En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus adaptés à votre région et réaliser des statistiques.

En savoir plus
bineuse Désherbage mixte

Binage des céréales à paille : bilan de trois ans d’essais

17 octobre 2019

Un passage de bineuse autoguidée dans des céréales d’hiver semées à faible écartement est-il pertinent en rattrapage de stratégies herbicides d’automne ? Des essais mis en place à Boigneville (91) au cours des trois dernières campagnes permettent d’y répondre.

Ces essais avaient pour objectif de répondre aux questions suivantes :

• En situation de résistance avérée aux deux modes d’action de sortie d’hiver (inhibiteurs de l’ACCase et de l’ALS – groupes HRAC A et B), un ou des passages de bineuse en sortie d’hiver peuvent-ils améliorer l’efficacité de base du désherbage d’automne ?

• Quelle est la stratégie de binage la plus efficace : un passage unique ou des passages répétés ?

• Quel est l’impact potentiel sur le rendement du blé de ce ou ces passages de bineuse à faible écartement? Des essais antérieurs avaient mis en évidence l’impact négatif sur le rendement de semer et de biner du blé conventionnel à grand écartement.

Enseignements 2017 : pas d’effet sur le rendement des binages à faible écartement mais des points d’efficacité qui « coûtent » très chers quand les herbicides sont efficaces

En 2017, l’essai a été positionné sur une parcelle argilocalcaire superficielle (avec une réserve utile de 50 mm) cultivée en Rebelde, variété de blé améliorant. Dans les témoins, la densité de ray-grass était de 157 plantes/m². La bineuse utilisée est une Garford (écartement entre socs de 15 cm) avec système de caméra.

Les conditions d’efficacités ont été bonnes pour les herbicides et les passages mécaniques. Les efficacités observées des deux stratégies tout chimiques ont été très satisfaisantes. L’apport du ou des passages de bineuse n’a pu être que limité.

Figure 1 : Rendements du blé selon différentes stratégies de désherbage - Essai ray-grass 2017 à Boigneville (91) - Analyse de variance significative - ETR = 3,67

Seul le rendement du témoin non désherbé est significativement inférieur à l’ensemble des modalités désherbées.

Des profils racinaires réalisés le 9 juin 2017 (stade Z75) n’ont pas permis de discriminer les modalités entre elles. Si les racines ont pu être touchées, cela ne s’est pas exprimé au niveau du rendement après pourtant un stress hydrique printanier très important. Par ailleurs, les passages de bineuse n’ont pas révélé d’impact sur les mesures de biomasse du blé.

Figure 2 : Produits – coût herbicides et coût passages des outils mécaniques en fonction des efficacités obtenues – Prix du blé : 160 €/t – essai 2017

Pour en savoir plus, téléchargez les résultats détaillés des essais 2017.

Enseignements 2018 : une modalité « tout mécanique » en retrait tant en efficacité qu’en rendement

En 2018, l’essai a été positionné sur une parcelle argilocalcaire superficielle (RU : 50 mm) cultivée en blé tendre classique. Dans les témoins, la densité de ray-grass était de 175 plantes/m². Les conditions d’efficacités ont été bonnes pour les herbicides, et bonnes à correctes pour les passages mécaniques.

Une modalité « tout mécanique » a été ajoutée : passage de herse étrille à l’automne suivi de 3 binages au printemps.

Comme en 2017, les très bonnes efficacités des passages à l’automne ont limité l’intérêt du ou des 3 passages de bineuse. Côté rendement, seuls les rendements du témoin non désherbé et du désherbage tout mécanique ont été significativement inférieurs à l’ensemble des modalités désherbées (en lien avec un nombre de grains/m² et des PMG plus faibles, signe d’une concurrence sur l’ensemble du cycle).

Sur la modalité « tout mécanique », malgré une forte réduction de biomasse (65 %), la concurrence très précoce du ray-grass, qui n’a été levée que tardivement lors des binages, a fortement pénalisé le développement du blé tendre. La biomasse à floraison sur cette modalité est de 7,5 t/ha contre 9,5 t/ha pour les trois modalités avec herbicides. Cette concurrence a également impacté les indices de nutrition azotés, avec un INN de 0,67 contre des INN compris entre 0,81 et 0,88 pour les modalités avec herbicides. L’INN du témoin est logiquement plus faible avec une valeur de 0,62.

Figure 3 : Produits – coût herbicides et coût passages des outils mécaniques en fonction des efficacités obtenues – Prix du blé : 160 €/t – essai 2018

Pour en savoir plus, téléchargez les résultats détaillés des essais 2018.

Enseignements 2019 : plus les efficacités des herbicides sont en retrait, plus l’intérêt du mécanique est marqué

En 2019, deux essais ont été positionnés sur une parcelle argilocalcaire superficielle (RU : 50 mm), historiquement en semis direct, cultivée en triticale, culture avec un meilleur pouvoir couvrant que le blé tendre. Une partie de la parcelle a été labourée à l’automne 2017 tandis que le reste a été maintenu en semis direct. A l’automne 2018, la totalité de la parcelle a été travaillée superficiellement après une culture de lin de printemps. L’été 2018, particulièrement sec, n’a pas permis de réaliser de faux-semis efficaces.

