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Bouquet de séneçon et de véronique contre des feuilles saines de blé tendre en mars 2020 en Bretagne Messagerie Bretagne

Adventices difficiles dans les céréales : adapter les stratégies de désherbage

26 mars 2020

Le désherbage des céréales a été mis à mal par les conditions particulièrement humides de l’automne et de l’hiver. En parallèle, les adventices ont profité des températures élevées pour la saison. Résultat, de fortes infestations peuvent être observées. Mieux vaut intervenir le plus tôt possible.

Le contexte climatique de cette campagne n’a pas permis d’intervenir précocement pour désherber. Les applications sont en cours et sont le plus souvent réalisées à un stade proche du stade épi 1 cm, en particulier pour les semis d’octobre et novembre. La nuisibilité des adventices risque donc d’être supérieure à une année normale. Rappelons que, quelles que soient les infestations d’adventices rencontrées, il est important de désherber le plus tôt possible en sortie d’hiver, et pas seulement contre les graminées difficiles.

Désherber dès que possible

Pour rappel, six essais régionaux ont été conduits de 2011 à 2016 pour mesurer la date optimale de désherbage dans un contexte de flore évolutive à base de stellaires, de véroniques et de pâturins. Cette synthèse montre qu’il ne faut pas désherber au-delà du stade plein tallage sur flore dicotylédone pour maintenir le potentiel de rendement (figure 1). Un désherbage réalisé à partir du stade épi 1 cm conduit à une perte de rendement de 4 q/ha en moyenne par rapport à un désherbage au stade plein tallage, à cause d’une nuisibilité plus forte des adventices.

Figure 1 : Nuisibilité des adventices dicotylédones (stellaire, véroniques, pâturin)

Gain de rendement en fonction de la date de désherbage – 6 essais ARVALIS en Bretagne de 2011 à 2016

La concurrence des adventices s’exprime surtout à partir du stade épi 1 cm.

Que faire en cas d’adventices difficiles ?

Le jonc des crapauds

Le jonc des crapauds est une monocotylédone annuelle de la famille des joncacées qui connaît un fort développement depuis quelques années. Elle est particulièrement présente en ce début de campagne marqué par une pluviométrie régulière et importante.

On la rencontre principalement dans les sols humides, battants et légèrement tassés, mais elle est devenue commune dans de nombreux types de sol et de rotations.

Le jonc des crapauds lève principalement à l’automne, mais il présente également des levées significatives au printemps. Il est donc présent principalement dans les céréales, où il peut exercer une nuisibilité significative.


La pression de joncs des crapauds développés peut être importante.


Feuille sans oreillette, ni ligule, ni nervure centrale. Couleur vert brillant.

Il est impératif d’intervenir précocement car le jonc des crapauds est facile à détruire lorsqu’il est au stade plantule. Sa destruction devient beaucoup plus délicate en sortie d'hiver lorsqu’il est développé, ce qui est le cas cette année.

• Stade jeune : pendiméthaline, flufenacet, DFF, bromoxynil associé…
• Stade développé : privilégier 2.4 MCPA (exemple : U46M à 2,5 l/ha). Les solutions associant DFF (Kalenkoa, Joystick/Kacik…) ou en solo (Mamut, Compil…) peuvent aussi limiter le développement des joncs des crapauds sans les détruire.

Les véroniques

Les véroniques sont actuellement très développées sur les semis d’octobre et novembre.

Il existe plusieurs espèces de véroniques qui cohabitent notamment dans les céréales. Les trois principales : véronique à feuilles de lierre, véronique des champs et véronique de Perse.

Les solutions chimiques sont nombreuses en prélevée ou postlevée précoce, avec des solutions à base de diflufénicanil (DFF), pendiméthaline, bifenox, isoxaben, piconilafen, carfentrazone… A noter que le thifensulfuron renforce également l’efficacité sur véroniques.

Sur des véroniques développées, les solutions sont plus limitées et ne pourront, le plus souvent, que freiner leur développement. On retrouve les matières actives carfentrazone, picolinafen, pyroxsulam ou DFF dans les solutions les plus efficaces : Picotop, Abak, Narak, Octogon…

A noter que les solutions à base de carfentrazone (Allié express, Aurora) auront un niveau d’efficacité inférieur sur véroniques développées.

Le séneçon

Cette adventice de la famille des composées est fréquente dans toutes les rotations et tous les types de sol. Le séneçon lève toute l’année et a un cycle très court proche de trois mois. Il peut ainsi réaliser trois ou quatre cycles par an, ce qui rend difficile la lutte alternative et augmente les risques d'infestations.

La lutte chimique doit également tenir compte de la résistance de certaines populations de séneçons aux herbicides du groupe B (« sulfonylurées », pyroxsulam, florasulam).

Les désherbages d’automne, à l’exception des bases isoxaben, agissent sur séneçon sans toutefois le contrôler parfaitement : Trooper, Codix, Fosburi agissent entre 50 et 75 %. Ils doivent donc souvent être complétés par un rattrapage en sortie d'hiver.

Pour les désherbages en cours, un complément à base de metsufuron (Allié Duo, Allié express, Harmony M…), florasulam (sauf cas de résistance) ou clopyralid (Bofix, Florid…) est nécessaire.

La shérardie

La shérardie est une plante dicotylédone annuelle de la famille des rubiacées (comme le gaillet), à fleurs de couleur mauve. Cette adventice connaît actuellement un fort développement dans la région.

Généralement, les produits agissant sur gaillet seront efficaces sur shérardie, mais il existe des différences : Primus et le florasulame, par exemple, sont moins efficaces sur shérardie.

Les bases mésosulfuron-iodosulfuron (Atlantis/Archipel) ont une efficacité moyenne. Le DFF (lui aussi insuffisant seul, sauf à hautes doses) apporte un complément intéressant : la reconstitution de Kalenkoa ou d’Othello sera bon sur shérardie, ainsi que Joystick/Kacik. En positionnement précoce, les bases DFF + flufénacet sont également efficaces.

Le fluroxypyr a une très bonne efficacité à doses importantes (équivalent de 0,8 à 1 l/ha de Starane 200, soit 80 à 100 g/ha).


La shérardie peut être confondue avec le gaillet. C’est une plante verte, poilue. Tige à section quadrangulaire. Feuilles verticillées par 6. Fleurs de couleur rose lilas à violacé.

Covid-19 : les équipes régionales d’ARVALIS restent mobilisées et connectéesL’épidémie ne nous fait pas oublier que la campagne agricole se poursuit avec ses aléas, en particulier cette année où les conditions de cultures sont très compliquées. En ces temps de confinement et de difficultés d’accéder facilement aux parcelles, lors de vos tours de plaine et observations, n’hésitez pas à nous faire remonter tous les problèmes observés en culture et/ou questions de conjoncture via nos mails. Nous prendrons le temps d’y répondre et/ou en mutualisant les retours avec un message dédié toujours dans le souci d’accompagner au mieux les producteurs.

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1 commentaires 27 mars 2020 par CHICOUENE

Sur la photo de Sherardie, les feuilles sont verticillées par 4 (et non par 6 comme indiqué dans le texte) sur les jeunes individus au moins (à la différence du gaillet gratteron qui passe plus tôt à 5-6 par verticille). Par individu adulte, les nuisibilités (dimensions des individus adultes, verse des céréales, bourrage de vis de coupe de MB, contamination dans la trémie de MB du lot récolté) de la shérardie, plante naine, sont autrement plus faibles que celles du gaillet gratteron (plante grimpante).

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