyenne 650 épis par m²). Elle est proche de la moyenne en Barrois, à 550 épis/m² (figure 3).

Figure 3 : Densité d’épis des blés sur le réseau régional ARVALIS en 2021
densité d’épis des blés sur le réseau régional ARVALIS

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Une fertilité globalement bonne, malgré quelques problèmes ponctuels

Plus la densité d'épis est importante, plus le nombre de grains par épi diminue (phénomène de régression négative). Cette année, dans nos essais, le nombre de grains par épi est dans la moyenne voire légèrement supérieur en Craie (+3 % par rapport à la moyenne - figure 4). Conjugué à un nombre d’épis en hausse, il en résulte un nombre de grains/m² très bon : +10 à 15 % par rapport à la moyenne pluriannuelle (figure 5).

Figure 4 : Nombre de grains par épi sur le réseau régional ARVALIS en 2021
Nombre de grains par épi sur le réseau régional ARVALIS

Figure 5 : Nombre de grains par m² sur le réseau régional ARVALIS en 2021
Nombre de grains par m² sur le réseau régional ARVAL

Ponctuellement, des manques de grains et des épillets vides ont été signalés dans la plaine. La succession de coups de froid fin montaison, en avril et début mai, peut expliquer ces situations.

En effet, à la mi-avril, les températures sont localement descendues en dessous de -3/-4°C sous abri dans de nombreuses situations, avec parfois -6/-7°C sur le Barrois. Ce coup de froid, autour du stade 2 nœuds, peut avoir un impact sur la fertilité des épis.

Ensuite, fin avril et début mai, plusieurs séquences de gel interviennent de nouveau (figure 6). Nous citerons le secteur du nord de la Marne ainsi que la Haute-Marne avec -3/-4°C sous abri. A cette date, la plupart des parcelles sont au stade dernière feuille pointante, donc sensibles au gel (figure 7). Les plus précoces pouvaient être au stade méiose, mais cela reste marginal.

Figure 6 : Températures minimales du 27 avril au 3 mai 2021
Carte des températures minimales du 27 avril au 3 mai 2021

Pour rappel, le stade méiose apparaît peu de temps après l’étalement complet de la dernière feuille (au 15 mai en moyenne régionale cette année, le 11 mai pour l’Aube et le 18 mai pour la Haute-Marne), et la température de 4°C constitue un seuil d’alerte, les réels dégâts apparaissant pour des températures proches du gel.

Figure 7 : Températures minimales au printemps 2021 sous abri pour 4 stations météo (Saulces Champenoises 08, Mourmelon 51, Troyes 10, Chaumont 52)
Températures minimales sous abri pour 4 stations météo (Saulces Champenoises 08, Mourmelon 51, Troyes 10, Chaumont 52)

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La floraison s’est déroulée, pour la plupart des situations, autour du 5 juin. Des orages dans plusieurs secteurs de la région ont ainsi fait coïncider de faibles rayonnements et des cumuls de pluie importants. Cela peut engendrer des problèmes de fécondation. C’est particulièrement le cas en Haute-Marne : selon les secteurs, les cumuls de pluies ont pu atteindre 50 voire 70 mm, avec un rayonnement en-deçà de 100 cal/m² (figure 8).

Figure 8 : Cumuls de pluies entre le 1er et le 10 juin 2021
Carte des cumuls de pluie entre le 1er et le 10 juin 2021

De manière très localisée, ces orages violents ont parfois engendré de la verse précoce, perturbant ainsi le remplissage.

Pour les quelques parcelles les plus tardives (qui ont fleuri au 10-15 juin), la floraison a pu être impactée (avortement, coulure) par les six jours avec des températures maximales au-dessus des 30°C.

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Des conditions climatiques défavorables au remplissage

Mais la campagne aura été marquée par des conditions exceptionnellement mauvaises de remplissage (figure 9), intervenant sur des parcelles avec de très bons potentiels et un grand nombre de grains à remplir.

Juste après la floraison, début juin, les conditions de formation des grains et de début remplissage ont été optimales, tant du point de vue des températures que du rayonnement : le cycle du carbone était favorisé.

Le coup de chaud de mi-juin (températures supérieures à 30°C du 14 au 19 juin) a ensuite limité la dynamique de remplissage avec des ETP élevés (>6 mm par jour), une baisse de la capillarité des vaisseaux pour nourrir les grains, voire une casse de capillarité pour les grains situés sur le haut de l’épi. Par ailleurs, ce coup de chaud est intervenu pendant la phase la plus intense de remplissage, lorsque les transferts vers les grains sont les plus importants (entre floraison et grain laiteux).

S’en sont suivis des cumuls de pluies importants/excès d’eau et un rayonnement très bas, défavorables au remplissage.

Figure 9 : Conditions de remplissage des grains en 2021
Conditions de remplissage

Fréquemment, les épis étaient noircis ,du fait de champignons saprophytes qui profitent de l’humidité excédentaire pour se développer. L’impression de noircissement est renforcée en cas de manque de grains.

La figure 10 témoigne de la stagnation des PMG à partir de la moitié du remplissage, début des pluies et faible rayonnement. Au final, les poids de mille grains (PMG) sont en-dessous de la moyenne pluriannuelle d’environ 10 % en Craie et 15 % en Barrois.

Figure 10 : PMG des blés au cours du remplissage dans le réseau régional ARVALIS en 2021
PMG des blés au cours du remplissage, réseau régional ARVALIS

Malgré des potentiels très élevés durant le printemps, les rendements se situent dans la moyenne des 10 dernières campagnes pour nos essais en Craie (98 q/ha) et en Barrois (68 q/ha). Le taux de protéines des grains est dans la moyenne en Craie, légèrement en retrait en Barrois (figure 11).

Figure 11 : Rendement des blés dans le réseau régional ARVALIS en 2021
Rendement des blés, réseau régional ARVALIS

Les précipitations du mois de juillet ont impacté les chantiers de récolte. Le poids spécifique est en retrait d’environ 0,5 point pour 10 mm de pluies après la maturité physiologique des grains et ce peu importe la variété. Le PS correspond à une masse rapportée à un volume (« 1 kg de plume vs 1 kg de plomb ») : quand il pleut, le grain s’imbibe, gonfle (il prend donc du volume) et reperd ensuite de l’eau (il perd du poids, sans perdre son volume). A ne pas confondre avec le poids de 1000 grains.

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Une pression sanitaire modérée

Peu de maladies étaient présentes en début de montaison, excepté un peu de septoriose cantonnée aux feuilles du bas. Les dernières feuilles sont sorties dans des conditions relativement saines. L’extériorisation des symptômes de septoriose s’est opérée fin mai/début juin, après les pluies contaminatrices de mai. Pour autant, la pression est restée modérée et bien gérée par la combinaison variétés résistantes*interventions raisonnées au champ. A titre d’exemple, dans nos essais « maladies », le poids du T1 continue de plafonner à moins de 2 q/ha, le T2 reste le traitement pivot permettant de gérer la pression sanitaire.

La fusariose s’est globalement cantonnée à un risque faible. Localement, là où les cumuls de pluie ont été importants et en situation à risque, des symptômes sur épis peuvent être présents.

A noter la présence non négligeable d’oïdium sur des variétés dites résistantes.

Côté ravageurs, les pucerons étaient présents à l’automne (conditions douces favorables aux vols), sans signalement de viroses durant la montaison. Des cécidomyies sont piégées au printemps dans les cuvettes mais les populations sont faibles.

A retenir 

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