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Apport d’azote sur orge de printemps en Champagne-Ardenne Messagerie Champagne-Ardenne

Apports d’azote sur orges de printemps : les clés de la réussite

11 février 2021

Une bonne nutrition azotée des plantes est souvent synonyme de bonnes conditions de valorisation des apports d’azote, avec comme facteur principal les pluies après les épandages. Le printemps 2020 a été inédit avec 50 jours sans pluie à partir de mi-mars : cela remet-il en cause les préconisations de fractionnement sur orge de printemps ? Ces périodes de sécheresse sont-elles plus fréquentes avec le changement climatique ?

Retour sur les résultats d’essais sur le fractionnement de l’azote

De nombreux essais ont été réalisés sur le fractionnement de l’azote sur orge de printemps dans la région. Ils montrent, de manière globale, que :
- lorsque les apports en végétation peuvent être valorisés par des pluies, les apports de 3 feuilles à épi 1 cm offrent les meilleures efficacités, avec un CAU (coefficient apparent d'utilisation) amélioré de 20 % par rapport à un apport au semis (figure 1). Cela paraît logique puisque les besoins en azote des céréales, et donc l’absorption d'azote, sont forts lors de la montaison. L’efficacité d’un apport au semis est souvent faible, car il est soumis à différentes pertes possibles : organisation de l’azote, lessivage, volatilisation.
- les stratégies tout au semis tirent leur épingle du jeu uniquement en cas de sécheresse intense en avril, au moment des apports au tallage, sans que ce soit systématique (figure 2).

En résumé : les prévisions de pluies à 1 ou 2 mois relevant souvent du mystère, il est préconisé de fractionner les apports à 1/3 au semis et 2/3 au tallage, voire 50/50, comme compromis entre années sèches et humides (figure 3).

Figure 1 : Synthèse essais fractionnement de l’azote sur orge de printemps en Champagne : écart par rapport à la référence « semis puis tallage » (essais ARVALIS et partenaires régionaux)

Figure 2 : Synthèse fractionnement : semis/tallage vs tout au semis (essais ARVALIS et partenaires régionaux)

Figure 3 : Synthèse essais fractionnement semis (1/3 de la dose) puis tallage (2/3 de la dose) vs 2/3 puis 1/3 (essais ARVALIS et partenaires régionaux)

Rappelons également que l’efficacité de l’azote sur orge est médiocre : autour de 60 %. Autrement dit, lorsque 100 unités d’azote sont apportées, la plante en absorbe 60. Un des moyens de l’améliorer est de fractionner les apports selon la dynamique d’absorption de la plante, soit un apport en végétation au tallage. Un apport conséquent plus tardif serait également efficace mais expose les orges à un déclassement brassicole par rapport aux teneurs en protéines trop élevées. Toutefois, en cas de carence forte en azote, un apport jusqu’à 1 nœud n’expose pas la culture à ce déclassement.

C’est ce qui est observé avec les diagnostics N-Tester : lorsqu’un apport de 30 unités est recommandé, un gain moyen de 6 q/ha est observé et +1 % de protéines, ramenant ce paramètre dans une fourchette de 9,5 % -10,5 %.

Le climat en Champagne et les projections pour l’avenir

Les figures 4 et 5 présentent les cumuls de pluies entre 3 feuilles et fin tallage des orges de printemps pour un semis du 25 février (station MétéoFrance de Troyes et station INRAE de Fagnières). On considère que les apports d'azote sont bien valorisés s’ils ont été suivis d'au moins 15 mm de pluie (bâtons bleus sur les figures).

Figures 4 et 5 : Cumuls de pluies entre 3 feuilles et fin tallage des orges de printemps en Champagne

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Sur la station Marnaise (Fagnières), la probabilité de cumuler 15 mm entre 3 feuilles et fin tallage est de 5,5 années sur 10 en moyenne 1990/2020. Il n’y a pas de tendance significative qui se dégage vers des scénarios plus ou moins secs : dans les années 1990, la probabilité était de 6 années sur 10 alors qu'elle est de 5 années sur 10 durant les années 2010.

