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Vulpin dans une parcelle de blé tendre, avant désherbage, en 2018 en Bourgogne Messagerie Bourgogne-Franche-Comté

Attendre le retour des pluies pour désherber les céréales

25 octobre 2018

De plus en plus, la stratégie de désherbage chimique passe par des interventions d’automne pour réduire la nuisibilité précoce des adventices et contrôler la dérive d’efficacité des herbicides appliqués en sortie d’hiver. Mais inutile de traiter sur sol sec avec les produits racinaires, ils seront inefficaces. Il va falloir attendre le retour des pluies pour réaliser les applications en espérant que le stade des adventices ne soit pas trop avancé.

Désherber tôt est devenu incontournable…

Toutes les mauvaises herbes sont nuisibles aussi bien dans la culture en place qu’au long cours lorsqu’elles sont mal contrôlées. La lutte contre les graminées adventices en sortie d’hiver devient de plus en plus aléatoire. En conséquence, de plus en plus de situations semblent nécessiter une stratégie solide dès l’automne.

Par exemple, pas besoin de beaucoup de vulpins/m² pour perdre des quintaux d’autant plus lorsqu’ils lèvent tôt en même temps que le blé. Dans l’essai « stratégies » réalisé en Plaine de Dijon en 2017 - 2018 (figure 1), la présence de 30 vulpins/m² levés dès l’automne (photo 1) entraîne une perte de rendement d’environ 10 q/ha avec le programme automne puis sortie hiver.

Figure 1 : Stratégie de désherbage des vulpins dans du blé - Marandeuil (21) - Semis du 16/10/2017 - 30 vulpins/m2

Cette nuisibilité directe est levée dès l’unique application de post levée d’automne, réalisée sur un sol frais, avec une efficacité satisfaisante de 90 % (photo 2). La stratégie en double automne ne fait pas mieux mais en se souvenant qu’il faisait sec au moment de l’application de post semis prélevée de début octobre 2017.

Attendre la sortie hiver, c’est réaliser 2 q/ha de moins avec une efficacité inférieure, donc un réensemencement en vulpins de la parcelle.

Compte tenu de la forte sécheresse ambiante, dans la majorité des situations, on se dirige probablement plus sur des traitements de post levée précoce que de post semis prélevée.

La stratégie en double automne n’a d’intérêt que si les traitements sont réalisés en bonnes conditions ou, dit autrement, il ne faut pas espérer d’additivité des efficacités procurées par les 2 applications et d’autant plus si le premier n’a pas bien fait le travail. Aujourd’hui, les conditions ne sont pas réunies sur la séquence post semis prélevée puis postlevée précoce. En revanche, n’écartons pas l’hypothèse d’une séquence 1 feuille puis 2-3 feuilles sous réserve que la croissance de la végétation soit dans le bon timing et que le sol soit humide à chaque intervention... Cette hypothèse reste pointue et très opportuniste.

Avec des pluies dont l’arrivée semble vouloir être tardive, le risque d’avoir à intervenir sur des adventices un peu développées risque d’être le scénario le plus probable. En conséquence, la probabilité d’un rattrapage en sortie d’hiver reste élevée. Pour cette seconde application, une fois n’est pas coutume, il sera judicieux de saisir toute opportunité de conditions climatiques favorables avant la sortie de l’hiver pour intervenir, au cours du mois de janvier par exemple. Cela impose, exceptionnellement, de ne pas hiverner le pulvérisateur.

Malheureusement, en marge du cas général, quelques situations plus complexes peuvent se présenter au cours de cet automne au climat hors norme. Sur des semis très précoces, la levée en masse de graminées adventices en même temps que le blé restera insoluble avec des moyens chimiques (photo 3).



Au cas par cas, le retournement de la culture méritera d’être étudié plutôt que d’avoir à subir des situations ingérables tout au long de l’année. On vérifiera la faisabilité de la culture de remplacement en tenant compte de l’historique des traitements qui auraient déjà pu être réalisés.

… avec des herbicides racinaires dont les conditions d’application sont contraignantes

L’humidité du sol est un facteur essentiel pour que les herbicides appliqués soient efficaces. En effet, les herbicides disponibles à l’automne sont quasi-exclusivement des produits racinaires. Il faut que les substances actives soient dissoutes dans la solution du sol pour pouvoir être absorbées par les adventices.

