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Blé au stade tallage avant apport d’azote en 2020 en Franche-Comté Messagerie Bourgogne-Franche-Comté

Azote sur céréales : comment raisonner l’apport au tallage ?

06 février 2020

Douceur des températures et excès d’eau accompagnent le développement des céréales depuis début octobre 2019 dans les plaines et sur les plateaux de l’Yonne et de la Côte-d’Or. Les cultures présentent aujourd’hui un état de croissance très variable selon leur date de semis et la pluviométrie automnale. Ces conditions peuvent engendrer des conséquences particulières sur la fertilisation azotée des céréales à paille.

Un système racinaire à la peine…

Comme en 2017–2018, la période de tallage se déroule cette année avec des excès d’eau qui deviennent significatifs dans l’Yonne, et un peu moins en Côte-d’Or (carte 1). Dans le même temps, les températures moyennes sont élevées, proches des records atteints en 2007, 2012 et 2016 (carte 2).

Carte 1 : Ecart à la moyenne 1998-2018 du cumuls des pluies (en mm) du 1/10/2019 au 25/01/2020 en Bourgogne-Franche-Comté

Carte 2 : Ecart à la moyenne 1998-2018 de la somme des températures (en °C) du 1/10/2019 au 25/01/2020 en Bourgogne-Franche-Comté

En remplissant les interstices du sol par de l’eau, les pluies récurrentes génèrent un milieu anoxique (sans oxygène). Cela aboutit à un ralentissement, voire un arrêt complet, de la croissance des racines, et à un très net ralentissement de leur métabolisme. L’anoxie pénalise très fortement la capacité des plantes à absorber les éléments minéraux, et les carences minérales deviennent rapidement le premier frein à la croissance des plantes.

Sur la base de ces éléments, on peut distinguer deux situations :
- les semis relativement précoces qui ont réussi à atteindre le tallage sans trop d’excès d’eau et qui peuvent avoir initié un système racinaire.
- les semis tardifs, assez nombreux cette année, dont les plantes n’ont pas encore commencé à taller, et dont le système racinaire est maigre.

Dans tous les cas, les rayonnements faibles limitent la photosynthèse, et par conséquent, la croissance des parties aériennes. Le potentiel de croissance offert par les températures douces et l’absence de gel ne sont donc pas valorisés par les plantes, notamment dans les situations les plus humides.

Les conséquences possibles sur la fertilisation azotée

Compte tenu des cumuls de pluie importants au cours de l’hiver (plus de 300 mm sur les sols filtrants du châtillonnais par exemple), une partie de l’azote minéral du sol a pu être entraîné au-delà de la zone explorée par les racines. L’impact de la lixiviation par les fortes précipitations domine nettement la minéralisation permise par la douceur hivernale sur une grande majorité des parcelles. En conséquence, on peut s’attendre à des reliquats d’azote sortie hiver plutôt modestes, avec une possible répartition en faveur du premier horizon au vu des températures douces de janvier.

Du côté de l’absorption d’azote par les cultures, on peut aussi s’attendre à des valeurs moyennes faibles mais avec des différences significatives entre parcelles ou entre zones d’une même parcelle, selon la date de semis.

La combinaison de reliquats faibles et d’enracinements malmenés par les excès d’eau risque de rendre l’absorption d’azote du sol difficile voire impossible ; il est donc indispensable de pallier ce manque par des apports d’engrais minéraux en surface. Mais la valorisation de tels apports de sortie d’hiver est médiocre d’une part, sur des céréales qui n’ont pas commencé à taller et d’autre part, lorsque les plantes ont une croissance instantanée faible. Cela milite donc pour des premiers apports très modérés sur blés et orges d’hiver, à renouveler le cas échéant dès que les conditions climatiques stimuleront fortement la croissance des plantes.

Evidemment, le potentiel de rendement n’est que faiblement corrélé à l’état de la culture aujourd’hui, le climat à venir et les propriétés du sol conditionneront fortement l’évolution des cultures. La conjonction d’objectifs de rendement peu ou pas modifiés, pour les semis d’avant la fin octobre, de reliquats azotés de sortie hiver faibles et d’absorptions d’azote par les cultures réduites va conduire à des doses d’azote préconisées a priori élevées, qu’il va falloir fractionner et piloter au mieux.

On s’oriente donc préférentiellement vers des stratégies de fractionnement en 3 ou 4 apports. 

Tableau 1 : Proposition de stratégies de fractionnement sur blé et sur orge d’hiver

► Il est primordial de désherber avant de faire le premier apport d’azote pour ne pas favoriser la croissance des adventices.

Et du côté de la fertilisation soufrée ?

Le soufre présente une mobilité dans le sol similaire à celle de l’azote. Le soufre est en effet lixiviable et se libère par minéralisation. Les fournitures du sol en soufre sont donc étroitement liées au type de sol et au climat de l’automne et de l’hiver. Aujourd’hui, le risque de carence en soufre n’est pas à ignorer.

La grille d’aide à la décision ARVALIS permet de déterminer les quantités de soufre à apporter suivant les situations (type de sol, pluviométrie, apports éventuels sur le précédent) et l’objectif de rendement en absence d’apports réguliers de matière organique (PRO). Il n’est pas justifié d’augmenter les doses au-delà de 50 kg de SO3/ha pour un objectif de rendement de 80 q/ha.

Tableau 2 : Préconisations de dose d’azote sur céréales selon la situation

Sur les secteurs les plus à risques (sols filtrants et pluviométrie hivernale importante), un apport de soufre peut être envisagé entre le tallage et le début montaison afin d’anticiper d’éventuelles carences précoces. La Plaine de Dijon semble moins impactée par le facteur pluviométrie que le reste de la Côte-d’Or et de l’Yonne avec moins de 300 mm de pluie depuis le 1er octobre 2019 jusqu’à maintenant.

Carte 3 : Cumuls des pluies (en mm) du 1/10/2019 au 25/01/2020 en Bourgogne-Franche-Comté

Article rédigé par les partenaires de « Blé Objectif Protéines » (BOP) : L. PELCE & D. CHAVASSIEUX (ARVALIS), C. BOULLY (Bourgogne du Sud), R. FLAMAND (Ets Bresson), D. DEHER (CA 21), MA. LOISEAU (CA89), JN. HERRGOTT (Ynovae), M. MIMEAU (Dijon Céréales), D. LACHAUD (SAS RUZE), A. PETIT (SeineYonne), E. BONNIN (Soufflet Agriculture).

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