Chaque zone a accueilli un essai. Dans les témoins, la densité de ray-grass était de 76 plantes/m² dans l’essai labouré en 2017 et de 1894 ray-grass/m² dans l’essai historiquement conduit en semis direct. Dans cet essai, la forte population de ray-grass et le port étalé des plantes de triticale n’ont pas permis le guidage par caméra de la bineuse. Son guidage a été assuré exclusivement par RTK.

Les conditions d’efficacités ont été bonnes pour les herbicides et pour les passages de bineuses. Seul le passage de herse étrille à l’automne a été réalisé sur un sol un peu frais. A noter qu’il était difficile de déraciner certains ray-grass car leur germination était à la même profondeur que celle du triticale.

Dans ces essais, et notamment dans la partie historiquement en semis direct, plus les efficacités des herbicides sont en retrait, plus l’intérêt du binage est marqué. La modalité « tout mécanique » fait même jeu égal avec des modalités chimiques en très forte infestation. Le binage a tout son intérêt dans ces situations où la chimie ne suffit plus. Ce gain d’efficacité engendre cependant un cout économique.

Figure 4 : Produits – coût herbicides et coût passages des outils mécaniques en fonction des efficacités obtenues – Prix du triticale : 125 €/t – Essai labouré 2019

Figure 5 : Produits – coût herbicides et coût passages des outils mécaniques en fonction des efficacités obtenues – Prix du triticale : 125 €/t – Essai semis direct 2019

Pour en savoir plus, téléchargez les résultats détaillés des essais 2019.

En conclusion

• La bineuse apparaît comme l’outil le plus adapté pour compléter une stratégie chimique d’automne dans le secteur étudié. Les adventices peuvent être en effet développées au moment où les conditions pédoclimatiques permettent d’intervenir mécaniquement.

• Plus l’efficacité des herbicides est en retrait, plus l’intérêt du binage est marqué.

• Le binage à faible écartement - à condition d’avoir un bon guidage (caméra, RTK) - est possible sans détériorer le rendement, lorsque les passages mécaniques sont réalisés en conditions non stressantes pour la culture (attention notamment aux stades supérieurs à 1 nœud de la céréale).

• Le désherbage mécanique est un levier d’autant plus efficace qu’il sera utilisé en combinaison avec d’autres techniques de gestion des adventices.

Le binage en bio, une technique plus efficace ?En agriculture biologique, la diversité des rotations (incluant souvent de la luzerne notamment dans la moitié nord France) associée à des fournitures en azote du sol souvent assez faibles, limite la présence de graminées nitrophiles. La flore est plus diversifiée en dicotylédones. Certaines d’entre elles, telles que le gaillet, se développent moins, faute d’azote.
Les outils de désherbage mécanique sont généralement plus efficaces sur ce type de flore. De plus, le binage n’est qu’un levier parmi tant d’autres dans la gamme des leviers disponibles en bio (travail du sol, semis tardif, broyage des zones infestées…).
Des passages précoces en sortie d’hiver permettent de gérer au mieux les adventices tout en favorisant la minéralisation des sols (effet surtout visible en bio en lien avec des apports azotés absents ou très limités par rapport à ceux du conventionnel).

Réagissez !

Merci de vous identifier pour commenter cet article

4 commentaires 21 octobre 2019 par GRANSAR

en France il existe plusieurs sortes de textures du sol par rapport a d autres pays et c est pour cela que la mise en place de ce binage est plus complique a l automne et au printemps

18 octobre 2019 par BENEST

très bon travail expérimental qu'il convient de communiquer au grand public (qui ne reçoit que des infos très orientées) plutôt que de râler. j'ai fait l’expérience blé après luzerne c'est compliqué , le ray grass et la vulpie adore l'ammonitrate il faut très bien caler les apports en fonction des reliquats , de la présence des mauvaises herbes et de la pluie , bref c'est du sport mais il faut continuer dans ce sens

18 octobre 2019 par MARTIN

Et qui paye ? Ce ne sont pas les écolos bobos bios qui vont payer alors qu'il pestent contre les épandages raisonnés de phytosanitaires en lisières leurs propriétés! Ce qui serait clean cela serait d'inscrire les exploitations agricoles comme ICPE ! Tout y est déjà normés, certiphyto, SIE des PAC, etc. Cela permettrait en plus de virer les batiments récents habités ou non (écoles en particulier, lotissements) construits en bordure agglomération.

18 octobre 2019 par LE MOAL

et la couverture permanente des sols avec du trèfle ? vous envisagez de la tester ?

  • ARVALIS - Institut du végétal
    • 3, rue Joseph et Marie Hackin
      75016 PARIS
      Tél : + 33 (0)1 44 31 10 00
      Fax : + 33 (0)1 44 31 10 10