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Feuilles de blé avec des taches physiologiques jaunes en avril 2021 en Franche-Comté Messagerie Champagne-Ardenne

Blé tendre : des marquages foliaires à ne pas confondre

06 mai 2021

Des taches peuvent apparaître sur les feuilles de blé tendre. Elles peuvent être occasionnées par un stress climatique ou par un champignon pathogène. Le premier est sans conséquence, le second doit être maîtrisé. Quelques astuces pour assurer le bon diagnostic.

Le climat humide de mars et les pluies autour du 10 avril ont pu maintenir l’inoculum de septoriose et favoriser la contamination de certains étages foliaires. Dans le même temps, la reprise active de la croissance s’est déroulée avec des amplitudes thermiques importantes, de forts rayonnements et une sécheresse depuis le 10 avril. Ces conditions engendrent un stress au niveau des plantes, avec des réactions « physio-climatiques » observables sur les feuilles des blés. Reconnaître ce qui tient de la maladie et ce qui relève d’une réaction au climat peut donc s’avérer difficile.

Un diagnostic en trois étapes

Observer la répartition des symptômes à l’échelle d’une plante

La présence d’un gradient bas / haut sur la plante est un bon indicateur pour faire le tri entre maladies et réaction aux stress climatiques.

Avant de se pencher de près sur les feuilles, il faut prendre un peu de hauteur en regardant la plante dans son ensemble.

Les maladies (septoriose, oïdium, helminthosporiose, etc…) présentent un gradient de symptômes du bas vers le haut : forte présence sur feuilles âgées (contaminées par les maladies) / faible présence sur jeunes feuilles (moins contaminées).

A l’inverse, la réaction de la plante a un stress climatique va engendrer des taches sur les feuilles les plus exposées au moment du stress (étages supérieurs). Les feuilles les plus âgées en bas de plante sont alors moins touchées. Attention, une nouvelle feuille indemne peut être sortie entre le moment où la plante extériorise les symptômes et le moment du stress !

Figure 1 : Gradient des symptômes sur la plante selon le type d’accidents

Vérifier la cohérence entre symptômes et date de l’observation

Les pluies de fin mars et début avril sont les dernières pluies significatives potentiellement à l’origine de contaminations. Les f3 d’aujourd’hui à 2 nœuds (F5 définitives) étaient présentes au moment de ces épisodes. Il n’est donc pas anormal d’y observer des symptômes éventuels de septoriose.

Les f1 et f2 du moment, quant à elles, sont sorties après les pluies du 10 avril, elles ne sont donc vraisemblablement pas contaminées par les maladies. Il est donc peu probable d’observer de la septoriose sur ces dernières feuilles sorties. La présence de taches sur ces feuilles-là fait donc plus penser à une origine climatique que parasitaire.

Placer des feuilles en chambre humide pour exacerber les symptômes

Les caractéristiques des maladies (formes, couleurs, etc… des symptômes) et leurs fructifications ne sont pas toujours directement observables sur les feuilles en place. Les symptômes, s’ils viennent d’apparaître sur feuilles, pourraient être éloignés des photos « d’école » et ne pas être suffisamment distinctifs pour permettre une reconnaissance sans ambiguïtés.

Les taches physico-climatiques, de leur côté, ne développent pas de fructification, ce qui permet de les différencier des maladies.

Si aucune fructification ou organe fongique n’est observé au champ et qu’un doute subsiste, une astuce simple est de faire « fructifier » le champignon grâce à la technique de la chambre humide (figure 2). Pour cela, placer les feuilles à diagnostiquer dans un contenant hermétique où une légère source d’humidité est présente (bouteille d’eau vidée avec quelques gouttes sur la paroi). Fermer le contenant et après avoir laissé reposer 24h à 48h, observer avec une loupe les symptômes. Si des fructifications apparaissent, les taches sont d’origine fongique.

Figure 2 : Méthode de la chambre humide

Que peut-on observer après le passage en chambre humide ?

