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Blé tendre mûr en 2018 en Champagne-Ardenne Messagerie Champagne-Ardenne

Blé tendre : des rendements proches de la moyenne

23 août 2018

La récolte 2018 se caractérise par des rendements proches de la moyenne et une bonne qualité, en particulier concernant les teneurs en protéines, en lien avec les excellentes conditions de valorisation des apports d’azote.

La campagne 2017/2018 aura été pour les blés, sauf cas particuliers, assez humide tout au long du cycle et donc favorable au développement des céréales, en particulier en sols superficiels. La chaleur à partir d’avril et jusqu’à la récolte a affecté certaines composantes (épis/m² et PMG), a accéléré le cycle, faisant de la moisson 2018 une des plus précoces.

Dans un contexte de prix des céréales favorable, on retiendra que 2018 est globalement une bonne année pour le blé.

Dans certaines parcelles les rendements déçoivent, probablement en lien avec les orages localisés de mai-juin (certaines zones comme à l’Ouest de Chalons ont été peu arrosées). Ponctuellement, certaines parcelles ont pu être affectées par des problèmes de fertilité.

Bon tallage : autour de 950-1000 tiges de plus de 3 feuilles par m² à épi 1 cm

La première phase de développement des blés s’est déroulée dans de bonnes conditions : températures clémentes en automne et début d’hiver et pluies régulières entrainent une légère avance phénologique fin janvier ainsi qu’un bon tallage (fig. 1). En sols hydromorphes, les excès d’eau hivernaux ont pu provoquer des pertes de plantes et limiter le tallage.

La reconstitution des réserves en eau des sols s’opère rapidement et sur une longue période, engendrant des reliquats d’azote faibles en sortie hiver (-10 à -30 kg N/ha par rapport à la moyenne pluriannuelle).

Le froid s’installe à partir de février et se prolonge sur le mois de mars, ralentissant la croissance des plantes. On notera l’absence de dégâts de gel en sortie hiver. Le stade épi 1cm intervient fin mars - début avril, dans la normale.

Figure 1 : état du tallage en 2018 (points rouges) en comparaison à l’historique (points jaunes). Données d’essais ARVALIS Institut du végétal.

Coup de chaud en avril, des densités d’épis plus faibles que d’habitude (-15%/moyenne)

Le mois d’avril est parmi les plus chauds historiquement (fig 2). La montaison se déroule rapidement, le cycle se réduit et les blés épient avec 6 jours d’avance, autour du 16 mai (du 10 au 28 mai selon les zones, dates de semis et variétés).

Cette montaison rapide engendre des régressions de tiges importantes (de l’ordre de 50 à 60%). Selon la bibliographie, ces régressions liées au stress thermique sont d’autant plus importantes que les températures journalières dépassent 11-12°C. La majorité des T°C journalières d’avril sont bien au-dessus de ce seuil… Par ailleurs, plus la parcelle est tardive (semis tardif ou variété tardive), plus les régressions sont importantes, le cycle étant davantage réduit (fig. 3).

Au final, les densités d’épis se situent autour de 400-500 épis/m² soit -10 à -20% par rapport à la moyenne pluriannuelle (fig 3).

Figure 2 : températures moyennes cumulées par décade sur la station INRA de Fagnières (51)

Figures 3a et 3b : état des densités d’épis en 2018 (points rouges) en comparaison à l’historique (points jaunes)
Données d’essais ARVALIS Institut du végétal




Une bonne fertilité dans l’ensemble

La montaison (avril/mai) se déroule sous un bon rayonnement (fig 4) ce qui est favorable à la fertilité. Les orages réguliers rechargent les réserves en eau des sols et limitent le stress hydrique en alimentant correctement les plantes en eau et en azote. Le nombre de grains par épi s’établit autour de 39 grains en moyenne, soit +15 à +20% de la moyenne pluriannuelle (fig. 5), ce qui compense partiellement les faibles densités d’épis.

Figure 4 : Cartes de rayonnement en avril et mai 2018, exprimé en rapport à la moyenne pluriannuelle


Toutefois, les températures chaudes du mois de mai diminuent le nombre de jours entre les stades, ce qui nécessite des besoins plus forts en rayonnement pour obtenir des niveaux élevés de grains/m². Ce rapport rayonnement / températures moyen s’illustre bien avec les biomasses produites à floraison qui sont dans la moyenne (autour de 12 t MS/ha).

Le bilan est donc contrasté avec 19000/20000 grains par m², proche, voire légèrement inférieur à la moyenne pluriannuelle de -1 à -3% (fig.5). Les outils de pilotage de l’azote « captent » ce potentiel moyen et les bonnes conditions de valorisation des engrais en déclenchant rarement des apports importants à dernière feuille.