Les mémoires sont souvent marquées par ce qu’il s’est passé les dernières années. Force est de constater que les années 2020, 2018, 2017, 2014, 2011 et 2010 ont été effectivement sèches en avril…

Sur la station MétéoFrance de Troyes bénéficiant d’un historique depuis 1955, la probabilité de pluies (> 15 mm) entre 3 feuilles et fin tallage des orges de printemps est plus importante que dans la Marne : entre 7 et 8 années sur 10. Comme pour la Marne, il n’y a pas de tendance significative qui se dégage vers des scénarios plus ou moins secs. Toutefois, en raisonnant par « pas de 10 ans », avant 2000, il était observé 8-9 années sur 10 avec plus de 15 mm entre 3 feuilles et fin tallage. Après 2000, c’est seulement 6 années sur 10.

Y-a-t-il une tendance vers des mois d’avril de plus en plus secs ?

En conclusion, depuis 2000, une légère tendance (non significative) à la baisse s'observe quant à la probabilité de cumuler 15 mm de pluie entre 3 feuilles et fin tallage des orges : perte de 1 à 2 années sur 10 ans. Toutefois, 1 année sur 2, la pluviométrie sur cette période reste favorable. N’oublions pas que les stratégies tout au semis sont en retrait par rapport à des apports en végétation si des pluies permettent de valoriser ces apports.

Que disent les études des météorologues ?

Les études publiées par Météo France montrent un réchauffement du climat (+1°C sur les températures moyennes) et une plus grande variabilité des différents paramètres climatiques (notion d’extrêmes ou d’à-coups climatiques).

Il n’est pas observé de tendance en France sur les précipitations (hormis pour le Sud-Est). Dans le Nord, ce serait même l’inverse, c’est-à-dire une légère augmentation des cumuls.

Le paramètre ETP (évapotranspiration) se dégrade avec l’augmentation des températures, ce qui tend les bilans hydriques des sols ; mais au niveau des apports, les études montrent qu’en tendance, il n’y a pas moins de pluies pour les valoriser. Il s’agit d’extrêmes, comme ce que l’on a vécu en 2020 avec 50 jours de sec : il pourrait bien arriver donc l’inverse également (beaucoup de pluies).

Que retenir ?

Le fractionnement : semis puis végétation (3F-fin tallage) est la stratégie la plus robuste

En agriculture, les pratiques prennent en compte les résultats pluriannuels : ce serait une erreur de baser une décision en 2021 sur le climat de l’année précédente, sachant que le climat est de plus en plus variable… Aucune certitude donc sur ce que sera le printemps 2021.

Que ce soit au niveau du suivi des cumuls de pluies sur les stations météo de la région ou bien d’études plus pointues de météorologues, tous s’accordent à dire qu’il n’y a pas de tendance significative (mais de la variabilité) sur l’évolution des pluies printanières pour le futur. Partant de ce constat et de l’inconnue du climat à horizon 1-2 mois, la stratégie de fractionner (semis puis tallage) est la plus robuste car elle permet de répartir les risques entre année sèche et année humide. L’apport en végétation doit être raisonné selon les pluies plus qu’à un stade précis. Ainsi, si entre 3 feuilles et début tallage des pluies sont annoncées, il faudra en profiter !

Le N-Tester pour corriger les carences éventuelles et profiter des pluies de mai !

En général, il est souvent observé un retour des pluies fin avril – début mai : profiter du N-Tester, seule solution pour revoir la dose selon le potentiel de l’année et l’état de nutrition des plantes. Des gains sont à la clé (6 q/ha) ! Attention, il faut prévoir une bande sur-fertilisée dès l’apport d’azote au semis, et les diagnostics ne sont réalisables qu’autour d’un nœud.

L’enfouissement de l’apport en solution azotée au semis toujours gagnant

Rappelons également que l’enfouissement de l’apport au semis lorsqu’il est réalisé en solution azotée permet de gagner en moyenne 2 q/ha et 5 à 10 % d’efficacité de l’azote (CAU).

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2 commentaires 12 février 2021 par DECARRIER

Bonjour, la fertilité d'une orge de printemps semé en novembre se rapproche d'une stratégie en orge d'hiver = à partir de la sortie hiver 2 apports (tallage puis epi1cm), et mise en œuvre du pilotage à 1-2 nœuds (N tester par exemple ) pour ne pas "louper" l'année favorable au potentier, tout en maintenant une teneur en protéine compatible au débouché brassicole.

12 février 2021 par CELLIER

Quand est-il des semis d'hiver(Novembre)? Merci Eric

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