Un technicien utilise un outil de pilotage (Farmstar) pour le troisième apport d’azote en avril 2022 en Lorraine Messagerie Lorraine

Azote sur blé : utiliser un outil de pilotage pour réajuster la dose de l’apport fin de montaison

07 avril 2022

Pour le troisième apport d’azote positionné en fin de montaison du blé, l’objectif est de réévaluer la mise en réserve prévue lors du calcul de la dose totale. Le recours à un outil de pilotage peut en faciliter la tâche.

A dose égale, le fractionnement de la dose totale en trois apports procure en moyenne +1 q/ha et +0,3 % de protéines.

Adapter au mieux la dose du dernier apport avec les outils de pilotage

Les outils de pilotage permettent de diagnostiquer l’état de nutrition azotée des plantes en cours de montaison. Ils indiquent alors si la culture est correctement alimentée en azote, en carence ou encore en excès. Quel que soit l’outil utilisé, le calcul de la dose totale prévisionnelle doit se faire au préalable à l’aide d’une méthode reconnue. Une partie de cette dose doit être mise en réserve pour un apport fin montaison.

Le diagnostic de nutrition réalisé au moyen d’un outil de pilotage aboutit à un conseil de dose généralement compris entre 0 et 80 kg N/ha.

D’un point de vue réglementaire, les outils de pilotage permettent de justifier un apport plus élevé que celui calculé selon la dose prévisionnelle (par exemple, dans le cas d’années où le potentiel de rendement est supérieur à la moyenne historique).

Il existe plusieurs outils de pilotage pour déterminer au plus juste la dose d’azote au cours de la montaison. Parmi les plus utilisés, N-Tester (Yara, ARVALIS) se présente sous forme d’une « pince » et mesure la transmittance d’une feuille (en lien avec la teneur en chlorophylle et le statut azoté de la plante). Farmstar (Airbus, ARVALIS), quant à lui, établit un diagnostic par imagerie satellitaire et apporte un conseil de dose en tout ou plein de la parcelle. Enfin, Jubil (Inra, ARVALIS) mesure la teneur en nitrate du jus de base de tige.

Attendre que l’azote soit bien assimilé pour interroger les plantes

La valorisation des engrais azotés dépend essentiellement de la quantité de pluie tombée après l’apport. Un niveau de précipitations suffisant est pour cela essentiel : le cumul d’au moins 15 mm de pluie dans les 15 jours est un bon repère, ou pour cette année, un délai de trois semaines après le dernier apport si celui-ci a été réalisé dans le sec. Il est donc important de temporiser, afin de s’assurer que l’absorption d’azote par la plante soit optimale et permette un diagnostic précis de l’état de nutrition en « interrogeant » la culture avec un outil de pilotage. De même, il est recommandé d’attendre a minima le stade « 2 nœuds » ou idéalement « dernière feuille pointante », avant de procéder à ce diagnostic.

Cas d’étude : quel est l’état de nutrition azotée d’une parcelle au 1er avril ?

L’outil de pilotage de l’azote CHN développé par ARVALIS permet de suivre en temps réel l’indice de nutrition azotée du blé (INN simulé : courbe rouge de la figure 1). Et de juger de l’état d’alimentation azotée d’un blé en équilibrant besoins et biomasse. S’il est inutile qu’il soit trop élevé, il est à l’inverse dangereux qu’il descende en dessous d’un seuil dit de carence, susceptible de compromettre l’atteinte du potentiel de rendement. Il doit donc se maintenir aux alentours de 0,9 à 1 (courbe verte INN optimal), entre une fourchette haute (courbe verte INN maximal) et une fourchette basse (courbe verte INN minimal), qui forment un entonnoir. Le modèle permet de réaliser un bilan de la situation passée et présente (courbe rouge en trait plein), mais également d’anticiper son évolution en fonction de la météo fréquentielle (courbe rouge en pointillés).

Figure 1 : Simulation de l’INN par le modèle CHN sur le site de Sillegny (57) en sol argilo-limoneux, pour la variété de blé Chevignon semée le 13 octobre 2021, avec une date épi 1 cm le 30 mars 2022
Simulation de l’INN par le modèle CHN sur le site de Sillegny (57) en sol argilo-limoneux, pour la variété de blé Chevignon semée le 13 octobre 2021, avec une date épi 1 cm le 30 mars 2022

Sur ce site, un premier apport de 70 kg N/ha a été réalisé le 14 mars, et un second de 30 kg N/ le 29 mars. Le suivi de l’évolution de l’INN permet de valider, qu’il va non seulement permettre d’assurer une bonne alimentation du blé au moment crucial de sa montaison, mais également d’attendre, si besoin, une nouvelle période propice à un apport, sans risquer de carence jusqu’au 4 mai. A noter que le second apport a été déclenché en raison des conditions climatiques favorables ; toutefois, s’il n’avait pas été réalisé, le blé serait entré en carence autour du 24 avril.

Troisième apport : la patience est de mise

Les essais ont montré que le meilleur stade pour le rendement et la protéine se situe vers la sortie de la dernière feuille. Au stade fin montaison, l’efficacité des engrais dépasse régulièrement 90 % de la dose apportée. Un troisième apport d’azote trop précoce [au stade 2 nœuds] peut entraîner une consommation de « luxe », en alimentant des tiges qui, soit ne monteront pas à épis, soit feront très peu de grains.

De plus, à cette période, il est possible de compter sur la contribution en azote du sol grâce à la minéralisation de la matière organique qui est d’autant plus importante. Le pilotage sera d’autant plus justifié dans des systèmes de culture avec des apports de produits résiduaires organiques.

Enfin, la crainte d’une mauvaise valorisation de l’azote apporté tardivement (fin avril à mi-mai) n’est pas statistiquement fondée dans notre région : en effet, sept années sur dix, il pleut suffisamment pour qu’un apport soit valorisé.

Conclusion

Le fractionnement et le pilotage sont donc la clé pour valoriser et ajuster au mieux la fertilisation azotée. Ils permettent d’aller chercher de l’efficience avec des apports plus tardifs, mais également recentrer la dose autour de l’optimum.

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