Figures 5a et 5b : Etat de la fertilité (nombre de grains par épi) en 2018 (points rouges) en comparaison à l’historique (points jaunes)
Données d’essais ARVALIS Institut du végétal



La disparité des pluies orageuses en mai-juin, et quelques accidents de fécondation

Les orages sont comme souvent très localisés et les cumuls varient fortement d’une zone à une autre (fig. 6). L’Aube et la Haute-Marne sont plus arrosées que la Marne. Certaines zones sèches passent au travers de ces orages et voient leurs composantes de rendements affectées.

A contrario, d’autres parcelles ont pu recevoir des cumuls journaliers très élevés, pouvant engendrer des problèmes de fertilité, surtout s’il y a concomitance avec la floraison (par exemple : 85 mm le 27 mai à Saulces-Champenoises - 08, 70mm le 5 juin à Langres - 52, etc…).

Pour rappel, certaines parcelles d’orge d’hiver ont pu subir quelques problèmes de fertilité avec un rayonnement très déficitaire et de forts cumuls de pluies les 14 et 15 mai, en pleine floraison. Certaines parcelles tardives de blé auraient pu être à méiose à ces dates et exprimer des problèmes de stérilités.

Figure 6 : Cartes des pluies avril et mai 2018, exprimé en rapport à la moyenne pluriannuelle



Une fin de cycle en demi-teinte

Les floraisons se déroulent dans des conditions humides (en particulier dans les Ardennes, l’Aube et la Haute-Marne). Les cumuls dépassent fréquemment les 50-70 mm dans les 7 jours encadrant la floraison (fig. 7), ce qui est propice aux fusarioses des épis, maladies pouvant affecter fortement les PMG (voire la fertilité si les grains avortent ou sont petits et ne sont pas retenus par la moissonneuse).

Figure 7 : Cumuls de pluies autour de la floraison pour 2 types de précocité variétale

La fin de cycle est un peu chaotique et en demi-teinte, amenant à des PMG moyens autour de 45 g. Certaines zones de l’épi se remplissent plus ou moins bien à la faveur des périodes favorables et défavorables en fin de cycle :

- une pression des maladies (en lien avec l’humidité et la chaleur) pouvant affecter les PMG surtout en l’absence de traitement fongicide à floraison. Les conditions humides durant la floraison et le remplissage ont été propices au développement des fusarioses des épis. La septoriose, discrète lors de la montaison grâce au mois d’avril sec et chaud, fait son retour en fin de cycle à la faveur de la chaleur et des orages de mai-juin. La rouille brune apparait également en fin de cycle avec la chaleur et peut provoquer des ravages si mal maîtrisée (jusqu’à 35q/ha dans un essai Aubois en 2018). La verse dans certaines parcelles affecte également le remplissage.

- la première phase de remplissage (de fin mai à mi-juin, cf. fig. 8) se déroule sous un faible rayonnement qui ne permet pas « d’accrocher une dynamique de remplissage élevée », surtout au regard des températures assez douces. La figure 9 illustre l’influence du rayonnement lors du remplissage sur le PMG et le rendement.
En revanche, l’alimentation hydrique est bonne et il n’y a pas d’excès thermique. Bilan des courses, les PMG sont sur une trajectoire moyenne à mi-remplissage (cf points bleus fig.10).

Figure 8 : Rayonnement par décade sur la station de Fagnières (station INRA)




Figures 9a et 9b : Influence du cumul de rayonnement entre floraison et maturité physiologique sur le PMG et le rendement (données sites ARVALIS en Champagne)



- à partir de mi-remplissage, le retour d’un excellent rayonnement (fig. 8) jusqu’à la fin de cycle est favorable et la trajectoire de 2ème partie du remplissage est bonne (cf. points rouges, fig 9). Un coup de chaud intervient à fin remplissage, avec 5 jours très chauds (>30°C) et provoque de l’échaudage : perte de 1 à 3 g de PMG soit 2 à 6 q/ha sur le potentiel.

Figure 10 : Remplissage des grains en 2018, données ARVALIS


Partant sur une trajectoire relativement moyenne au départ, en passant par une phase favorable puis un échaudage en fin de remplissage, les PMG à récolte sont moyens et ne permettent pas d’accéder aux rendements à 3 chiffres en bonnes terres. Les sols superficiels de l’Aube et Haute-Marne qui avaient été affectés par des sécheresses successives ces dernières années retrouvent des rendements plus « habituels ».

La qualité est au rendez-vous avec des conditions excellentes de valorisation des apports d’azote tout au long du cycle, et des conditions de récolte sèches

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