21 novembre 2011

Fertilisation P-K de la pomme de terre

Analyser le sol pour ajuster au mieux les apports

Objectifs

►  Assurer une alimentation non limitante de la culture, qui a des exigences élevées en phosphore et en potassium, pour :
- ne pas pénaliser le rendement,
- produire des tubercules de qualité : une bonne alimentation en potassium améliore la résistance aux endommagements, diminue la sensibilité au brunissement enzymatique et au noircissement après cuisson, et réduit la teneur en sucres réducteurs dans les tubercules.
►  Limiter les risques d’eutrophisation des eaux superficielles environnantes, en évitant les surfertilisations phosphatées
►  Maintenir une biodisponibilité satisfaisante à long terme du phosphore et du potassium dans le sol

Sommaire :

Analyses de terre

 
Raisonnement des doses de phosphore et de potassium

 
Modalités d'apport

 Pour en savoir plus

Analyses de terre

Afin de suivre l’évolution des teneurs du sol en P2O5 et K2O et d’ajuster au mieux la fertilisation phosphatée et potassique, il convient d’effectuer régulièrement des analyses de sols tous les 4 à 6 ans. Il est possible de réaliser une analyse par groupe de parcelles représentant les mêmes types de sol et systèmes de culture. Afin d’aider à l’interprétation des résultats, les fiches de renseignements accompagnant les échantillons de terre doivent être remplies et remises au laboratoire.

Raisonner les doses de phosphore et de potassium

L’estimation des doses de P2O5 et K2O à apporter pour la culture de pomme de terre doit reposer sur :
- la mesure des teneurs en P2O5 et K2O dans le sol : cette mesure doit être réalisée selon les méthodes normalisées et utilisées dans le référentiel français (Dyer, Joret-Hebert ou Olsen pour le phosphore ; dosage du « potassium échangeable » pour le potassium) ;
- la comparaison à des teneurs seuils caractéristiques par type de sol ;
- la prise en compte du passé de fertilisation de la parcelle et du devenir des résidus de culture du précédent.

La méthode COMIFER (Comité Français d’Etude et de développement de la Fertilisation Raisonnée) est la méthode de référence pour calculer la fumure PK, et prend en compte 4 critères de raisonnement :

- l’exigence de la culture,
- la régularité des apports de P et K dans la rotation,
- les teneurs en P2O5 et K2O du sol à l’analyse de terre,
- la restitution des résidus de culture du précédent (pour le K2O).

Selon ce référentiel, la culture de pomme de terre est classée fortement exigeante en phosphore et potassium. Par ailleurs elle absorbe une grande quantité de K2O.

Niveau d’exportations de la culture de pomme de terre (COMIFER, 2007)

Pomme de terre destinée à la consommation (de l’ordre de 20 % MS)
P2O5 = 0,95 kg/tonne de tubercule
K2O = 3,90 kg/tonne de tubercule

Pomme de terre féculière (de l’ordre de 26 % MS)
P2O5 = 1,25 kg/tonne de tubercule
K2O = 5,10 kg/tonne de tubercule

Teneurs seuils en phosphore et en potassium

Le tableau 1 présente les teneurs seuils en P2O5 et K2O (selon les méthodes d’analyse normalisées) des principaux types de sol sur lesquels on rencontre la culture de la pomme de terre en France. Deux teneurs seuils sont définies par type de sol : Timpasse et Trenforcé :


Le seuil d’impasse (Timpasse) : au-delà de cette valeur, le sol est considéré très bien pourvu pour les cultures de la classe d’exigence considérée.


Le seuil de renforcement (Trenforcé) : en dessous de cette valeur, le sol est considéré très peu pourvu pour les cultures de la classe d’exigence considérée.


Si les teneurs en P2O5 et K2O du sol sont supérieures aux seuils Timpasse indiqués, une fumure compensant les exportations suffit, voire dans certains cas une absence d’apport peut convenir, le sol étant capable de satisfaire les besoins de la culture.
Si les teneurs sont inférieures à Trenforcé, un renforcement de la dose au-delà des exportations  est nécessaire.