Parmi les matières actives herbicides utilisables à l’automne sur les céréales, on distingue :
► Les racinaires de contact : Pendiméthaline (Prowl, Celtic, Flight, Codix / Resum, Trooper…), Prosulfocarbe (Défi, Daiko…), Triallate (Avadex 480) et Isoxaben (Cent7…). Elles sont peu transportées dans la plante et agissent uniquement sur les graines en germination : absorption par le coléoptile et les racines séminales. Cela signifie que ces produits doivent être appliqués idéalement avant la levée des mauvaises herbes ou à un stade très jeune, bien répartis sur le sol en l’absence de grosses mottes et de semences en surface.
► Les racinaires systémiques : Chlortoluron et Flufénacet (Fosburi, Trooper). Elles sont véhiculées dans la plante vers les parties aériennes et peuvent donc être appliqués en prélevée (sauf Fosburi) mais aussi après la levée des mauvaises herbes.
► Les racinaires et foliaires de contact : Dff (Fosburi, Codix, Compil…), Picolinafen (Celtic, Flight…) et Flurtamone (Carat). Elles agissent en particulier sur les adventices en cours de germination à levée.
► Les racinaires et foliaires systémiques : Mésosulfuron et Iodosulfuron dans Kalenkoa et Othello applicables en postlevée un peu plus tardive et sans retour possible réglementairement en sortie d’hiver.

Sans retour à des conditions d’humidité du sol correctes, le facteur limitant ne sera plus le désherbage mais la croissance de la céréale. En espérant ne pas subir une telle situation, dès le retour de la pluie (sous la pluie), il faudra traiter avec la « manière forte » :
► Pleines doses des herbicides appliqués seuls. C’est par exemple Fosburi 0,6 l/ha et pas moins, même renforcé par Chlortoluron ou Daiko.
► Association du plus grand nombre de matières actives différentes possibles avec des doses efficaces. Toutes les associations ne sont pas validées par les firmes phytosanitaires et relèvent donc de la responsabilité de chacun.

Quelques fois, un défaut de sélectivité peut être observé avec ces solutions mais osons dire que c’est aussi un gage d’une bonne efficacité.

Enfin, il ne faut pas imaginer une réactivation d’herbicides racinaires appliqués auparavant sur sol sec. La ½ vie de ces produits est assez courtes, donc à moins d’avoir de la pluie à moins de 3-4 jours, les efficacités resteront modestes.

Bien respecter les règles d’application des produits à base de prosulfocarbe

À compter du 4 octobre 2018, de nouvelles conditions d’emploi réglementaires sont à respecter. Pour les applications d’automne et afin de limiter la contamination des cultures non cibles : cultures fruitières (pommes, poires), cultures légumières (mâche, épinard, cresson des fontaines, roquette, jeunes pousses), cultures aromatiques (cerfeuil, coriandre, livèche, menthe, persil, thym) et cultures médicinales (artichaut, bardane, cardon, chicorée, mélisse, piloselle, radis noir, sauge officinale).

• Dans le cas de cultures non cibles situées à moins de 500 mètres de la parcelle traitée : ne pas appliquer le produit avant la récolte de ces cultures.
• Dans le cas de cultures non cibles situées à plus de 500 mètres et à moins d’un kilomètre de la parcelle traitée :

- ne pas appliquer le produit avant la récolte de ces cultures,
- ou, en cas d’impossibilité, appliquer le produit uniquement le matin avant 9 heures ou le soir après 18 heures, en conditions de température faible et d’hygrométrie élevée.

Ces conditions d’emploi viennent s’ajouter à celle existante depuis 2017 rendant obligatoire l’utilisation des buses à injection d’air homologuées ZNT (buses à limitation de dérive homologuées).

Article rédigé par les partenaires de « Objectif Cultures Propres » (OCP) Bourgogne-Franche-Comté :
PELCE Luc et CHAVASSIEUX Diane (ARVALIS), BONNIN Emmanuel (Soufflet Agriculture), BOUCHIE Jean Michel (Axereal), BOULLY Christine (Bourgogne du Sud), CHOPARD Patrick (CA39), COURBET Emeric (CA70), DELATTRE Marc (Columa AFPP), GELOEN Michael (Terres Inovia), GOULIER Jean-Baptiste (CA21), GUITTARD Jean Michel (Terre Comtoise), KOEHL Philippe (Interval), LACHAUD Dominique (SAS Ruzé), LOISEAU Marie-Agnès (CA89), MIMEAU mickael (Dijon Céréales), PAGEOT Michel (SAS Bresson), PETIT Amélie, (SeineYonne), PETIT Marie-Sophie (CRA BFC), TOURENNE Didier (CA25-90), VILLARD Antoine (CA71) et ZAMBOTTO Cédric (CA58).

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1 commentaires 29 octobre 2018 par FIETIER

Bonjour, Merci pour cet article très intéressant. Une question : dans votre figure 1, quelles sont les dates des traitements ? Au passage, je me permets de noter que l'axe "rendement" ne commence pas à zéro... Est-ce volontaire ? Merci pour vos réponses. YDV