En présence de septoriose

La septoriose (principalement Zymoseptoria tritici) provoque des symptômes très variés. Elle se caractérise par des nécroses foliaires de différentes formes (ovales, rectangulaires…) et couleurs (brunes, marron, blanches…) visibles sur les deux faces de la feuille. Les pycnides (points noirs) au sein des taches sont discrets, au début, et de plus en plus visibles avec le vieillissement de la maladie. Si les fructifications ne sont pas développées, elles apparaitront après un passage en chambre humide. Avec une bonne loupe, il est également facile d’observer les cirrhes (gelées) contenant les spores du champignon éjectées des pycnides.

Figure 3 : Observation de symptômes de septoriose du blé (Zymoseptoria tritici) sur feuilles (gauche) et à la loupe après passage en chambre humide (droite) - Source : ARVALIS

En présence d’helminthosporiose

L’helminthosporiose sur blé est une maladie très rare. En cas de soupçons, il est préférable de se tourner vers un expert car, dans la plupart des cas, il ne s’agit que d’une réaction de la plante au climat. Cette maladie inféodée à la parcelle (contamination par le biais des pailles), plus fréquente en blé sur blé, présente des taches plutôt ovoïdes, entourées d’un halo chlorotique. Elles s'étendent avec des formes irrégulières, parfois losangiques. Le centre de la tache présente un point foncé, correspondant au point d'infection. Après passage en chambre humide, des « poils isolés » foncés (conidiospores) sont observés. En cas de poils en touffes, il s’agit de champignons saprophytes et non d’helminthosporiose.

Figure 4 : Observation de symptômes d'helminthosporiose du blé sur les feuilles (gauche) et à la loupe après passage en chambre humide (droite) - Source : ARVALIS

En cas de stress climatique

Les taches « physio-climatique » sont souvent rencontrées au printemps dans la plaine. Au champ, elles peuvent prendre différents aspects (jaunissement, nécrose…), parfois ressemblant à des maladies à s’y méprendre. Mais malgré des symptômes impressionnants lors de forte réponse, elles n’ont pas d’effet sur la productivité. Le passage en chambre humide permet de vérifier l’origine des taches. Si après la période de repos, aucune des structures précédemment évoquées ne se développe, il est fort probable que les taches aient pour origine un stress climatique. Dans le cas de taches physiologiques, il est possible que des fructifications de champignons secondaires, profitant de l’humidité, soient observées (tissus filamenteux blanc/gris). Ils n’ont cependant aucun impact sur le rendement de la plante.

Figure 5 : Symptômes physiologiques liées au climat - Source : ARVALIS

Retour des observations terrains 2021

Actuellement, chez ARVALIS et dans la plaine, des symptômes de septoriose sont observés sur les F3 du moment (F5 définitive pour les blés au stade 2 nœuds). La pression de la maladie durant la montaison est souvent peu différente entre variétés sensibles et résistantes. L’écart se creuse habituellement lors des observations sur les 2 dernières feuilles (en mai-juin), provoquant des nuisibilités allant du simple au double.

Par ailleurs, en même temps que ces quelques symptômes de septoriose, des symptômes physio-climatiques sont observés depuis quelques jours sur les F2 du moment (F4 définitive). Certaines variétés semblent plus touchées que d’autres. En figure 6, un exemple de répartition des symptômes sur notre parcelle de Saint-Pierre (51). L’expression des taches n’est pas dépendante de la sensibilité variétale : des variétés comme Chevignon et KWS Extase par exemple, deux variétés bien présentes en Champagne et avec de bonnes notes maladies, sont plus particulièrement touchées, alors que Rubisko - sensible à la septoriose (note de 5) - ne présente pas de symptômes.

Figure 6 : répartition des variétés de blé tendre selon l’expression de symptômes physiologiques pour une notation au 26 avril 2021 sur l’essai ARVALIS de Saint-Pierre (51)

Si des doutes subsistent sur vos observations, n’hésitez pas à nous contacter pour un diagnostic. Pour plus d’informations, consultez les fiches accidents ARVALIS.

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