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Maladies des céréales

« Septorioses » du triticale : retour sur la campagne 2012

03 janvier 2013

Au cours de l’année 2012, riche en maladies, de nombreuses nécroses au faciès proche de la septoriose, ont été observées sur les triticales. Plusieurs espèces de champignons pathogènes, apparentées aux genres Septoria et Stagonospora, peuvent être responsables de tels symptômes. De plus, ces champignons sont connus pour présenter des spécificités d’hôtes. Mais quelles sont celles rencontrées sur le triticale en France ? 

Lors de la dernière campagne, de nombreuses nécroses sont apparues sur les triticales (photos 1, 2 et 3).

Photo 1 : Nécroses brun clair bordées d’un halo chlorotique sur triticale Photo 2 : Nécrose blanche bordée de brun foncé sur triticale Photo 3 : Nécroses blanches en réseau au sein desquelles sont visibles des ponctuations noires

La septoriose du triticale

Trois espèces de champignons pathogènes sont décrites dans la littérature comme capables de générer des symptômes de septoriose sur le triticale : Stagonospora nodorum, Stagonospora avenae f. sp. tritici et, dans une moindre mesure, Septoria tritici. Cette dernière, responsable de la septoriose du blé, ne semble capable, d’après les publications scientifiques, que de générer de légers symptômes sur le triticale dans des conditions d’inoculation artificielle. Si au champ, l’identification de l’espèce responsable est quasiment impossible tant les symptômes sont proches, les tests microscopiques permettent l’observation des spores du champignon et ainsi son identification.

Au travers d’une étude menée par ARVALIS - Institut du végétal cette année, il s’est avéré que les « septorioses » présentes en France sur le triticale appartenaient soit à Stagonospora nodorum (photos 4 et 5), soit à Stagonospora avenae f. sp. tritici (photos 6 et 7).



Photo 4 : Nécrose brune ovale causée par Stagonospora nodorum sur triticale Photo 5 : L’éclatement des pycnides révèle des spores courtes, avec un seul septum, caractéristiques de S. nodorum
Septoriose du triticale. Nécrose brune ovale causée par Stagonospora nodorum sur triticale Septoriose du triticale. L’éclatement des pycnides révèle des spores courtes, avec un seul septum, caractéristiques de S. nodorum

Photo 6 : Nécrose brune allongée s’éclaircissant en son centre, causée par S. avenae f. sp. tritici sur triticale

Photo 7 : L’éclatement des pycnides révèle des spores plus longues que celles de S. nodorum, avec 2 septa, caractéristiques de S. avenae (microscope grossissement x 400)
Septoriose du triticale. Nécrose brune allongée s’éclaircissant en son centre, causée par S. avenae f. sp. tritici sur triticale Septoriose du triticale. L’éclatement des pycnides révèle des spores plus longues que celles de S. nodorum, avec 2 septa, caractéristiques de S. avenae (microscope grossissement x 400)



Le symptôme généré sur les feuilles est celui d’une nécrose brune de forme ovale à allongée, parfois blanchie en son centre, avec la présence caractéristique de ponctuations brun-noir : les pycnides, contenant les spores du champignon. En comparaison à Septoria tritici, les pycnides produites par les espèces du genre Stagonospora sont plus petites et discrètes, très prises dans le limbe.

Le développement de la maladie est similaire à celui de la septoriose des blés : sous l’effet de l’humidité, les pycnides se gonflent et les spores sortent sous forme d’une cirrhe qui va être véhiculée vers les étages supérieurs par contact entre les feuilles et effet mécanique des gouttes d’eau (appelé « splashing »). Au cours de l’automne et de l’hiver, ces champignons se conservent sur les résidus des cultures hôtes sous forme de périthèces*, qui émettront, une fois des conditions favorables revenues (généralement au printemps), leurs ascospores formant l’inoculum primaire. 

Didymella exitialis

Si une partie des nécroses observées cette année sur le triticale est causée par de la septoriose aux Stagonospora, la majeure partie des symptômes a pu être associée à un autre champignon : Didymella exitialis. Encore une fois, l’identification n’a pu être possible que par observation au microscope.

Les nécroses, de forme et de couleur variées, allant de l’ovale brun clair (photo 8) à la nécrose blanche rectangulaire (photo 9), présentaient de petites structures rondes, brunes à noires (photo 10), laissant penser à des pycnides. L’éclatement de ces structures a révélé la présence d’asques** contenant 8 ascospores (photos 11 et 12), indiquant qu’il s’agissait de périthèces de Didymella exitialis, la forme sexuée d’Ascochyta tritici, très observée cette année en raison des conditions humides. 




Photo 8 : Nécrose brune ovale générée par Didymella sur triticale.
Photo 9 : Nécroses blanches rectangulaires générées par Didymella sur triticale
Photo 10 : Structures rondes et noires, visibles au sein des nécroses

Septoriose du triticale. Nécrose brune ovale générée par Didymella sur triticale.

Septoriose du triticale. Nécroses blanches rectangulaires générées par Didymella sur triticale


Photo 11 : Périthèce éclaté au microscope (x 400) libérant ses asques

Photo 12 : Asques de Didymella éclatés avec les ascospores libérés (microscope grossissement x 400)
Septoriose du triticale. Périthèce éclaté au microscope (x 400) libérant ses asques Septoriose du triticale. Asques de Didymella éclatés avec les ascospores libérés (microscope grossissement x 400)



Ce champignon, déjà décrit en 2010 sur les blés et les orges, semble donc capable d’attaquer le triticale. Son cycle de développement, peu renseigné, est similaire à celui des septorioses et particulièrement des Stagonospora, avec une apparition des symptômes plutôt en fin de culture, ce qui rend son impact modéré à inexistant. Les périthèces observés sur les feuilles vont permettre son maintien au cours de l’hiver sur les résidus de culture. Le comportement d’Ascochyta / Didymella peut être qualifié de pathogène faible voire de saprophyte. Il est en effet rarement capable de générer une épidémie mais sera souvent rencontré au sein de nécroses déjà présentes.

Ainsi, sur les triticales sont rencontrées plusieurs espèces à l’origine de symptômes de « septoriose ». Il serait d’ailleurs plus adéquat de parler de « complexe Stagonospora / Ascochyta / Didymella » sur le triticale plutôt que de septoriose, regroupant ainsi l’ensemble des espèces rencontrées. S’il n’est pas possible de les différencier à la parcelle, il est important de retenir que Septoria tritici, majoritaire sur les blés, ne semble pas impliquée dans cette maladie sur le triticale. Les champignons du genre Stagonospora sont connus pour être capable de remonter jusqu’aux épis des céréales à paille et de se disséminer par la semence. De même, au cours de cette année, il a été possible d’observer des symptômes d’Ascochyta / Didymella sur les épis des blés, indiquant que ce pathogène pouvait remonter jusqu’à l’épi en cas de forte pression. Une éventuelle transmission de ce champignon par les semences n’est donc pas à exclure, même si ce symptôme n’a pas été observé jusqu’à présent sur les épis de triticale.


* Fructification sexuée de certains champignons, en forme de boule ou de bouteille, produisant des asques avec des ascospores (spores) qui s’échappent par une ouverture (l’ostiole) dont il est typiquement pourvu.
** Cellule en forme de sac caractéristique des champignons ascomycètes qui contient les ascospores (généralement au nombre de 8) produites après reproduction sexuée (méiose).

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