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Azote sur blé dur : quelles stratégies adopter quand les prix s'envolent ?

16 décembre 2021

La flambée actuelle des prix de l’azote oblige à potentiellement revoir les stratégies de fertilisation du blé dur. Voici quelques préconisations et réflexions pour valoriser au mieux les apports dans ce contexte particulier.

En octobre 2021, le prix moyen de l’unité d’azote était pour les agriculteurs de 1,94 € pour l’ammonitrate, alors qu’il était encore en dessous de 1 € en début d’année. Cette hausse spectaculaire du prix, variable selon les différentes sources d’azote, s’explique essentiellement par l’augmentation du prix du gaz.

Si, du fait de cette situation, des économies d’engrais doivent être réalisées, il convient de savoir à quel moment réduire les apports pour éviter au maximum des pertes de rentabilité, alors même que les prix du blé dur sont actuellement attractifs.

Pour l’instant, il n’y a aucune visibilité ; ce sont des éléments de réflexion qui nécessiteront une mise à jour en janvier en fonction de l’évolution des prix.

Apport tallage : mesurer les reliquats azotés avant de décider

De la levée à épi 1 cm, une plante de blé dur a besoin de 50 unités d’azote. Les besoins en sortie d’hiver sont ainsi assez faibles. Un apport trop conséquent à cette période contribuera à favoriser le développement des talles secondaires, ce qui augmentera le besoin en azote de la plante et la fera entrer plus vite en stress azoté, avec le risque que des talles régressent. Cet apport est donc à piloter au plus près.
Le meilleur moyen pour cela est de mesurer des reliquats azotés en sortie d’hiver (décembre/janvier). Ceux-ci sont très liés au climat (ils diminuent avec l’augmentation des cumuls de pluie) et du précédent : Des précédents tels que le melon ou la tomate vont laisser plus de reliquats que d’autres cultures comme le riz.

Si les reliquats mesurés courant décembre/début janvier permettent de couvrir les besoins de la culture jusqu’à début montaison (reliquats > 30-40 U), l’apport tallage peut être supprimé.

L’enjeu des reliquats pour économiser de l’azote cette année est très important !

Fractionner l’apport montaison en deux

Cette année particulièrement, il est recommandé de fractionner l’apport montaison en deux.

Le premier apport d’azote se fera début montaison. Etant donné le climat de ces dernières années durant le mois de mars, afin d’être certain de le valoriser au mieux, il est judicieux de l’anticiper d’une dizaine de jours pour s’assurer d’une pluviométrie suffisante pour que l’engrais descende convenablement jusqu’aux racines. On met la dose prévue (pas de réduction de dose sur ce premier fractionnement).

Le second apport sera à ajuster selon les conditions: réduction de la dose prévue, voire suppression si le rendement est fortement impacté Ou si une sécheresse ne permet pas de le valoriser.

Ne pas négliger l’apport qualité

Pour des productions de blé dur de qualité, il est déconseillé de faire l’impasse sur l’apport entre les stades dernière feuille étalée et floraison, dit apport « qualité ». Cette fertilisation est en effet très déterminante pour la qualité (mitadin, taux de protéine) et le remplissage du grain (Poids de Mille Grain et Poids Spécifique). Elle est donc essentielle pour la réussite technique de la culture.

Par ailleurs, cet apport est généralement bien valorisé étant donné le retour des pluies fréquemment observé dans la région à partir de fin avril.

En résumé : si des économies doivent être réalisées, il vaut mieux les orienter sur l’apport tallage et le deuxième fractionnement de l’apport montaison.

En dehors de l’ammonitrate : que penser des autres formes d’azote ?

Les engrais à base d’urée et de solution azotée présentent des risques importants de volatilisation (et donc de pertes économiques) en conditions méditerranéennes du fait des températures. Ces solutions de remplacement doivent donc être évitées sur l’apport qualité et peuvent éventuellement être utilisées pour les apports tallage et début montaison. L’utilisation de NPBT (inhibiteurs de l’uréase) sont d’ailleurs fortement recommandés pour réduire ce type de risques.

Lisiers ou digestats peuvent compenser une partie de l’azote des engrais minéraux faisant défaut, à condition de les utiliser à bon escient.
Quant au compost, il ne constitue en rien une alternative à l’ammonitrate. Au contraire, il peut créer une faim d’azote dans certains cas.

Une grille pour trouver le meilleur compromis entre rendement et marge

Les prix de l’azote et du blé sont souvent liés (notamment pour des raisons de fret et de coût de production). Malgré une certaine volatilité des prix, les optima techniques et technico-économiques sont souvent confondus (zone blanche du tableau). Toutefois, dans le contexte actuel, le prix de l’azote augmente beaucoup plus vite que celui du blé. Il peut alors s’avérer judicieux de prendre en compte la dimension économique dans le raisonnement des doses d’azote à apporter.

La dose optimale technique vise à maximiser le rendement alors que la dose optimale technico-économique vise à maximiser la marge brute. Le tableau 1 présente l’écart entre la dose d’azote optimale technique et la dose optimale technico-économique. C’est donc un outil qui permet d’ajuster la dose d’azote à apporter.

Attention : cette grille ne prend pas en compte les éventuelles réfactions et la rémunération sur la protéine dans le calcul de la marge.

Tableau 1 : Grille de rapport de dose entre dose optimale technique et dose optimale technico-économique
Grille de rapport de dose entre dose optimale technique et dose optimale technico-économique

Mode d’emploi :
1) Choisir un prix du blé dur sur l’axe horizontale.
2) Choisir un prix de l’unité d’azote sur l’axe verticale.
3) Regarder où se croisent les deux axes. Si c’est dans la plage orange, il faut réduire la dose d’azote d’autant d’unités qu’indiquées dans la grille au croisement.

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