Quatre seuils sont définis, calculés à partir des deux principaux : ce sont Timpasse -10 %, Timpasse + 10 %, 2 x Timpasse, et 3 x Timpasse. Ils ont été ajoutés pour limiter les effets de marche sur les doses calculées.


Il faut noter que dans la majorité des situations, dans les parcelles de pomme de terre, on se trouvera à des niveaux supérieurs aux seuils Timpasse.

Coefficients multiplicateurs

Ils sont repris dans le tableau 2.


Par exemple pour un rendement objectif de 50 t/ha en pomme de terre destinée à la consommation, des apports de P2O5 et K2O annuels, avec exportation des résidus du précédent et un sol correctement pourvu (teneurs > seuils), les doses calculées sont les suivantes:


P2O5 = 50 t/ha x  0,95 kg/t x 1 = 47,5 kg/ha,
K2O = 50 t/ha x 3,90 kg/t x 1,2 = 234 kg/ha.


En K2O, la dose est plafonnée à 400 kg K2O/ha /an.


La prise en compte d’un effet majorant du à l’exportation des résidus du précédent n’est pris en compte que pour des teneurs du sol inférieures à Timpasse, pour P et pour K. Dans ce cas, on majore la dose conseillée sur la pomme de terre par la valeur correspondant à la quantité de P2O5 et de K2O exportée par la culture précédente.


Cette grille COMIFER de coefficients multiplicateurs des exportations est utilisée dans les outils de calcul d’ARVALIS-Institut du végétal, notamment Plani-LIS®.

Calculs des doses

Le tableau 3 donne un exemple des doses de P2O5 et K2O à apporter sur pomme de terre pour un rendement de 50 t/ha.


Il est également possible d’utiliser un logiciel calculant la fumure P-K selon la méthode COMIFER comme Plani-LIS®.


Enfin, les doses conseillées par le laboratoire chargé de l’analyse de sol peuvent être appliquées, sous réserve de s’assurer que la méthode d’interprétation soit cohérente avec la méthode COMIFER (utilisation de valeurs seuils, prise en compte du passé récent de fertilisation). Il est nécessaire de se faire préciser la méthode d’interprétation utilisée par le laboratoire et, en cas de doute, de réaliser soi-même les calculs de doses de P2O5 et K2O à apporter selon les éléments apportés dans ce chapitre.


Retour haut de page

Phosphore et potassium peuvent être apportés sous forme organique

Pour satisfaire les besoins de la culture ainsi calculés, différentes sources peuvent être prises en compte :
- engrais minéraux apportés sur la culture,
- effluents organiques apportés sur la culture,
- arrières-effets d’effluents organiques apportés sur les cultures précédant la pomme de terre.

L’apport à effectuer sous forme d’engrais minéral constitue donc la différence entre le niveau total des besoins calculé précédemment et les effets directs ou arrières effets d’épandages d’effluents organiques.

Effets directs des effluents organiques

(se reporter à la fiche Fertilisation organique)

La quantité totale d’effluent apporté et de sa composition en P2O5 et K2O permet d’évaluer l’effet direct des apports d’effluents organiques réalisés sur la culture de pomme de terre. Pour le P2O5, la valeur ainsi calculée est pondérée par un coefficient d’équivalence engrais, tenant compte du type d’effluents.

Arrières effets des effluents organiques

En cas d’épandages successifs d’effluents organiques, il convient de vérifier que les doses apportées ne dépassent pas les besoins de la culture qui suit l’apport, ou de reporter le solde, si tel est le cas.


Ce report ne se fait pas en totalité en raison de la diminution, au cours du temps, de la disponibilité des éléments nutritifs. Les quantités disponibles pour les années suivantes (apports diminués des besoins calculés) sont donc affectées d’un coefficient de vieillissement estimé à 0.8.


Concrètement, ces arrières-effets sont calculés de la façon suivante :

- chaque année, calcul de l’écart entre les quantités de P2O5 et K2O apportées et les besoins calculés pour la culture
- report l’année suivante de 80 % de l’excédent, s’il est positif,
- mêmes calculs pour l’année suivante : écart entre dose apportée additionnée du report précédent et les besoins calculés, et report de 80 % de ce solde, s’il est positif, l’année suivante, et ainsi de suite.

Périodes d’apport

Les apports peuvent être réalisés à l’automne ou au printemps, sauf en sol pauvre (teneurs de la parcelle inférieures aux seuils) où les apports de printemps sont à privilégier. L’efficacité de l’apport est plus importante s’il est réalisé proche de la période de l’implantation afin d’éviter la « fixation » (et donc indisponibilité) de P2O5 et de K2O dans le sol au cours du temps.


Sauf dérogation particulière, les apports de ternaire NPK doivent être épandus après le 15 février en raison de la présence d’azote.

Formes des apports

Nous avons vu que le phosphore et le potassium pouvaient être apportés sous forme organique à condition de tenir compte de sa valeur fertilisante.


Parmi les formes minérales d’engrais phosphatés, les phosphates d’ammoniaque, superphosphates et le phosphate bicalcique sont conseillés dans toutes les situations. Les scories et le phospal (phosphate alumino-calcique) peuvent être apportés dans des conditions particulières, les premières en sol acide et le second en sol basique. Dans tous les cas, les phosphates naturels sont à proscrire.


Pour K2O, toutes les formes, chlorure ou sulfate, sont très solubles et ont la même efficacité. Dans les essais récents, l’apport sous forme de chlorure de potassium n’a présenté aucun effet pénalisant sur le rendement (total et par calibre), la teneur en sucres réducteurs ou la qualité de l’implantation (vitesse et taux de levée) même lorsqu’il est apporté à la plantation. Seule la teneur en matière sèche des tubercules à la récolte peut être affectée à la baisse, résultat observé classiquement. Le choix du sulfate de potassium ne peut se justifier que dans un objectif d’augmentation de la teneur en matière sèche des tubercules ou dans une optique de prévention du risque de carence en soufre, actuellement peu fréquent sur pomme de terre.


Retour haut de page

Pour en savoir plus

COMIFER, 1995 - Aide au diagnostic et à la prescription de la fertilisation phosphatée et potassique des grandes cultures.

COMIFER, 1997 - Eléments complémentaires à la méthode de raisonnement de la fertilisation PK permettant d’aider à sa mise en oeuvre.

COMIFER, 2007 - Teneurs en P, K et Mg des organes végétaux récoltables. Méthode d’établissement et valeurs de référence.

CORPEN, 1998 - Programme d’action pour la maîtrise des rejets de phosphore provenant des activités agricoles.

ITCF, 1995 - Brochure «PK, Fertilisation raisonnée». Février 1995.

ITCF, 1995 - Brochure « Fertilisation PK, guide pédagogique », décembre 1995.

LESOUDER C., 2003 - Dossier «Fumure PK, pour des apports raisonnés». Perspectives Agricoles, n° 29 , juillet-août 2003.

CASTILLON P., LESOUDER C., 2009. Raisonnement de la fertilisation PK. Pousser la pratique aux limites. Perspectives Agricoles, n° 354, mars 2009.

ARVALIS - Institut du végétal, 2011. Brochure «Fertilisation PK, raisonner pour agir», mars 2011.

Retour haut de page



Retour au sommaire du chapitre

Christine LESOUDER (ARVALIS - Institut du végétal)

Sur le même sujet

Mots-clés

L'avis des lecteurs

Note globale :
  • (Aucun vote)
Commentaires

aucun commentaire pour l'instant

Merci de vous identifier pour commenter et noter cet article